Matignon III : les Indiens débarquent !

, par ANTONIETTI Guidu

Dans notre introuvable économie, le national-jacobinisme français nous rêve aborigènes !

L’économie de la Corse est introuvable ! C’est ce qu’écrit Jean Louis Andreani dans Comprendre la Corse, un ouvrage récemment parue aux éditions Folio Actuel. Il y démontre avec minutie comment le secteur tertiaire y est hypertrophié, l’agriculture sous perfusion et l’industrie inexistante. Cet état de non-développement est le terreau du pire nationalisme. En se repliant sur lui-même il draine le désespoir de certaines franges patriotiques pourtant sincères. S’alliant aux forces immobilistes il agresse « les allogènes », et s’installe ainsi dans un néo-clanisme rétrograde qui alimente à coups surs les divagations d’un ministère de l’intérieur jacobin en campagne électorale. Et tandis que Lionel Jospin tente démocratiquement d’ouvrir la porte, Jean-Pierre Chevènement ferme toutes les fenêtres. A Matignon 2 l’air conditionné était en panne ! Mais avant l’été, paraît-il tout sera réparé...

Que nous réservera Matignon 3 ?

De chaque évolution qu’a connu la France au 20e siècle : la révolution agricole, la révolution industrielle, la révolution urbaine, la Corse était exclue. Les insulaires pourtant périrent nombreux et pour rien donc, dans les tranchées de la Marne, dans les rizières d’Indochine, dans les djebels de kabyle... Puis arrivèrent les trente glorieuses, et c’est aux forceps que les retombés économiques accouchèrent en Corse d’une souris, comme en témoigne le développement chaotique de la vigne dans les années 60. L’octroi de subventions aux nombreux pieds-noirs allait alors mener, en 1975, à l’occupation de la cave d’Aléria et à des heurts qui firent trois morts. Cette naissance du nationalisme corse, coïncida dès le début avec le non-développement économique de l’île.

Aujourd’hui, la Corse est partagée entre un tertiaire pléthorique (82% des salariés, contre 72% pour la moyenne nationale) et une industrie atone (7% des salariés, contre 21% en France), caractérisée par de nombreuses micros entreprises en sursis. Selon un rapport officiel, sans l’entrée en vigueur en 1997 d’une zone franche octroyée après d’étranges tractations, ces établissements auraient disparus. L’agriculture, elle (4% des emplois salariés en 97, contre 2% dans toute la France) est structurellement non-rentable, à l’exception de quelques vignobles de qualité (le célèbre Patrimonio).

Insuffisamment diversifiée, donc vulnérable, l’économie corse vie sous perfusion. L’île « tonneau des Danaïdes » engloutit les subsides publics, les tenants du clan les distribuent et parfois les détournent, pour asseoir leur clientèle... « Les Corses nous coûtent trop cher, ils veulent l’indépendance, qu’ils la prennent ». Cette antienne récurrente est insupportable ! Nous ne voulons rien prendre, ce que nous voulons c’est la FIN de la DÉPENDANCE ! Les politiques locaux, responsables et coupables de la persistance d’une culture de l’assistanat, tentent impudemment de faire émerger une nouvelle économie, viable, selon eux, que par le seul secteur supposé porteur de l’île : Le tourisme. Cent dix mille en 1958, les estivants attendus pour l’année 2000, seront près de deux millions, alors que dix mois sur douze, deux cent soixante mille personnes résident dans une région où les infrastructures satisfont à peine les besoins locaux...

Une large part des propositions économiques, notamment celles du Conseil Economique et Social de la Corse, qui doivent bientôt remonter à Matignon, sont axées sur le tourisme. Une sorte de tourisme platonique, vert, haut de gamme, qui mettrait en valeur l’exceptionnel environnement corse. Il serait bien évidement encadré, afin de contourner les craintes d’une « baléarisation » de l’île de beauté.

« Les 30 ans de retard de la Corse deviendraient 30 ans d’avance », estimaient les rédacteurs du rapport du CESC. Mais la naissance d’une vraie économie disent les « experts » nécessite un financement privé, mondialisation et néo-libéralisme obligent, et donc, le retour des investisseurs. Ce qui ne pourra pas se faire « sans paix durable », estiment nos politiques. Vingt-cinq ans après Aléria, l’économie est rattrapée par la politique.

Voici donc ce à quoi, beaucoup rêvent secrètement : « Les Corses, ont su être les garants de la sauvegarde d’un territoire presque intacte, dans le fond leurs poseurs de bombes ont eut raison, leur île est magnifique, surtout qu’ils ne changent rien ! » Et ils s’extasient devant la beauté sauvage de nos paysages, l’authenticité de notre culture, l’émouvante tristesse de nos villages morts, le pathétique de nos polyphonies... Inconsciemment ils spéculent de transformer la Corse en une réserve d’indiens. Rousseau jadis ne nous voyait-il pas comme de bons sauvages ?

Dans les faits cela se traduit pour le gouvernement par l’incantation à « l’état de droit ». On dresse un remarquable rapport parlementaire, nous l’approuvons même s’il a finit en sous mains maroquiniers à la table carrée de Matignon... Sur place, l’autorité dérape, son préfet proconsul se fait incendiaire. On rafle des militants. On harcèle fiscalement des petites entreprises locales moribondes. On s’acharne sur des petites gens, souvent en dessous du seuil de pauvreté. On s’en prend à quelques seconds couteaux du clan que l’on jette en pâture aux médias, pour très peu de temps et en très petit nombre. Leurs manquements de peccadilles réglementaires on les monte en épingles, alors que l’on est sourd aux combines douteuses, pire, complice parfois de manipulations et tractations obscures au fin fond d’un maquis nocturne, et en direct sur le 20h des TV nationales...

Ces représentants frauduleux que les Corses supportent de génération en génération sont de bien étranges élus du suffrage universel. Résultats de simulacres électoraux, et de calculs politiciens d’états majors parisiens, ils sont paraît-il les signes d’une Démocratie Egalitaire et Républicaine. Or depuis des siècles, c’est le clan qui gouverne, car la Corse est une île, elle a ses particularismes. Et c’est bien cela que nous devons changer ! Les patriotes Corses que nous sommes aujourd’hui, revendiquent tout simplement le « droit commun » des régions européennes. Nous voulons participer à la construction d’une Europe démocratique. Nous appelons à la bâtir sur le pouvoir vrai de citoyens qui chez eux, doivent prendre des décisions susceptibles d’infléchir leur destin propre. Le temps est enfin venu de démettre les chefs de clans. Ne les remplaçons donc pas par des ethno-fédéralistes haiderien, version relookée des fermiers généraux de la république de Gênes...

L’Etat français et ses intégristes jacobins qu’ils soient de droite ou qu’ils se disent de gauche, invoquant des menaces qui pèseraient sur les « valeurs de la République Universelle une et indivisible », taisent en fait un national jacobinisme pernicieux. Le Nationalisme étroit, chez nous leur déroule tapis rouge. N’a t-on pas vu d’incroyables alliances dans les deux motions du 10 mars à l’assemblé territorial ?

S’opposant ainsi à une indispensable régionalisation, la France désavoue l’Europe des peuples et revendique de fait « son exception française », fidèle en cela à l’arrogante universalité des Lumières qu’elle aurait inventée... Faut-il rappeler qu’au 18e siècle Pasquale Paoli appliqua démocratiquement dans l’île, et pour la première fois dans l’histoire des nations, une constitution que lui avait inspiré Jean Jacques Rousseau... Ce vieil héritage centraliste et autoritaire de Louis XIV, de Robespierre, de Napoléon, de Jules Ferry, constitue pour les plus obtus, une certitude indépassable, un dogme inébranlable. Cette centralisation qui avait sans doute sa raison d’être dans d’autres époques, nous fait entrer à reculons dans ce troisième millénaire. Elle dit l’exception culturelle, mais la refuse aux autres peuples, elle parle de la sauvegarde de sa langue, de la richesse des ses diversités culturelles, mais elle s’oppose passivement à leur survie. Elle organise en une passivité lâche la destruction laxiste de ses expressions régionales par un universalisme schizophrène. La France est ainsi le seul pays de l’Union européenne à ne pas reconnaître en son sein les peuples et les cultures qui la composent.

Ce serait pourtant l’honneur de la France, « la patrie des doits de l’homme », que de reconnaître les diversités culturelles de l’Europe des peuples. A moins que les Medellin, Chevènement, Beyrou, Strauss Khan ne parviennent à imposer leur vue à la tête d’un des dominos du « bloc d’intérêts commerciaux », dont l’unique vocabulaire d’échange s’exprimerait en anglais commercial. L’incontournable idiome de cette start-up de la Net-économie prétendument nouvelle, américanise la planète, déshumanise les humains, et a un nom : le néo-libéralisme, qui rime avec Nationalisme. Je ne suis donc pas nationaliste !

Et oui, chers Aborigènes, le revoici ce boomerang de l’histoire, il s’en revient dans notre Australie Méditerranéenne... De grâce donc, n’imposons pas de modèle civilisateur au monde, n’ayons pas cette folie des grandeurs. Vivons en paix chez nous, et acceptons d’y accueillir les autres, surtout s’ils sont bienveillants et respectueux. Mais soyons vigilants car s’ils se griment en Napoléon, Tiberi, Pasqua, ou s’ils ressemblent à leurs épigones, aux pires clones de nos Caporaux, comme aux temps des Genovesi, c’est qu’ils sont les fruits d’un système, qui il nous faut combattre.

Le même qui naguères détruisit nos frères Indiens, Inuits, Kanaks, Canariens, Ibizans, Tahitiens, Vietnamiens... et qui demain abandonnera nos côtes à d’autres cargaisons d’ Erika et ouvrira grands nos ports aux intérêts maffieux supranationaux...

Sachons lire l’histoire dans les étoiles du monde, le présent dans nos rivières, et l’avenir sur nos rivages...