Comment sortir de l’impuissance politique ?

Pourquoi nous quittons le NPA

, par DUCANGE Jean, GUITRAND Thierry, KOUVÉLAKIS Stathis, MARLIÈRE Philippe, MORAINE Claudette, OBONO Danielle

Juste après son premier congrès, il semble bien que l’heure des comptes a sonné pour le NPA. Le constat qui s’impose de plus en plus largement est celui de l’échec sans appel du projet fondateur. Le NPA a échoué à rassembler les anticapitalistes pour devenir l’élément moteur d’une alternative à gauche du PS. Il a échoué à s’ouvrir à de nouvelles couches et de nouvelles formes d’expérience militante. Il s’est de plus en plus cantonné à une attitude sectaire, refusant systématiquement l’unité avec les autres forces de la gauche radicale et se considérant comme le dépositaire exclusif de l’« anticapitalisme » et des aspirations exprimées dans les luttes sociales. C’est peut-être surtout dans ce dernier aspect que les dégâts sont les plus visibles : à défaut de s’atteler à dégager une perspective politique d’ensemble, le NPA s’est refugié dans une posture para-syndicale et incantatoire, appelant inlassablement à la « grève générale » et cultivant l’illusion que l’agrégation des revendications sectorielles suffit à unifier les mouvements sociaux.

Cette ligne sectaire ne s’appuie que sur un seul atout : la popularité de son porte-parole, et ses scores passés et escomptés au premier tour des élections présidentielles. Pourtant, l’expérience de LO et des candidatures d’Arlette Laguiller a déjà montré les limites d’une telle démarche. La comparaison est presque cruelle car le cycle parcouru par le NPA a toutes les chances d’être beaucoup plus court que celui de l’autre organisation de l’extrême-gauche française. Très rapidement en effet, tous les clignotants sont passés au rouge : hémorragie militante, y compris au niveau des instances dirigeantes, pauvreté des débats, reconduction quasiment à l’identique des anciens clivages internes de la LCR, état affligeant de la presse et des matériaux du parti, sans parler des résultats électoraux de plus en plus décevants.

Pendant que le NPA ne cessait de se raidir et de cultiver l’isolement, le paysage social et politique, tout particulièrement au sein de la gauche de gauche, évoluait rapidement. L’exaspération populaire à l’égard du sarkozysme n’a cessé de monter, pour alimenter de larges mobilisations sociales, qui se sont heurtées à de multiples limites, à la fois en termes de stratégie syndicale et de débouché politique, et se sont finalement soldées par des échecs. Le PS se prépare à une alternance avec le visage le plus ouvertement libéral qu’il ait affiché jusqu’à présent, et que l’actuel président du FMI incarnera, sans doute, demain. Pour déjouer cette opération, la seule perspective responsable est celle du regroupement de toutes les forces à gauche du PS qui se situent sur le terrain d’une rupture avec le système. Il faut prendre acte que l’essentiel de ces forces se trouvent aujourd’hui au FdG. Pour l’instant simple cartel d’organisations, dépourvu de structuration « par en bas » et de pratiques correspondantes, le FdG a néanmoins déjà apporté la preuve que le tout est supérieur à la somme des parties. Des expériences locales, tout particulièrement celle du Limousin, ont montré qu’une véritable dynamique est possible. Pourquoi alors ne pas prendre au mot les propositions des organisations composant le Front de Gauche d’un programme de rupture avec le système capitaliste et avec le productivisme ?

Nous sommes convaincus que la constitution d’un large front politique de la gauche radicale autour d’un tel programme peut bousculer les rapports de forces à gauche, ébranler la domination du PS en son sein et offrir un véritable débouché politique à la hauteur des espérances et des luttes populaires. C’est la seule voie pour sortir enfin de l’impuissance politique et d’une rhétorique radicale dépourvue d’impact et, en réalité, inoffensive pour le système. C’est à une telle perspective que nous tenterons désormais de contribuer.