Aristote convoqué à tort... (suite)

, par SAMARY Catherine

Il faut enfoncer le clou que plante Jean-Marie Harribey : Aristote fut le premier à distinguer la monnaie comme intermédiaire aux échanges (qu’il pensait, à juste titre, utile) et la monnaie comme moyen d’accumulation associé à la chrématistique qu’il rejetait. Marx a donné une représentation extrêmement utile de cette même distinction avec le cycle de la marchandise, d’une part et celui du capital de l’autre.

Dans le premier cycle M-A-M’..., A (l’argent ou la monnaie) sert d’intermédiaire aux échanges entre deux marchandises M et M’ aux valeurs d’usage différentes, mais porteuses d’une même valeur d’échange exprimée par A (la monnaie ne peut jouer sa fonction d’intermédiaire que parce qu’elle est en même temps étalon et réserve de valeur ; ainsi M=A pourra être séparé dans l’espace et le temps de A contre M’, à la place des contraintes étroites du troc M contre M’). Le but de cet échange marchand simple est la satisfaction d’un besoin (au travers de la consommation d’une valeur d’usage).

Le cycle du capital est tout autre : A-M-A’ où A’ est plus grand que A, incorporant donc une plus valeur monétaire. Le but de ce cycle est là : faire de l’argent avec de l’argent, quelque soit M (marchandise) que A a acheté. A devient un moyen d’accumulation... M peut être une marchandise extorqué dans le pillage colonial puis revendue. Elle peut recouvrir un ensemble de marchandises nécessaire à un processus de production capitaliste : dans ce cas, la force de travail est traitée comme un coût qu’il faut réduire au maximum de façon inhumaine, puisqu’il s’agit d’une marchandise « jetable » et corvéable. Et M peut aussi être une devise, des titres financiers... n’importe quoi susceptible d’être acheté pour être revendu avec une plus-value... y compris le corps humain ou des morceaux du génome, ou des brevets... Ce cycle-là, ce but là, capitaliste, est porteur de spéculation intrinsèquement. Rien de tout cela n’est moral, le but organique est le même — ce que rejetait Aristote : faire de l’argent avec de l’argent...

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