« Le PS va forcément évoluer vers le blairisme »

, par KRIVINE Alain

Est-ce que le Parti socialiste peut se rénover ? Mais rénover dans quel sens, exactement ? Il prend la direction du social-libéralisme. Manuel Valls, l’un des protagonistes de cette bataille, est un des opposants les plus tendres à Nicolas Sarkozy. Tous les socialistes se présentent comme des réformistes, mais ils n’ont plus les moyens de faire des réformes. Ils accompagnent benoîtement la mondialisation. D’ailleurs, en signant dernièrement leur déclaration de principes, ils ont tous reconnu les vertus de l’économie de marché, y compris la gauche du PS. Pour le moment, ce qui a empêché le PS de suivre l’exemple de Tony Blair, c’est qu’il y avait à sa gauche une forte pression, de la part du PCF et de la gauche mouvementiste. Désormais, avec la disparition du PCF, le PS va inéluctablement évoluer vers le blairisme.

En réalité, les socialistes n’ont pas d’opposition de fond avec la politique menée par le président de la République : ils se sont abstenus sur l’aide aux banques et ils ont accepté l’essentiel des mesures pour répondre à la crise financière. Ils sont dans une opposition de pure forme, et comme ils ne remettent pas en cause les fondements de cette politique, alors on assiste à une querelle d’ego. Dans tous les camps qui se disputent le PS, il y a des éléphants et des éléphanteaux. La pratique du bourrage des urnes est connue de tous depuis toujours, et les Bouches-du-Rhône (soutien de Ségolène Royal, ndlr) ne valent pas mieux que le Nord (supporters de Martine Aubry, ndlr). L’implosion de ce parti est impossible, c’est un parti d’élus, le PS est une machine électorale, personne ne va risquer de scier la branche sur laquelle il est assis. Jean-Luc Mélenchon a mis vingt ans a quitter le PS, et encore, il est sénateur jusqu’en 2012 ! Je ne me réjouis nullement de ce qui se passe au PS. Certes, cela nous permet de recruter, mais, sans une gauche forte, Sarkozy peut mener la politique qu’il veut. Tout le monde va en baver !

P.-S.

Article paru dans Le Figaro, édition du 28 novembre 2008.

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