Les souvenirs d’un « gauchiste » vietnamien

, par KRIVINE Jean-Michel

  • Ngô Văn, Au pays de la cloche fêlée, Montreuil, éd. L’Insomniaque, 2000, 9,15 € et Ngô Văn, Au pays d’Héloïse, Montreuil, éd. L’Insomniaque, 2005, 15 €.

Un nouveau livre de Ngô Văn vient de paraître : Au pays d’Héloïse. Son auteur est malheureusement décédé avant d’avoir pu le terminer, en janvier de cette année, à l’âge de 92 ans.

Il avait déjà écrit plusieurs ouvrages dont le passionnant Au pays de la cloche fêlée (Tribulations d’un Cochinchinois à l’époque coloniale), dans lequel il racontait la première partie de sa vie. Il avait rejoint l’Opposition communiste au début des années 1930 puis avait émigré en France en 1948. C’est cette période française que raconte l’auteur qui n’a eu le temps que d’en écrire les cinq premiers chapitres. A Paris il habitait dans l’île de la Cité, près du lieu où avait vécu, au XIIe siècle, la belle Héloïse, épouse secrète du théologien et philosophe Abélard. D’où le titre original du livre.

Outre les chapitres sur ses pérégrinations dans les usines, l’auteur explique pourquoi il a rompu avec les trotskistes, trop sectaires et soutenant incroyablement le gouvernement Hô Chi Minh qui avait tout fait pour les massacrer... Il était devenu plus ou moins libertaire et « conseilliste ».

Malheureusement ne se trouve pas le chapitre où Ngô Văn aurait relaté son voyage au Vietnam en 1997, quarante ans après l’avoir quitté. Cependant la présentatrice du livre, qui l’avait accompagné, en parle. Par contre sont adjoints des textes écrits par lui à différents moments : sur 1968, sur son amitié avec le spécialiste de Marx, Maximilien Rubel, sur les grandes figures anti-colonialistes du Vietnam, etc. On trouve également de nombreuses photos et reproductions de tableaux peints par lui, car il adorait exercer cet art.

C’est un superbe livre cartonné que les anciens lecteurs (et les autres...) de Ngo Van doivent se procurer.

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