France métissée, l’Appel aux candidats : Philippe Poutou

, par POUTOU Philippe

Réponse de de Philippe Poutou, candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste, à l’Appel pour une France métissée, lancé par Respect Mag et Terra Nova en janvier 2012.

Bonjour !

En ce qui concerne la lutte contre le racisme et les discriminations et le soutien aux personnes migrantes, la politique que nous préconisons repose sur l’énoncé de deux principes fondamentaux : l’égalité des droits d’une part et la liberté de circulation et d’implantation, d’autre part. Or il est évident, pour nous, qu’une véritable égalité des droits demeurera un objectif hors de portée — et même tout bonnement inconcevable — tant que subsisteront les rapports d’exploitation et d’oppression qu’induisent les modes capitalistes de production et d’échange.

En ce qui concerne la liberté de circulation et d’implantation, seule à même de permettre l’émancipation des rapports de domination dans lesquels les États-Nations enferment les humains, nous voyons bien qu’un tel principe ne saurait être admis dans un seul pays. Il doit en tout état de cause relever de décisions prises à un niveau international par des institutions réellement démocratiques et sous le contrôle des peuples. C’est bien pourquoi notre projet socialiste ne saurait être qu’internationaliste.

Pour autant, nous sommes convaincus qu’un certain nombre de mesures peuvent et doivent être rapidement prises. Elles découleront de la fixation de règles en référence à nos orientations générales :

Il est urgent de sortir de l’ère du soupçon et du contrôle permanent à l’égard des migrants et leurs enfants. Les codes d’entrée et de séjour doivent cesser d’être un empilement de lois et de règlements à vocation répressive et, à l’instar du Code du Travail, servir de référence destinée à garantir le respect égal des droits.

Il devra être mis fin au règne de l’arbitraire. Toutes les décisions de l’Administration auront à être dûment motivées, des procédures de recours offrant de réelles garanties seront instituées : cela suppose l’indépendance des instances chargées de l’examen de ces recours qui seront suspensifs pour toute mesure de contrainte et qui seront traités dans les plus brefs délais pour tout rejet d’une demande d’accès à un droit.

Il sera mis un terme aux régimes d’impunité et aux pouvoirs démesurés, échappant, pour le coup, à tout véritable contrôle, des forces de police. Il n’y a pas de pouvoir régalien qui tienne. Nous voulons en finir avec le « police partout, justice nulle part », applicable en premier lieu aux étrangers.

L’opacité qui caractérise communément les pratiques de l’Administratives ne doit plus être de mise : l’accès à leurs dossiers complets doit être assuré à toute individu ou toute association en charge de la défense de ces droits leur sera pleinement reconnu.

La catégorisation stigmatisante des immigrés doit être abandonnée : il faut renoncer à ne les considérer qu’en tant que travailleu(r)(se)s, membres de famille, malades, étudiant.e.s, réfugié.e.s...

La discrimination reposant sur des conditions économiques et sociales doit être combattue. Des moyens importants doivent donc être dégagés pour créer des conditions d’accueil des étrangers dans la dignité, et ce dans tous les domaines : logement, formation et apprentissage de la langue, accès à l’emploi, aux soins de santé... Nous tenons enfin à souligner que la « politique migratoire » ne saurait être isolée d’une politique d’ensemble.

C’est pourquoi la mise à disposition de moyens pour un accueil décent des étrangers passe par des mesures fiscales et budgétaires de grande ampleur. Ce n’est à aucun de ceux, Français ou étrangers, qui ont déjà du mal à boucler leurs fins de mois qu’il incombe de payer. Une politique en faveur des immigrés qui ne serait pas intégrée dans une politique sociale offensive n’aurait pour effet que de générer du racisme et, pour reprendre la formule du sociologue Saïd Bouamama, de « diviser ceux qui devraient être unis et d’unir ceux qui devraient être divisés ».

Cordialement, Philippe POUTOU