Pour un front de gauche aux élections européennes, nous persistons

, par FARADJI Alain, JOUANNEAU Catherine, PICQUET Christian

Issus d’histoires différentes, mais partisans d’un front de la gauche de gauche aux prochaines élections européennes, nous nous sommes retrouvés dans la « sensibilité unitaire » qui a obtenu le soutien d’un délégué sur six au congrès fondateur du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA). Nous l’avons d’ailleurs payé de notre éviction brutale des instances dirigeantes de ce dernier. L’heure n’est pourtant pas, pour nous, au découragement ou à la déploration. Nous ne nous résignons pas à voir notre formation, à peine née, commettre un faux pas irrémédiable.

En juin, à l’instant même où les citoyens de l’Union européenne se verront convoqués aux urnes, la crise du capitalisme aura déjà produit des centaines de milliers de nouveaux chômeurs, des fermetures d’entreprises et des délocalisations en série, des régressions sociales et des dégradations dramatiques des conditions d’existence du plus grand nombre.

Les profits faramineux de ces actionnaires dont l’avidité a placé la planète tout entière au bord d’une catastrophe, mais qui n’en continuent pas moins à s’enrichir cyniquement, ne seront jamais apparus si insolents. La construction libérale de l’Europe ne pourra plus dissimuler sa totale vacuité, nul ne s’aventurant plus à défendre l’idée que la « concurrence non faussée », l’autorégulation des marchés ou l’indépendance consentie aux banques centrales puissent, d’une quelconque manière, conduire à une « mondialisation heureuse ».

Ici même, face à un régime de plus en plus oligarchique dans sa pratique, la colère aura encore grandi, pouvant à tout moment se transformer en une explosion, dont la situation aux Antilles peut être un signe précurseur.

L’exaspération populaire, l’angoisse qui saisit la société, l’ampleur d’une attente sociale, qui vient de faire descendre 2,5 millions de travailleurs dans la rue le 29 janvier, demeurent toutefois orphelines d’une perspective politique. Rarement, le besoin d’une réponse de gauche, plus précisément de cette gauche qui n’a pas renoncé à contester la domination destructrice du capital, se sera-t-il fait à ce point sentir.

Englué dans son soutien au traité de Lisbonne, qui grave dans le marbre des orientations dont la faillite n’est plus discutable, le Parti socialiste se montre durablement incapable de porter une alternative à la hauteur du moment historique présent. C’est la raison pour laquelle il importe tant de renouer le fil brisé du rassemblement de la gauche du « non », qui avait conduit au succès que l’on sait la campagne de 2005 contre le traité constitutionnel européen.

Au printemps, c’est notre conviction, une nouvelle offre radicale doit voir le jour, porteuse d’une ambition majoritaire au sein de la gauche, commençant de ce fait à changer la donne politique, se faisant l’écho des recompositions qui s’amorce sur notre continent. D’un même mouvement, des millions d’hommes et de femmes doivent pouvoir émettre un vrai vote de gauche. Sanctionner la sainte-alliance du pouvoir sarkozyste et d’un patronat de combat. Prolonger politiquement les mouvements sociaux. Défendre les mesures d’urgence anticapitalistes qui s’imposent pour protéger le monde du travail des retombées de la tourmente financière. Dessiner les contours d’une autre Europe, au service de peuples qui récupéreraient enfin leur souveraineté, plaçant la satisfaction des besoins sociaux au coeur des politiques publiques, se réappropriant le système bancaire et le crédit, redistribuant audacieusement les richesses au moyen d’une harmonisation sociale et fiscale, stoppant les privatisations pour réhabiliter les services publics, instaurant une planification écologique afin de lutter contre la dévastation menaçante de notre cadre de vie, défendant une démarche de paix par la rupture avec le bellicisme de l’Otan.

Aucune des composantes de la gauche de gauche ne peut, isolément, porter ce programme avec la crédibilité suffisante. Le risque est même que leur concurrence absurde n’aboutisse à les priver toutes d’une représentation au Parlement de Strasbourg. Voilà pourquoi nous ne renonçons pas à faire prévaloir la raison sur les calculs à courte vue.

Nous ne pouvons nous satisfaire des faux prétextes ou des arguments de circonstance qui conduisent immanquablement à briser l’unité, donc à détruire tout espoir à gauche. S’il faut, bien sûr, un front durable de la gauche de combat, dans les luttes comme dans les élections, autant ne pas louper la première marche et commencer à le bâtir à l’occasion du rendez-vous d’importance qui se présente. Le NPA doit faire le pari dynamique que les approches divergentes de la question des alliances gouvernementales à conclure dans le futur se clarifieront à la chaleur des expériences réalisées en commun.

Rien n’est encore joué. À l’heure où vont s’ouvrir les discussions sur la mise en place d’un front de gauche, il importe que se fasse entendre partout la voix de celles et ceux, engagés dans des partis ou simples citoyens, acteurs sociaux ou militants de terrain, qui ne veulent pas que soit une nouvelle fois sacrifiée la possibilité qu’une autre gauche émerge enfin dans ce pays. Nous serons à leurs côtés...

P.-S.

Article paru dans Le Monde, édition du 25 février 2009.

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