Marée rouge en décembre

, par BESANCENOT Olivier, POUPIN Christine, POUTOU Philippe

La lutte de classe est capricieuse, désertant le pavé au point de chambouler les repères et surgissant souvent lorsqu’on ne l’attend plus. Elle n’est pas classable dans un bréviaire quelconque et peut prendre des formes qui semblent saugrenues à ceux ne raisonnant qu’en modèles préétablis. Le fait est qu’en cette rentrée, les résistances contre la brutalité des attaques du gouvernement, qui impose une cure d’austérité drastique à la majorité de la population pendant qu’il bichonne le CAC 40 et les banques, n’ont pas explosé là où on les attendait. La bataille contre la nouvelle contre-réforme libérale des retraites n’a pas vraiment eu lieu, et ce sont des lycées et de la Bretagne qu’ont surgi les frondes antigouvernementales. Contre les expulsions de Léonarda et de Khatchik, pour le droit à l’éducation qu’on ait ou pas des papiers, la jeunesse a battu le pavé, et tenu tête à Manuel Valls, sa rhétorique et sa pratique sarkozyste contre l’immigration.
Et puis, le vent s’est mis à souffler en Bretagne. Reprenant l’étendard des « bonnets rouges » du mouvement contre le papier timbré de 1675, imposé par le pouvoir central et la féodalité, le peuple de Bretagne s’est dressé contre les licenciements et l’injustice de l’écotaxe. Deux raisons légitimes de lutter. L’écotaxe est une aberration tant du point de vue social qu’écologique. Ecologiquement, cette mesure, qui prétend aider à relocaliser les productions, taxe exclusivement les routes non payantes, épargnant ainsi les grands axes autoroutiers et le transport aérien. D’un point de vue social, ce sont donc les petits qui seront ponctionnés. Sans parler du scandale de la privatisation de la collecte de l’impôt par Ecomouv, dont le coût est vingt fois plus élevé que celui du service public.
Quant à la question de l’emploi, elle est au centre de la lutte bretonne : GAD, Marine Harvest, Doux, Tilly-Sabco... Les tentatives de récupération patronale, de la droite voire de l’extrême droite soulignent un peu plus l’enjeu de la course de vitesse qui est engagée entre cette « opposition » réactionnaire au gouvernement et la nôtre, qui reste à construire, à la gauche du gouvernement, celle du mouvement ouvrier, du mouvement social et de la gauche non gouvernementale.
Notre engagement antiraciste et antifasciste à contrer pied à pied la montée de l’extrême droite implique que nous ne désertions pas le terrain. Il serait renforcé si notre camp se donnait les moyens de construire ces luttes, les construire loyalement et les féconder d’une orientation progressiste et anticapitaliste.
En Bretagne, des manifestations pour l’emploi sont prévues samedi, à l’appel des organisations syndicales. Une mobilisation des bonnets rouges est programmée le 30. Jean-Luc Mélenchon, lui, propose de manifester à Paris le 1er décembre pour la « révolution fiscale » et contre la hausse de la TVA. Si cette initiative est conçue comme un désaveu de celle des bonnets rouges, elle est condamnée d’avance. Si elle ne prend pas en compte la lutte contre les licenciements, les expulsions, le racisme ou la politique d’austérité, et si son caractère n’est pas nettement antigouvernemental, elle n’aura pas de poids et se réduira à un coup politique. Nous souhaitons que s’organise une marche unitaire qui prenne appui sur les mobilisations en cours, cherche à les prolonger et les faire converger. Nous en serons alors sans hésitation.
Nous pensons qu’il est grand temps de construire une mobilisation globale, complémentaire, tant dans sa dimension sociale que politique : pour une fiscalité anticapitaliste, contre l’écotaxe et la hausse de la TVA, pour l’interdiction des licenciements, l’arrêt des politiques d’austérité, et la fin des expulsions d’enfants scolarisés. Le rouge revient à la mode. Qui chez les anticapitalistes pourrait en avoir peur ? Une marée rouge contre le gouvernement et sa politique au service du grand patronat, voilà ce qu’il nous faut préparer au mois de décembre.