L’inutile nécessaire

, par BÉNIES Nicolas

  • Joseph McBride, À la recherche de John Ford, Institut Lumière/Actes Sud, 1151 p., 120 photos, 30 €.

Rétrospective des oeuvres de John Ford à l’institut Lumière, quartier Monplaisir à Lyon, jusqu’en février 2008.

Un cinéaste se définit d’abord par ses films et John Ford ne fait pas exception. Partir à la recherche de John Ford, c’est le titre de cette biographie de Joseph McBride, était-ce bien nécessaire ? Cette enquête policière n’est-elle pas inutile mis à part ce coup de chapeau au polar ? Ne fallait–il pas plutôt aller voir ses films ? Prendre comme fil conducteur les traces de son existence, rechercher les lieux où il a vécu, les gens qu’il a connus, sa famille, ses relations avec son père, sa mère, permet un regard oblique, ouvre la porte à une inquiétante familiarité, permet aussi de comprendre ses obsessions, ses thèmes de prédilection comme son comportement de porc illettré, moyen commode de se dissimuler aux yeux du monde. Ce créateur était habité par l’oeuvre à accomplir. Il n’avait pas le temps pour autre chose. Pas le temps de vivre. Cette carapace lui a permis de s’accomplir dans ses films pour ne pas frayer avec la marchandise, alors que le cinéma est aussi une industrie. Il en faut de la volonté pour ne pas céder à toutes ces sirènes ! Et le cinéaste du western — genre qu’il invente, inventant du même coup les Etats-Unis — prend tout à coup une nouvelle épaisseur. Pour voir ses films différemment et les aimer.

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