« Oser s’attaquer à la propriété privée »

, par KRIVINE Alain

Idéologue de la Ligue communiste révolutionnaire, Alain Krivine est celui qui a passé le flambeau à Olivier Besancenot. Il était de passage à Dijon lundi pour un meeting du NPA. Interview.

  • Quel regard portez-vous sur la réforme des retraites ?
Alain Krivine, ancien porte-parole de la LCR.
© Photo Emmanuel Hasle/Le Bien Public.

C’est tout un symbole, à la fois de la violence de l’agression et de la déclaration de guerre sociale que le gouvernement mène aujourd’hui contre le monde du travail. C’est un symbole des mensonges de la politique gouvernementale : les jeunes n’ont pas de boulot et les vieux sont virés avant 60 ans. C’est un symbole de l’insolence gouvernementale, avec un ministre qui défend plus facilement la famille Bettencourt que le monde du travail. Il y a un sentiment d’injustice dans la population. C’est un symbole du ras-le-bol qui existe dans le pays, avec le succès des manifestations du 24 juin. Et qui prépare, je l’espère, une rentrée très chaude.

  • Que dites-vous de cette crise financière et économique qui a ravagé la Grèce ?

L’exemple grec est important parce que nous, au NPA, à la rentrée, on va commencer un mouvement de grève générale, privé-public, et continu, comme les jeunes l’ont fait avec le CPE. Jusqu’au retrait. Je pense qu’on peut arriver à les faire reculer jusqu’au retrait de la réforme des retraites.

  • Pensez-vous avoir le soutien des syndicats, quels qu’ils soient ?

Ce qui est positif, c’est qu’il y a une unité syndicale, qui verra demain s’ajouter les derniers manquants, FO. Maintenant, ce qui serait encore plus positif, c’est que tous les syndicats s’unissent, non pas pour faire une énième 24 heures mais pour donner l’assurance d’un mouvement qui ira jusqu’au bout.

  • La LCR devenue NPA, cette évolution vous satisfait-elle aujourd ?hui ?

Oui. Pour moi, un parti, ce n’est pas un but en soi, c’est un outil. Dans la mesure où avec le NPA, on pouvait s’élargir beaucoup plus qu’avec la LCR, toucher des tas de gens. Malgré les difficultés qu’on a eues ces temps-ci, il y a vraiment la place pour un vrai parti anticapitaliste, qui se bat sans concession.

Je crois que le NPA est en train de rebondir. La révolte des gens est très forte, mais les gens doutent sur une alternative crédible et possible. C’est là-dessus qu’il faut qu’on montre que c’est un choix de société, que l’argent existe, que toutes les caisses ne sont pas vides, et qu’il faut maintenant poser le problème en termes de répartition des richesses, de contrôle de la population, et d’oser s’attaquer à la propriété privée.

  • Pour les élections à venir, le NPA doit-il s’associer avec d’autres partis d’extrême gauche ou de gauche ?

S’il y a un accord politique, oui. Il faut d’abord forcer toute la gauche politique et syndicale à travailler ensemble contre la politique de Sarkozy. Et ça, on commence à y arriver.

Pour les élections, c’est un peu différent : ce n’est pas l’unité d’action mais se mettre d’accord sur un programme. Pour le moment, on a un gros désaccord, avec le Front de gauche notamment, parce que, nous, on n’envisage pas la perspective d’aller dans un gouvernement avec le PS. On pense que ça, ça discrédite la gauche. On a vu ce que le PS fait en Grèce, au Portugal, en Espagne ou en France.

On veut bien lutter avec eux contre Sarkozy dans la mesure où il l’accepte. Mais gouverner la France avec eux comme le veut le Front de gauche, on n’est pas d’accord. Mais s’il y a un accord unitaire à gauche, peut-être. Mais pas à n’importe quel prix.

P.-S.

Propos recueillis par Emmanuel Hasle.