L’ornithologie dans notre programme écologique

, par BESANCENOT Olivier, DUVAL François

Un membre de l’équipe du candidat de la LCR répond à nos questions.

Dans le cadre des prochaines élections présidentielles françaises de 2007, Ornithomedia.com a décidé d’envoyer aux différents candidats une série de questions concernant leur position sur la protection des oiseaux et de leurs habitats.
François Duval, de l’équipe de campagne d’Olivier Besancenot, candidat de la Ligue Communiste Révolutionnaire (voir le site www.lcr-rouge.org – et celui de la campagne 2007 : besancenot2007.org) répond à nos questions.

Remarque préalable : c’est François Duval, de l’équipe de campagne dOlivier Besancenot, qui répond pour ce dernier à nos questions.

L’exercice – légitime – des questions aux candidats devient redoutable avec la personnalisation de la présidentielle à la française. Chacun des candidats ainsi auditionné devrait avoir goût à tout et savoir tout sur tout.

Olivier Besancenot et l’observation

Commençons donc, pour démystifier un peu l’exercice, par la dernière question (n° 15) : non, Olivier Besancenot n’est pas un passionné d’ornithologie. Mais il a au moins un bon ami, ornitho de terrain, qui l’est.

La crise écologique

Continuons par une question qui n’est pas posée, mais qui conditionne l’ensemble des réponses au questionnaire d’Ornithomédia : la nature et la gravité de la crise écologique. Nous vivons pour la première fois une crise écologique globale (qui touche à toute la biosphère) d’origine humaine. L’évolution climatique en est la manifestation aujourd’hui la plus évoquée — et il s’agit bien d’un enjeu majeur. Mais cette crise s’exprime dans bien d’autres domaines, dont celui de la biodiversité.
La disparition d’un nombre croissant d’espèces vivantes est devenue particulièrement alarmante. Il est urgent de mettre un terme à cette spirale destructive. Mais pour cela, il faut s’attaquer à la racine du mal : un mode de production (et le mode de consommation qui l’accompagne) qui a pour moteur la recherche du profit (privé) aux dépends des besoins sociaux et des exigences environnementales.

Le protocole de Kyoto

Que des États refusent de signer ou de mettre en œuvre le protocole de Kyoto (question 12) montre à quel point les pouvoirs établis ne veulent pas prendre en compte la gravité de la crise climatique. Mais ce protocole a cependant le grand défaut d’inscrire la politique écologique dans les logiques commerciales (les droits à polluer) au lieux d’impulser une logique alternative. Nous n’allons pas développer ici ce point. Mais il est clair que, pour être efficace, les mesures ponctuelles de protection de l’avifaune et des autres espèces vivantes doivent s’inscrire dans une politique globale qui réponde au caractère global de la crise écologique engendrée par le capitalisme contemporain.
Nous appelons cette politique globale écosocialisme. Elle combine la défense des droits sociaux à celle de l’environnement. Un dernier point d’introduction. La protection des espèces animales passe par la protection des écosystèmes au sein desquelles elles vivent. Il est important de le souligner, car la législation en matière de protection reste pour l’essentiel ciblée sur les espèces individuelles plus que sur les milieux. Il y a encore fort à faire pour mettre les écosystèmes au centre des réglementations de protection de la nature.

Olivier Besancenot et la chasse

Ces points préalables étant faits, reprenons, par les questions 1 à 4, le « sujet délicat » de la chasse. Olivier n’est pas chasseur — mais il a aussi quelques amis qui le sont. Dans la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), son organisation politique, les avis sont partagés sur l’exercice actuel de la chasse et sa signification culturelle. Mais la LCR n’en combat pas moins « l’ultra-chasse », si puissante en France. Elle est pour le respect des dates européennes d’ouverture de la chasse car elles prennent en compte des réalités biologiques essentielles à la reproduction des espèces.
Elle est contre toutes les chasses (dites « traditionnelles » ou pas) qui frappent en « aveugle » des espèces non sélectionnées, qui touchent des espèces protégées (Ortolan...), qui utilisent de surcroît des méthodes cruelles (pièges à rapaces...).
Nous sommes évidemment contre l’usage des munitions en plomb qui empoisonnent l’environnement.
Nous jugeons que toute espèce qui n’est pas explicitement « chassable » doit être pleinement protégée. La liste des espèces chassables doit par ailleurs être revue en fonction du statut effectif de chaque espèce concernée.

La création de zones protégées et Natura 2000

Nous sommes pour la création de zones protégées (dont en Guyane, dans le respect des droits des Amérindiens) et le renforcement du statut des réserves et des parcs nationaux (dont la situation se dégrade dangereusement).
Pour, aussi, l’utilisation des moyens offerts par la convention internationale Ramsar, par la loi française littorale ou par le programme européen Natura 2000. La mise en œuvre, en France, du programme Natura 2000 est particulièrement indigente (et la responsabilité de cet état de fait incombe à tous les gouvernements qui se sont succédé ces dernières années, de droite ou de gauche). Il existe très peu de naturalistes professionnels en France (et en particulier fort peu d’ornithologues professionnels) ; c’est un lourd handicap.

Le financement de la recherche

Des organismes comme le Muséum d’Histoire naturelle doivent voir leurs moyens humains et financiers renforcés. Les DIREN doivent avoir effectivement le pouvoir de protéger l’environnement (ce qui n’est pas aujourd’hui le cas).
De même, une administration comme l’ONF doit mettre en œuvre une politique favorisant la richesse faunistique et floristique des forêts.

Olivier Besancenot et l’agriculture responsable

Pour des raisons sociales autant qu’environnementales, nous sommes pour le développement d’une agriculture « paysanne » (ce qui ne veut pas dire archaïque !), à l’encontre du modèle agro-industriel dominant. Une telle agriculture permet tout à la fois le maintien de la diversité des paysages et des écosystèmes ruraux (qui peuvent s’avérer très riches), la réduction des pollutions des eaux et de l’épuisement des terres tout en assurant une production alimentaire de qualité.
Elle contribue à « relocaliser » l’économie et à réduire les transports agricoles. Elle garantit l’emploi et l’existence dans le monde rural d’un tissu social vivant, substrat des services publics.
Elle permet à l’alouette, à l’outarde ou à la pie-grièche de mieux vivre dans nos campagnes – ainsi qu’aux hommes et aux femmes. L’agro-industrie fait l’inverse : désertification humaine et augmentation du chômage, effondrement de la biodiversité, uniformisation des paysages et des productions alimentaires (banalisation de la culture et des goûts)...

L’environnement en France

L’opposition agriculture « paysanne » / agro-industrie illustre bien les enjeux combinés du social et de l’environnemental dans les choix de sociétés auxquels nous sommes confrontés.
La France est aujourd’hui l’un des pays européens les plus carents en matière d’environnement, de protection des espèces et des habitats (semi)naturels. Ces questions n’ont jamais été intégrées à la politique d’aménagement du territoire. C’est ce qu’il faut aujourd’hui faire. Mais nous vivons dans le pays des lobbies anti-écologiques : pétrolier, nucléaire, autoroutier, chimique et pharmaceutique, en sus de l’agro-industrie... Le poids de ces lobbies, qui ne se privent pas de mener de vastes campagnes de désinformation, explique pour une bonne part les difficultés auxquelles nous sommes confrontés.
La mise en œuvre d’une autre politique ne se fera pas sans combats...

P.-S.

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