Pas de Constitution sans Assemblée constituante souveraine

, par LARABI Samir

Alors que le peuple algérien continue à se mobiliser pour la conquête de sa souveraineté pleine et entière, le président du pouvoir de fait vient d’annoncer la mise en place d’une commission chargée de soumettre des propositions pour l’amendement de la Constitution.

Abdelmadjid Tebboune a en effet désigné le professeur Ahmed Laraba pour présider la commission charger de faire des propositions d’amendement de la Constitution. Elle sera composée d’une vingtaine de membres, tous considérés comme « experts » en droit.

Selon le communiqué de la présidence de la République, « les conclusions des travaux du comité, traduits dans un rapport et un projet de la loi constitutionnelle devront être remis dans un délai de deux mois à compter de la date d’installation dudit comité ». Une fois remis, « le projet de révision de la Constitution fera l’objet de larges consultations auprès des acteurs de la vie politique et de la société civile avant d’être déposé, suivant les procédures constitutionnelles en vigueur, auprès du Parlement pour adoption » , puis soumis à un référendum populaire.

Cette démarche politique annoncée par le régime s’inscrit dans cette volonté de créer les conditions juridiques de sa survie, de sa continuité et la reproduction de sa domination. Elle vise à donner une sorte de légitimité a un régime contesté par le peuple, un peuple qui exige encore sa souveraineté et une participation effective à la construction d’une nouvelle République.

Dans un processus révolutionnaire comme le nôtre qui exige la refondation complète de l’Etat national, ni le Parlement du bouteflikisme, ni le Président « le plus mal élu » de l’histoire de l’Algérie indépendante, n’ont la légitimité pour décider du projet de Constitution à soumettre au référendum populaire. Le contenu de la Loi fondamentale du pays ne doit pas être l’apanage d’un seul individu ou d’une caste de parlementaires et sénateurs sans aucune légitimité.

Le peuple en lutte exige depuis des mois un grand débat national libre, chose qui ne peut se faire que dans un contexte marqué par la levée de toutes les entraves à la liberté d’expression, d’organisation, de manifestation et de grève, le régime déclaratif pour la création de partis et d’associations, la cessation de tout harcèlement des hirakistes, ainsi que la libération de l’ensemble des détenus politiques. Les médias publics et privés doivent aussi assurer un service public loyal garantissant l’expression de tous. Car la liberté de la presse ce n’est pas seulement la liberté des journaux, et celle des journalistes, c’est d’abord la liberté des citoyens de s’exprimer par le biais de la presse.

Pour une Assemblée constituante souveraine

La voie la plus démocratique au sens radical pour atteindre ces buts demeure l’élection d’une Assemblée constituante représentative des aspirations démocratiques et sociales du peuple algérien. Une Assemblée constituante qui mettra en place une Constitution à la mesure des attentes du peuple en lutte. Une Assemblée constituante qui décidera de la nature du régime, un régime qui va bannir à jamais le « présidentialisme », les pouvoirs exorbitants aux « commis » de l’Etat, la suppression des postes de walis et chefs de daïra, c’est-à-dire remettre tout le pouvoir aux élus qui seront évocables.

Des élus qui auront aussi le plein contrôle politique sur les corps constituées et à tous les niveaux, car la question sécuritaire est aussi une affaire où le simple citoyen a son mot à dire et le contrôle sur nos achats en matière d’équipement militaire ou pour la police nationale.

Une Assemblée constituante qui jettera les bases d’une véritable république sociale où la santé, l’éducation, le service public, les retraites… ne seront pas une marchandise et seront mis à l’abri de toute appropriation privée. Une République où le peuple est souverain sur ses richesses nationales et contrôle son économie. Une République solidaire avec tous les peuples opprimés.

Cependant, ce processus doit être impérativement accompagné par les grandes mobilisations du Hirak populaire et sa structuration à tous les niveaux, une dynamique qui va garantir au peuple en lutte le changement radical tant attendu.