« Ce n’est pas à nous de payer leur crise »

, par SLAOUTI Omar

Omar Slaouti, tête de liste NPA en Ile-de-France pour les élections européennes a dialogué avec les métronautes.

Omar Slaouti : Bonjour, j’aurais souhaité que l’on puisse se retrouver dans un cadre plus rapproché et j’espère pouvoir malgré tout répondre sans langue de bois et sans langue de guimauve à toutes vos interrogations.

  • Lila : Bonjour. On ne vous connaît pas beaucoup, quel est votre parcours ?

Je milite depuis 1986 avec la réforme Devaquet et la mort de Malik Oussékine, deux événements qui sont à l’origine de mon militantisme, à la fois la question sociale et celle de la lutte contre les discriminations. J’ai d’abord milité à la LCR puis, depuis sa création il y a trois mois, au NPA. Voilà, je suis par ailleurs prof dans un lycée enclavé sur la dalle d’Argenteuil et ça se passe très bien.

  • Jeannot : Je ne comprends pas bien la démarche du NPA : comment peut-on s’opposer à l’Europe et se présenter pour un mandat européen ?

Dans le cadre de ces élections, nous voulons défendre une autre Europe que celle qui nous est proposée dans le cadre de l’Union européenne et des différents traités qui libéralisent, privatisent nos services publics, mettent en concurrence les travailleurs entre eux, leurs droits et leurs salaires. Contre cela, nous proposons une harmonisation de nos droits et de nos salaires par le haut : cela passe par exemple par un salaire minimum équivalent à 1 500 euros net par mois en France et rapporté au pouvoir d’achat de chacun des pays. La grande question est : « Y a-t-il les moyens ? » La réponse est que les profits à l’échelle de cette même Union européenne des grandes entreprises s’élèvent à 2 224 milliards d’euros, soit l’équivalent de 40 millions d’emplois à 2 000 euros treizième mois compris. Or, l’Union européenne comporte 20 millions de chômeurs à ce jour. On voit par cet exemple que le partage des richesses s’impose particulièrement en pleine période de crise.

  • Chameaumorose : La majorité des gouvernements de l’UE sont aujourd’hui à droite... Pensez-vous vraiment qu’une Europe sociale soit à l’ordre du jour ?

Vous avez raison mais rappelez-vous, même en 2002, lorsque le Conseil européen était majoritairement à gauche, avec le parti socialiste, l’Europe sociale n’était toujours pas au rendez-vous. Ceci est dû au fait que tous les traités et toutes les directives votées dans ce Parlement européen s’opposent à toute Europe sociale. Par exemple, la privatisation des services publics est gravée dans le marbre de ces traités. Par ailleurs, la droite européenne (PPE) vote à 97 % avec le parti socialiste européen. À ce rythme et avec cette cogestion, l’Europe sociale dans le cadre de cette Europe libérale, ne pourra jamais voir le jour.

  • pommy48 : À quel groupe d’eurodéputés prévoyez-vous de vous inscrire ?

Le NPA a constitué, avec d’autres forces politiques anti-capitaliste à l’échelle de cette Europe, un regroupement de toutes celles et tous ceux qui condamnent le système capitaliste et qui refusent toute alliance avec un parti socialiste voué au libéralisme. Tout ça pour dire que nous essaierons de constituer un groupe anti-capitaliste à l’échelle de ce Parlement européen.

  • Vigne : Une sortie de crise, ça passe par une solution européenne selon vous ?

Pour nous, cette Europe est une partie du problème lié à la crise dans le sens où tout est fait, de par les traités et les directives, pour accroître les inégalités. Et ce sont bien ces inégalités dans le partage des richesses qui expliquent à la fois la baisse de nos salaires et l’explosion des revenus versés sous forme de dividendes aux actionnaires. Les mêmes actionnaires qui font gonfler les bulles en spéculant : la crise ! Ainsi, pour nous, le partage des richesses est un passage obligé et c’est ce que nous mettons en avant, entre-autres, dans le cadre des européennes.

  • Sly : Pourquoi Olivier Besancenot n’est-il pas tête de liste, le NPA n’aurait-il pas eu plus de chance ?

Olivier n’est pas tête de liste, suite à une décision collective. D’abord, il s’agit d’éviter toute personnalisation. Beaucoup parlent de la rotation des responsabilités politiques, nous, on l’applique. Par ailleurs, on souhaitait qu’Olivier puisse servir aux mobilisations et à leur convergence en étant sur le terrain près des travailleurs dans leur lutte contre les licenciements. On a bien conscience qu’Omar Slaouti est moins connu qu’Olivier Besancenot et que ça pourrait se traduire par quelques pertes de voix mais c’est sans doute un passage obligé si l’on veut qu’il y ait des rotations et éviter toute peoplisation.

  • Pluche : Quelles sont vos propositions en faveur des salariés européens ?

Nous estimons avec l’ensemble des salariés que ce n’est pas à nous de payer leur crise. Pour cette raison, nous mettons en avant l’interdiction des licenciements dans toutes les entreprises a fortiori dans celles qui font des profits. Pour celles qui n’en font pas, il faut que les entreprises donneuses d’ordres assurent le maintien du contrat de travail. C’est le cas par exemple de toutes ces PME dans la sous-traitance qui produisent pour Peugeot et Renault. Plus de 60 % des petites et moyennes entreprises produisent pour des grands groupes donneurs d’ordres et nous estimons que ce sont ces grandes multinationales qui doivent prendre leurs responsabilités à l’égard de tous les salariés de la sous-traitance.

  • Maastricht : Quels traités voulez-vous modifier ? Et comment ?

Pour nous, il ne s’agit pas de modifier ou d’amender tel ou tel traité qui par ailleurs reprennent tous la concurrence libre et non faussée avec la circulation sans entrave des capitaux. Nous souhaitons une autre Europe faite pour la grande majorité et par l’ensemble des travailleurs. Cela ne pourrait pas passer par la mise en place d’une Assemblée constituante à l’échelle de cette Europe qui devrait traduire les orientations et les aspirations de la population. Par exemple, faire en sorte que la Banque centrale européenne qui n’obéit aujourd’hui qu’aux impératifs de la finance et des spéculateurs soit nationalisée sous couvert démocratique, avec tout le système bancaire pour orienter les crédits vers la satisfaction écologique des besoins sociaux.

  • Pinoche : Le NPA a remplacé la LCR mais c’est quoi en fait la différence ?

Le NPA a quatre mois d’existence et ce n’est pas pour commencer un auto-grossissement de la LCR. Le NPA n’est pas un parti trotskyste comme l’était la LCR. Il réunit par contre un ensemble d’expériences et d’histoires politiques dont le trotskysme, dont la mouvance libertaire, dont les altermondialistes, etc. Mais il regroupe surtout des personnes syndicalistes ou d’autres n’ayant pas eu d’expérience dans un parti politique quelconque et qui veulent en découdre avec la politique de Sarkozy et penser en même temps un autre projet de société.

  • Jiji : Etes-vous pour l’entrée de la Turquie dans l’Europe ?

Il est étonnant de voir tout ce débat autour de la Turquie et en même temps si Sarkozy l’a initié, c’est sans aucun doute pour ne pas parler des questions sociales et des réponses qui devraient s’imposer. Mais pour répondre, nous sommes pour que les peuples de Turquie s’autodéterminent sur leur entrée dans l’Union européenne avec le respect de certains droits pour les minorités, la reconnaissance du génocide arménien. En même temps, je tiens à souligner que certains pays de l’UE ne respectent toujours pas certains droits notamment le droit des femmes à l’avortement interdit par exemple en Irlande ou à Malte. Et sur les questions internationales, on aurait voulu voir une Europe qui s’oppose au bombardement de Gaza par l’Etat d’Israël. À ce sujet, nous appelons à la suspension des accords entre l’UE et Israël, y compris au boycott des produits israéliens tant que les droits de l’homme pour le peuple palestinien et le respect du droit international tout court seront piétinés.

  • Plisson : Les chiffres de sondages ne vous donnent vraiment pas très hauts dans les intentions de votes... vous, vous visez combien ?

On vise un max, Plisson ! Et on compte sur vous pour faire entendre une autre voix que celle des grands partis institutionnels qui cogèrent l’Europe depuis le traité de Maastricht. La vraie question est « y a-t-il une alternative possible à cette Europe faite pour les financiers, les actionnaires ? » Nous pensons que oui. Et elle devra passer pour beaucoup par les mobilisations relayées au sein du Parlement européen par des militants du NPA.

  • Evin : C’est quoi en fait votre alternative au capitalisme ?

Pour le NPA, le projet que nous souhaitons défendre n’est pas livré clés en main mais il repose sur la satisfaction écologique des besoins sociaux. C’est ce que nous appelons l’éco-socialisme. Il s’agit de produire non pas pour les intérêts d’une minorité mais pour ceux du plus grand nombre. Pour nous, la santé, l’éducation, les transports, l’eau, etc., ne sont pas des marchandises et tous et toutes, quelle que soit la latitude sur la planète où nous habitons, devrions y avoir accès. Il paraît plus que scandaleux que 963 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde alors que notre système de production permettrait d’assurer les soins, l’alimentation et l’éducation pour tous et toutes. Cela impose une rupture radicale avec le système capitaliste.

  • Hugo (militant NPA) : Si le dessein de voir naître et se construire un front unitaire à gauche du Parti socialiste rassemblant l’ensemble des tendances de la gauche révolutionnaire qui s’inscrivent en dehors du consensus capitaliste a échoué pour cette élection, penses tu qu’il est nécessaire qu’un Front anti-capitaliste rassemblant cette fois-ci (NPA-PCF-PG et tous les camarades qui voudront) voit le jour pour 2012 ?

Nous pensons qu’une unité de tous ceux à la gauche du parti socialiste sur une base anti-capitaliste aurait été plus que souhaitable, déjà dans le cadre des européennes. Mais nos partenaires ont refusé ce Front unitaire durable au-delà des européennes puisque certains d’entre eux souhaitent nouer des alliances avec le PS pour les prochaines régionales. Nous le regrettons et nous pensons en même temps que la recomposition à gauche du PS est nécessaire d’abord pour les luttes mais aussi, pourquoi pas, pour certains cadres électoraux. Affaire à suivre...

  • Gaucho : Vous entendez quoi par satisfaction écologique ?

Aujourd’hui, les experts du climat (le GIEC) estiment que le réchauffement planétaire, à cause des gaz à effet de serre, est une urgence cruciale. La réponse de l’UE est en-deçà des impératifs de la planète avec ce qui a été voté sous la présidence de Sarkozy, le fameux paquet climat-énergie, l’augmentation de température sera double de ce que préconise le GIEC. Avec les conséquences suivantes : un stress hydrique pour 100 millions de personnes, des inondations, des crues, une baisse des rendements de culture céréalière c’est-à-dire de mort écologique de millions de personnes. Il faut impérativement coller aux exigences du GIEC, de la planète et donc réduire les gaz à effet de serre de 40 % d’ici à 2020. Cela passe par un service public de l’énergie mais aussi du transport pour favoriser les transports en commun, augmenter l’efficience énergétique des constructions et mettre en place une véritable politique d’énergies renouvelables pour sortir du nucléaire. La fin des OGM est tout aussi impérative.

Je souhaiterais vous dire qu’on ne ressemble en rien à des professionnels du politique et d’ailleurs on le revendique. Notre objectif est bien de faire le relais entre le plus grand nombre dans ces mobilisations et des institutions loin d’être démocratiques. Par ailleurs, ceux et celles qui ont reçu le chèque du paquet fiscal en cadeau par Sarkozy iront voter. À nous d’aller porter aussi le 7 juin une voix pour ceux et celles qui se battent pour la convergence des luttes, pour la répartition des richesses, pour une autre Europe.

À bientôt dans les mobilisations ! Omar

P.-S.

Propos recueillis par Marie Morizot.
Entretien paru dans Metro, édition du 4 juin 2009.