Relancer le chaos créateur du NPA Courte contribution au débat de congrès

, par CORCUFF Philippe

Après deux siècles d’échecs du projet d’une société non-capitaliste durable sur des bases démocratiques, pluralistes et écologistes, l’anticapitalisme a à réinventer une politique d’émancipation pour le XXIe siècle. Á sa création le NPA a fait le pari d’un chaos créateur dans le métissage de traditions critiques. Nous avons pris acte du brouillage des repères stratégiques (ce qui relève du « comment » on passe du capitaliste au non-capitaliste), en commençant simplement à délimiter l’espace dans lequel la question peut être posée aujourd’hui : 1) participer aux élections et avoir des élus peut être utile dans une logique de rupture avec le capitalisme ; toutefois 2) le principal réside dans l’action extra-institutionnelle favorisant l’auto-organisation populaire. Ce qui suppose une stricte indépendance vis-à-vis du PS, force sociale-libérale et professionnalisée hégémonique à gauche. Cependant, dans les incertitudes de la période, des camarades hésitent légitimement et sont tentés par deux écueils.

La première tentation consiste à trop se conformer à la définition dominante, institutionnelle et électorale, de la politique dite « sérieuse », en faisant de la question des rapports avec le Front de gauche une question prioritaire. C’est le pôle « institutionnaliste », particulièrement présent dans la position 3. Ce serait implicitement acquiescer à la prégnance de la politique représentative et professionnalisée. À la gauche de la gauche, Jean-Luc Mélenchon incarne déjà une telle tendance. Le NPA doit plutôt donner une tonalité libertaire à la radicalité politique.

La seconde tentation consiste à confondre révolution sociale et rhétorique révolutionnaire, pratiques radicales et identité radicale, en continuant de surcroît à proclamer archaïquement le rôle « dirigeant » du parti à la place de la logique d’auto-émancipation des exploités. C’est le pôle « révolutionnariste », particulièrement présent dans la position 2. Le risque est de faire du NPA un groupuscule avant-gardiste se gargarisant davantage de sa supposée « radicalité » au fur et à mesure que les possibilités de peser de manière radicale sur la réalité s’éloigneraient.

La position 1 exprime mieux un équilibre, dans un pragmatisme au service de la radicalité. Cependant, elle apparaît souvent muette sur un enjeu central : quid de l’invention au sein du NPA, dans son organisation et dans ses pratiques extérieures, d’une politique Á PARTIR DU QUOTIDIEN DES opprimés (ne se contentant pas de slogans « révolutionnaires » et/ou électoraux venant d’haut), supposant l’émergence d’un nouveau langage politique ? Distincte de notre action (principale) dans les mouvements sociaux comme de notre participation (secondaire) aux campagnes électorales, une troisième dimension de notre activité politique apparaît ici. Pour l’instant embryonnaire, elle appellerait un déploiement d’imagination et d’expérimentations, de la base au sommet de l’organisation. C’est dans ce vaste chantier, ainsi que dans celui du dialogue avec la variété des radicalités intellectuelles contemporaines, plus que vers le Front de gauche, que pourrait se situer l’ouverture dont le NPA a besoin. Le mouvement social sur les retraites et la guérilla sociale durable qui pourrait s’en suivre nous dotent du souffle nécessaire pour aller de l’avant.