« Les 11 % qui ont voté pour Mélenchon vont commencer à réfléchir »

, par CARRASQUEDO Pedro

Philippe Poutou, pour le Nouveau parti anticapitaliste, n’a pas réitéré, cinq après, les bons résultats d’Olivier Besancenot (LCR) à l’élection présidentielle. Rencontre avec Pedro Carrasquedo, militant souletin du NPA et membre du comité politique national du parti.

  • Que vous inspire l’élection de François Hollande ?

Nous avons participé à cette victoire contre Nicolas Sarkozy, un démolisseur à tout point de vue. Il n’y a cependant aucune illusion à avoir avec Hollande. Nous ne sommes pas en mai-juin 1981, il n’y a pas l’enthousiasme de la victoire de Mitterrand contre Giscard. Il n’y a pas de solution par les urnes.

La population travailleuse ne veut pas l’austérité. La déculottée électorale du Pasok et de Nouvelle démocratie en Grèce est en ce sens un avertissement pour le gouvernement socialiste.

C’est une nouvelle étape, une situation historique : le besoin d’un changement radical est évident, on ne peut pas s’en tenir aux urnes. La mobilisation est la garantie d’une issue sérieuse.

Pour le Pays Basque, il n’y a pas d’illusion à avoir non plus. Il ne faut jamais oublier que les premières extraditions de réfugiés basques ont eu lieu en 1985 sous Laurent Fabius.

  • Êtes-vous satisfait de la campagne du Nouveau parti anticapitaliste et du score réalisé par votre candidat Philippe Poutou (1,15 %) ?

Il faut rendre hommage à notre camarade, au travail de cet ouvrier de l’automobile pour faire connaître nos idées. Expliquer qu’il faut une politique de rupture avec la bourgeoisie : notre objectif est pleinement atteint. Philippe Poutou a été notre drapeau : c’est un carton plein, des centaines de milliers de personnes ont entendu notre discours. C’est le seul candidat qui a vraiment représenté les ouvriers.

Notre résultat est plus qu’honorable, à la mesure de ce qu’est cette élection.

  • Olivier Besancenot avait pourtant en 2007 réalisé un meilleur score (4,08 %)...

Olivier Besancenot réalisait aussi, au début, des faibles scores. Ce n’est pas une question de personnalité. La situation politique a évolué : il y a une polarisation autour des deux principaux candidats, les petits ont été laminés par le vote utile dès le premier tour.

  • Les voix à la gauche du parti socialiste se sont concentrées autour de la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Le Front de gauche : un concurrent ou une force complémentaire ?

Le Front de gauche est en réalité un obstacle, c’est mon sentiment personnel. C’est un rabatteur de voix du PS pour le second tour : le talent oratoire de Mélenchon est mis au service d’une mauvaise cause. Le Front de gauche n’est pas nouveau, derrière lui on a les vieux oripeaux du PCF, le parti stalinien français. Les 11 % qui ont voté pour eux vont maintenant commencer à réfléchir.

« Prenez le pouvoir ! » par les urnes, « Faites la révolution » citoyenne : Mélenchon appelle les gens à aller dans un mur. Les ouvriers et paysans n’ont rien obtenu par les urnes.

  • L’unité n’est donc pas à l’ordre du jour ?

L’unité n’est pas un simple mot, un accord d’appareils, c’est un contenu. La division entre les travailleurs est à bannir. Il faut travailler sur des bases sérieuses. Prenons l’exemple des retraites : l’abrogation de la loi qui va dans l’intérêt du patronat doit être notre mot d’ordre unitaire pour aller à la bataille. A l’heure actuelle, les positions sont plus que floues et vont dans le sens d’une acceptation de la réforme au nom du fait qu’il y a un trou de la sécu.

  • Avec Lutte Ouvrière, vos formations étant très proches politiquement, le rassemblement est-il possible ?

Le rapprochement avec LO est non seulement envisageable mais souhaitable. C’est plus facile qu’avec le Front de gauche parce que nous avons plus de points d’affinité. Philippe Poutou a d’ailleurs lancé un appel au rassemblement pour mener la bataille contre le capitalisme.

  • Comment expliquez-vous le score supérieur à la moyenne hexagonale enregistré par Philippe Poutou au Pays Basque (2,23 %) ?

Implantation, même très modeste, du NPA dans les luttes et adéquation entre nos revendications et la volonté des habitants du Pays Basque : ces résultats sont l’écho d’une double combinaison. Dans certains coins du Pays Basque, les élus et la population sont des rebelles, des révolutionnaires : dans le sens le plus noble du terme. Il faut rendre hommage à ces gens-là.

Je pense aussi que le milieu abertzale, le vrai, s’est reconnu dans les propos de Philippe Poutou. Pour qui auraient voté les abertzale sinon ? Pour le Parti socialiste auteur des premières extraditions de militants basques ? Pour le Parti communiste français qui refuse encore de manifester le 1er mai en Soule avec les camarades de Lab, Batasuna et Segi

  • Quelle est la stratégie de votre parti pour les élections législatives au Pays Basque ?

Nous allons, ce week-end, en Conseil politique national, finaliser les candidatures sur l’ensemble des circonscriptions. Il n’y aura des représentants du NPA sur les trois circonscriptions du Pays Basque.

Je serai moi-même candidat sur la 4e avec Eric Laclau pour suppléant.

  • Autour de quelles revendications ? Quelles propositions pour les électeurs du Pays Basque ?

Interdiction des licenciements et rétablissement des services publics : nous défendons un plan d’urgence national. Nos multiples propositions locales découlent de ceci. Nous sommes, par exemple, pour la réhabilitation du train Mauléon-Puyoo et, comme les abertzale, radicalement opposés à la Ligne à grande vitesse, un projet pharaonique et anti-écologique.

Pour faire face à la désertification du Pays Basque et défendre son entité, il faut garder les services publics et réindustrialiser les territoires.

Nous défendons aussi la création d’une institution spécifique au Pays Basque dont les compétences permettent de prendre des mesures sur les questions agraire, foncière et immobilière. Il faut qu’elle puisse taxer les résidences secondaires et, avec l’argent récolté, préempter les terrains agricoles et rénover les habitations.

P.-S.

Propos recueillis par Antton Rouget.