Éditorial

Le rêve américain de Nicolas « W » Sarkozy…

, par DESWARTE Bernard, MALIFAUD Jean

Un documentaire sur la crise de 29 ? Non, l’habituel talk’sarko du 20 heures assénant dans le désordre, après les rafles d’étrangers sans papiers, la terreur que les milices privés font régner en Irak, la panique de ces londoniens qui se pressent devant la banque Nothern Rock en mal de subprime et, bien entendu, l’inévitable gesticulation de l’agité de l’Elysée. On le sait grand admirateur des Etats-Unis d’Amérique, de son modèle économique et si peu social, de son président aussi et de sa puissance militaire. Un rêve américain qu’il étale, vacances luxueuses et clonage de dobbeulyou en prime. Un « rêve » qu’il diffuse autour de lui... jusqu’au French Doctor (Folamour, précise le déchaîné Canard) qui voudrait bien, pour exister, doubler Condoleza Rice dans une course à la guerre en Iran. Triste scénario qui passe de l’ingérence humanitaire à la rengaine de la guerre du bien contre le mal, qui plonge des régions entières du monde dans la désolation, sans oublier d’alimenter le « marché » de l’humanitaire.

La fascination du président pour le modèle américain ne se limite pas à soutenir ouvertement la stratégie impérialiste. C’est aussi la société française
qu’il voudrait aligner sur ce « rêve » libéral. Au menu, marché libre et concurrence non faussée entre les entreprises et les individus.
Ainsi des franchises médicales qui induisent le recours aux assurances privées. Ceux qui pourront payer seront soignés, les autres attendront dans les couloirs
des hôpitaux qu’on ait de la place et du temps pour s’occuper d’eux.
Ainsi de la mise en pièce du code du travail, de la casse systématique des solidarités que l’on voudrait nous vendre, comble de cynisme, au nom de l’équité.
Que ceux qui ne s’en sortent pas se disent que c’est parce qu’ils ne sont pas assez « adaptables » et compétitifs !
Ainsi de l’affrontement, de nouveau, sur les retraites. Là encore, le « chacun pour soi ». Ainsi d’une attaque sans précédent contre les service publics, contre la Fonction publique et contre les fonctionnaires. Encore des privatisations : le marché doit s’imposer à toutes les activités humaines !
Ainsi du zèle mis dans la traque des immigrés sans-papiers, dans la poursuite de ceux qui s’opposent à cette politique scandaleuse. Une politique qui, là aussi, fait système : en plus des rafles, des expulsions, l’immigration « choisie » et ses quotas par régions et par métiers, c’est la traite d’une main d’oeuvre contrôlée et sans droits. Et après le mépris affiché par le futur plan banlieues « anti-glandouille », on peut redouter la chasse aux futurs « inadaptés sociaux »...

Quel cauchemar que ce capitalisme qui jette des millions de malheureux, hommes, femmes, enfants dans les rues des grandes cités américaines,
met le monde à feu et à sang pour le profit d’une toute petite minorité.
Les peuples de l’Europe sont décidemment méprisés : par un scandaleux retour, le président d’un pays qui a rejeté le projet de Constitution européenne
propose un mini traité qui reprend l’essentiel du contenu de feu le TCE.
La planète est socialement, écologiquement malade. Sans importance : le gouvernement communique sur le grenelle de l’environnement comme un contre feux de ses propositions ultra-libérale. Comment croire à la volonté de changements profonds de politique énergétique, industrielle, agricole, de transport quand par ailleurs on casse toute réglementation. Seul un véritable service public de l’environnement et la reconnaissance de l’action citoyenne de résistance pourrait donner des résultats. Sa première tâche serait de s’occuper
des victimes des pesticides dans les Antilles contaminées. Il faudrait pour cela s’attaquer aux lobbys de l’industrie chimique. Ce qui n’était pas prévu dans le
Pacte de l’autre Nicolas...

La manière Sarko paraît un engrenage bien huilé, qui déstabilise organisations syndicales et mouvement social, qui lui permet de s’afficher tous les jours dans les médias, d’être toujours en avance d’une annonce, d’une décision... Mais jour après jour, de suppressions de milliers de postes dans la Fonction Publique à la remise en question des régimes spéciaux, de quotas d’immigrés au plan « anti-glandouille », la barque est tant chargée que quelques grains de sable pourraient bien enrayer la machine.
Les salariés, les jeunes, les chômeurs, les sans droits ne sont pas tous fascinés par le rêve américain repassé au karcher mental de Nicolas Sarkozy.
Alors, grève — grèves — en octobre ?

P.-S.

Article paru dans l’École émancipée, n° 7, novembre-décembre 2007.

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