« Fidel Castro proclame son appui à son frère » Le Lider maximo revient sur ses propos concernant l’échec du modèle cubain

, par HABEL Janette

« Le modèle cubain ne marche même plus pour nous. » Prononcée par le fondateur même dudit modèle, la phrase a stupéfié le monde. Quelques jours plus tard, Fidel Castro est revenu sur les propos rapportés mercredi par le magazine américain The Atlantic, assurant qu’ils avaient été mal interprétés. « Mon idée, comme le monde entier le sait, est plutôt que le système capitaliste ne fonctionne plus, ni aux Etats-Unis ni ailleurs. Comment voulez-vous qu’il réussisse dans un État socialiste comme Cuba ? » Et le journaliste pris en faute de rétorquer : « Je regrette de devoir le dire, mais l’expression « Le modèle cubain ne marche même plus pour nous » signifie « Le modèle cubain ne marche même plus pour nous. » L’analyse de Janette Habel, spécialiste du pays et professeure à l’Institut des hautes études d’Amérique latine, à Paris.

  • Le Temps : Comment expliquez-vous cette déclaration inattendue de Fidel Castro d’une part et ce revirement d’autre part ?

Janette Habel : L’affirmation est surprenante, mais Fidel Castro ne se rétracte pas ; il marche sur des œufs. Ce qu’il a voulu dire, ce n’est sûrement pas qu’il faille réintroduire le capitalisme à Cuba, comme l’ont interprété certains journalistes, mais plutôt que des réformes sont désormais nécessaires. La phrase a fait des vagues à l’extérieur du pays mais aussi à l’intérieur de l’appareil d’Etat, bien qu’elle n’ait pas été très reprise par la presse locale. Castro, dès lors, a souhaité atténuer le propos. Cette déclaration est à comprendre dans un contexte particulier.

  • Lequel ?

Depuis qu’il est président du pays, Raul, le frère de Fidel, affirme la nécessité de réformes structurelles, sur le plan économique. Fidel ne s’est jamais exprimé à ce propos, et les opposants à toute refonte du système ont interprété ce silence comme un soutien à leur cause. Les spéculations allaient bon train à Cuba sur un potentiel désaccord entre les deux frères. En s’exprimant sur ce sujet, Fidel Castro proclame son appui aux propositions de Raul.

  • Pourquoi maintenant ?

Raul répète sans cesse qu’il faut des réformes, mais il ne les fait pas du fait des blocages de l’appareil d’Etat. Développer l’activité privée ou les possibilités d’investissements étrangers entraînera la création d’une nouvelle classe sociale, susceptible de s’enrichir et de gagner plus que les employés de l’Etat. Dans un pays à l’administration hypertrophiée, cela menacerait la stabilité de beaucoup de monde. Il y a là des intérêts sociaux contradictoires, et donc deux camps qui s’affrontent. Jusque-là, Fidel Castro s’était abstenu de prendre part au débat, mais la crise économique rend désormais ces réformes indispensables. Castro s’exprime pour sortir de l’impasse et désarmer l’opposition. A cela s’ajoutent les négociations actuelles avec l’Union européenne et le dialogue avec les Etats-Unis.

  • Peut-on penser qu’elles entraîneront une ouverture politique ?

Il y a toujours un moment où les réformes économiques ont des répercussions politiques. Elles font naître de nouvelles classes sociales qui demandent ensuite à s’exprimer et à avoir plus de droits. Les Chinois estiment qu’on peut ouvrir l’économie tout en maintenant un joug politique. Fidel Castro, lui, a perçu depuis longtemps que cela n’est pas possible, d’où sa réticence à entreprendre des changements économiques. La crise le contraint à revoir sa position, tant les tensions économiques et sociales deviennent importantes à Cuba.

P.-S.

Propos recueillis par Caroline Stevan.