« Mélenchon veut fumer le PS. Nous, on veut exploser la droite »

, par BESANCENOT Olivier

Gauche. Olivier Besancenot explique la démarche électorale du Nouveau Parti anticapitaliste.

En panne le NPA ? Olivier Besancenot ambitionnait de polariser toute la gauche radicale autour du Nouveau Parti anticapitaliste. Pour son premier test électoral, la formation se retrouve au coude-à-coude dans les sondages (entre 5 % et 7 %) avec le Front de gauche, fruit de l’alliance entre le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon, le PCF et d’ex-unitaires de la LCR. Il revient pour Libération sur sa stratégie dans cette campagne.

  • Quel est l’enjeu de ces élections européennes pour le NPA ?

C’est de prouver électoralement qu’il y a bien un espace politique pour les anticapitalistes. Ici et en Europe, puisque, pour la première fois, on fait une campagne simultanée au Portugal, en Espagne, en Irlande, au Danemark, en Belgique et en Pologne, avec, pour objectif, d’aboutir à un parti anticapitaliste européen. Pour nous, le socialisme sera sans frontières ou ne sera pas. Entre le repli franchouillard souverainiste, y compris chez certains à gauche, et la démarche d’amendement de l’Europe, notre troisième voie consiste à dire : il ne faut pas changer l’Europe, mais changer d’Europe. En faire une nouvelle avec une harmonisation par le haut, avec le salaire minimum, des services publics européens, une taxation des profits des multinationales.

  • Pourquoi êtes-vous parti si tard en campagne ?

Certains font campagne depuis des mois. Notre stratégie était de donner un prolongement à la campagne politique que l’on mène sur le terrain des luttes sociales depuis janvier. Quatorze grands meetings et des dizaines de réunion publiques sans compter les rencontres avec les salariés : on ne peut pas nous faire le procès de ne pas faire campagne. Par rapport à d’autres partis, nous n’avons pas à rougir. C’est notre première échéance électorale en tant que NPA. Ceux qui nous surestimaient ont tendance à nous sous- estimer. C’est le jeu...

  • Sur l’Europe, ne peinez-vous pas à mobiliser les jeunes auxquels s’adresse le NPA ?

À nous de convaincre les milieux dans lesquels le NPA est présent, celui des prolos, de la jeunesse et des précaires, de voter pour nous. Il y a des gens orphelins d’une représentation politique ou qui ne se retrouvaient plus nulle part. Est-ce qu’ils vont se retrouver avec nous dans les urnes ? C’est cela l’enjeu. Notre seul concurrent, c’est l’abstention.

  • Et pas le Front de gauche qui fait jeu égal avec vous dans les sondages ?

Si l’objectif pour Mélenchon est de battre le NPA, le nôtre n’est pas de le battre, mais de savoir si on aura un maximum de voix et d’élus. Nous lui avions fait une proposition unitaire : celle d’un front anticapitaliste — et non pas antilibéral — qui propose, par exemple, un service public bancaire ayant le monopole du crédit et non pas un simple pôle public en concurrence avec des groupes privés. Et surtout un rassemblement qui soit durablement indépendant du PS, avec la nécessité de lier les européennes aux régionales de 2010. La direction du PCF l’a refusée. Faire un bon coup aux européennes pour qu’ensuite certains retournent dans le giron du PS, cela créerait de l’espoir politique déçu.

  • N’avez-vous pas raté une occasion de talonner le PS en ne vous alliant pas avec le Front de gauche ?

En politique, il n’y a rien d’arithmétique ou d’automatique. Les scores ne s’additionnent pas toujours. Lorsque la LCR s’est présentée avec LO aux européennes en 2004, nous avions fait 2,5 %. On laisse à d’autres les objectifs chiffrés et le retour sur investissement. Il y a deux-trois circonscriptions où l’on peut avoir des élus. C’est notre objectif. Nous ne tondons pas la laine sur le dos du PS. Quand il nous tape dessus, il ne choisit pas le bon adversaire. Pour l’instant c’est plutôt Bayrou, les Verts et le Front de gauche qui le grignotent.
Mais l’alliance avec le Front de gauche...

Son objectif, c’est : « On va fumer les socialistes. » Le nôtre, c’est d’exploser la droite. Jean-Luc Mélenchon et Marie-George Buffet sont ensemble, mais ce n’est pas la première fois. Ils l’étaient dans un gouvernement de gauche plurielle qui a privatisé plus que deux gouvernements de droite réunis.

  • En parvenant à une gauche de la gauche unie, n’auriez-vous pas aidé le PCF à s’émanciper du PS ?

C’est leur problème ce n’est pas le nôtre. Ceux qui disent : « On va faire des gros scores pour peser de l’intérieur », eh bien qu’ils essaient ! Au début des années 80, le PCF faisait des scores à deux chiffres et était dans des gouvernements socialistes. On ne peut pas dire qu’il a beaucoup pesé sur l’orientation politique. Je ne vois pas comment cette tactique qui n’a pas fonctionné pendant trente ans serait validée, alors qu’aujourd’hui la seule différence, c’est qu’il y a François Bayrou et le Modem dans les bagages.

  • Vous faites donc cavalier seul...

Nous sommes sur une autre orientation. Maintenant, il faut assumer qu’il y a une gauche qui n’est pas contrôlée et pas contrôlable par la direction du PS. Et que c’est le NPA qui est le plus efficace, à la fois pour donner un débouché politique aux luttes sociales, pour chahuter la gauche et pour s’opposer efficacement à la droite.

  • Sur le front social, vous appelez à la grève générale, mais rien ne bouge...

C’était juste, et cela le reste. Maintenant, on est obligés d’analyser les rapports de force. La séquence ouverte en janvier, la résistance massive face au gouvernement, enregistrent un ressac. Notamment à cause du manque d’unité de la gauche syndicale et politique. Mais cette séquence reste ouverte. Comme l’ont dit certains du LKP en Guadeloupe, plutôt que de faire une grande journée de manifestation nationale tous les deux mois, il aurait été plus utile d’appeler à trois jours consécutifs de grève générale en bloquant les capitales pour faire en sorte que Sarkozy et Parisot nous parlent un peu mieux.

  • Votre slogan électoral « riposter utile » suffit-il pour mobiliser ?

Quand on dit riposter utile, il ne s’agit pas simplement de contester. D’abord, il n’y a pas de honte à protester. Il ne faut pas s’abstenir d’exprimer sa colère sociale y compris dans les urnes. Les actionnaires, les banquiers vont se mobiliser et savent pour qui ils vont voter. Nous, nous devons aussi nous mobiliser. Quand j’entends Ségolène Royal dire aux salariés de Molex et d’Arcelor : « L’Europe sociale a besoin de vous », je dirais que ce sont eux qui auraient besoin du PS, qui n’a pris aucune mesure pour faire que cette Europe sociale soit palpable. Ils nous refont le coup du vote utile, c’est quand même gonflé. Nous disons riposter utile, pour apporter dans les urnes les solutions pour lesquelles on milite au quotidien.

P.-S.

Propos recueillis par Matthieu Écoiffier.
Entretien paru dans Libération, édition du 30 mai 2009.