Perspectives du mouvement de décembre 1995

, par AGUITON Christophe

Pour un syndicaliste c’est une évidence : le premier semestre de l’année 1996 marque une rupture radicale avec le mouvement de grèves et manifestations de la fin 95.
Les quelques tentatives de mobiliser l’ensemble des salariés, en référence explicite aux revendications du mouvement des mois précédents les 11 et 12 février, ou pour l’emploi et la réduction du temps de travail le 23 mai, n’ont connu qu’un succès très limité, malgré le caractère assez unitaire de ces journées.
Les mobilisations sectorielles ont été plus importantes, le point haut ayant probablement été la manifestation des salariés de l’EDF le 5 juin. Mais elles n’ont pu empêcher des défaites, comme la privatisation de France Télécom, où des reculs, comme l’introduction - encore prudente - de la concurrence dans la distribution de l’électricité en Europe...
Le monde syndical, dans ses rapports internes, renforce cette impression de morosité et de désagrégation du rapport de force.
Force ouvrière renoue avec son isolationnisme traditionnel, refusant toute action avec la CGT, la FSU ou SUD tout en multipliant les polémiques avec la CFDT. La CGT, après un congrès où les débats s’étaient déroulés dans un climat d’ouverture plus grand que jamais, a manifestement du mal à mettre en pratique une unité syndicale qu’elle revendique haut et fort. L’émergence de nouveaux syndicats, FSU ou SUD, de courants oppositionnels structurés, comme « Tous ensemble » dans la CFDT, le développement d’associations de chômeurs ou de lutte contre l’exclusion, tout cela dérange la direction de la CGT habituée à ne gérer qu’une unité ponctuelle avec des syndicats « réformistes »... Quant à la CFDT elle poursuit l’évolution amorcée il y a plus de quinze ans, et risque fort d’en recueillir les fruits en remplaçant FO dans le rôle du syndicat interlocuteur privilégié des pouvoirs en place, patronaux comme gouvernementaux.
Sur la base de ce constat rapide, une conclusion pourrait s’imposer. Novembre et décembre auraient joué un rôle thérapeutique, une « thrombose salutaire » qui aurait permis d’évacuer un caillot qui menaçait de retarder l’évolution indispensable de la société française... France Télécom privatisée grâce aux grévistes de l’hiver dernier !
Toute crise qui se résout fluidifie le système. Mai 68 a accéléré la modernisation de la société française et les grèves de novembre et décembre 95 n’échapperont pas à ce sort commun. Mais les réduire à ce point de vue serait manquer l’essentiel. Surtout à un moment où rien n’indique que nous entrerions dans une période d’expansion longue, où le système puisse trouver de nouvelles formes de régulation permettant de stabiliser sur le long terme nos sociétés.
La situation de relative atonie sociale des premiers mois de 1996 renvoie plutôt au caractère cyclique des luttes et mouvements sociaux. Le creux de la respiration après l’explosion de cet hiver. Un indice qui confirme ce point de vue se trouve dans le climat particulier de ce milieu d’année 96. Un mécontentement diffus, aux causes multiples - de la nouvelle montée du chômage à la récession économique de ce début d’année en passant par la crise de la « vache folle » -. Un mécontentement qui n’a pas de débouché institutionnel immédiat - pas d’élections en vue -, qui ne s’exprime que par des sondages de plus en plus désastreux pour l’équipe en place et par un sentiment de ras-le-bol général et d’explosivité latente.
Dans ce moment d’entre-deux, l’analyse la moins risquée est peut-être celle des traces laissées par les chocs précédents. Les changements organisationnels et les nouvelles structures sont plus repérables que l’évolution des consciences et des mentalités.
Cet article veut éclairer deux de ces changements : l’affirmation de mouvements de chômeurs et de lutte contre la précarité et l’émergence d’un syndicalisme rénové. Deux facettes du mouvement social qui évoluent à leurs rythmes propres, mais avec une certaine complémentarité.
La présence des mouvements de chômeurs et d’exclus dans les manifestations et, plus globalement, dans le mouvement social a été une des particularités des grèves de cet hiver. A Paris, l’ensemble des associations ont occupé Beaubourg et ont popularisé une plate-forme revendicative, « L’appel des sans [1] ». Cette présence correspondait à la volonté de responsables syndicaux d’élargir le front et de ne pas laisser le gouvernement effriter la popularité du mouvement en jouant sur les oppositions salariés/usagers ou secteur public/chômeurs. Cette préoccupation était partagée par les responsables associatifs qui espéraient, en retour, pouvoir profiter du mouvement social pour mettre l’accent sur les revendications spécifiques des chômeurs et exclus et, plus globalement, trouver avec les syndicats les convergences permettant d’avancer vers des solutions durables contre la misère et le chômage.
Cette convergence n’est pas né l’hiver dernier. Les mouvements de chômeurs et de lutte contre l’exclusion sont apparus en force ces dernières années, après l’échec des tentatives syndicales d’organiser les chômeurs (seule la CGT continue à faire vivre des « comités de privés d’emplois » actifs et vivants dans certaines villes, Marseille en particulier). Deux grandes mobilisations symbolisent cette émergence. Les marches nationales contre le chômage, organisées à l’initiative d’AC ! (Agir ensemble contre le chômage) en avril et mai 1994, ont été peut-être les plus importantes mobilisations de chômeurs que nous ayons connues en France. L’année suivante c’est la lutte contre l’exclusion qui fait irruption sur la scène publique, avec l’occupation de la rue du Dragon à l’initiative du DAL, en pleine campagne présidentielle. Dans ces deux cas, les complémentarités entre associations et les soutiens syndicaux avaient joué à plein.
Le mouvement social de novembre et décembre a renforcé encore deux éléments notables de ces mouvements. C’est d’abord leur enracinement et leur pérennité. Dans les six derniers mois, les terrains d’action se sont multipliés, une campagne de toutes les organisations de chômeurs sur les allocations UNEDIC [2] et le droit à un revenu décent pour vivre, la lutte pour les sans-papiers, où Droit Devant et le Comité des sans logis ont joué un rôle décisif, la participation d’AC ! aux mobilisations à l’occasion du G-7 de Lyon consacré à l’emploi, les mobilisations contre les décrets antimendicité dans les villes du sud de la France... C’est ensuite l’unité qui se renforce entre ces diverses organisations. Unité d’autant plus remarquable qu’au même moment les organisations syndicales sont incapables de surmonter leurs divisions. Les terrains d’actions des différentes associations ne sont pas tout à fait les mêmes (logement, lutte contre l’exclusion, associations de chômeurs). Quand ils sont similaires, les points de vue peuvent être aussi différents : sur le terrain du chômage, le MNCP et l’APEIS ont ainsi une importante activité d’accueil, de gestion et de prise en charge des chômeurs, alors qu’AC ! est d’abord un mouvement pour l’action, même si des comités locaux peuvent organiser ça ou là des permanences pour accueillir et conseiller les chômeurs. Mais toutes les associations se retrouvent pour agir ensemble ou en soutien les unes aux autres.
L’existence des organisations de chômeurs et d’exclus est probablement - et malheureusement - une donnée de long terme. Une donnée qui devra être prise en compte par tous les acteurs politiques et sociaux, et qui devrait changer beaucoup de choses. Les négociations sociales ne pourront continuer longtemps basées sur un système où le sort des chômeurs est réglé - sans eux - par les syndicats de salariés, le patronat et le gouvernement. Quant au discours politique qui fait du chômage et de l’exclusion - préoccupations des Français obligent - un argument permanent, il ne pourra pas ne pas changer au fur et à mesure où l’on entendra les chômeurs et les exclus, où l’on passera d’une situation où l’on parle en leur nom à une situation où ils exprimeront leurs revendications...
L’apparition de nouveaux syndicats du type SUD et, plus globalement, les tentatives de rénovation du syndicalisme sont une autre conséquence du mouvement de grève de l’hiver dernier.
À plus grande échelle, on assiste à une radicalisation d’ensemble du mouvement syndical, à une évolution vers des positions plus « combatives ». Des indices existaient depuis quelques années dans le secteur public : montée de SUD et de la CGT à la Poste et à France Télécom, montée de la CGT à EDF, de la FSU dans l’Éducation nationale ou à travers les débats de la CFDT [3]... Mais là, il s’agit d’un mouvement d’ensemble, traversant toutes les organisations syndicales : la majorité de la direction de FO accepte de laisser la présidence de la Caisse nationale d’assurance maladie, rompant ainsi avec des décennies d’une collaboration qui rapportait beaucoup à cette centrale ; les opposants dans la CFDT voient grossir leurs troupes alors pourtant que de nombreux militants quittent cette confédération pour créer des syndicats SUD ; les syndicats les plus impliqués dans les grèves de novembre et décembre (CGT, FSU, SUD...) se renforcent sur le plan électoral ; et cela touche jusqu’à l’UNSA, formation créée par la FEN et la FGAF, et dont plusieurs syndicats critiquent l’attitude pendant les dernières grèves...
Dans le même temps, le mouvement syndical est en pleine mutation, mutation d’autant plus nécessaire que depuis bientôt vingt ans, et dans quasi tous les pays développés du monde, les syndicats s’affaiblissent régulièrement, la France étant à l’avant garde du mouvement !
Cette crise du mouvement syndical est d’abord une crise de fonction. Le syndicalisme fonctionnait comme un corps intermédiaire indispensable au patronat (c’est par lui que passait le rapport aux salariés) comme aux salariés (le syndicat les défendait mais surtout permettait d’accumuler les acquis). La remise en cause est arrivée des deux côtés. Par le patronat qui, malgré des discours lénifiants sur la nécessité de syndicats forts, remet en cause le mode antérieur de régulation et recherche - en tâtonnant - des solutions nouvelles court-cir-cuitant les syndicats : cercles de qualité, management participatif, équipes autonomes, développement d’une importante communication interne dans les entreprises, etc. Et par le salariat pour qui le syndicat ne fait plus réellement la preuve de son utilité : les licenciements n’ont pas pu être empêchés, les augmentations salariales sont de plus en plus individualisées, les conventions collectives ne sont plus renégociées, sauf à la baisse, etc.
Cette crise renvoie aussi aux modifications de structures des entreprises, du salariat, du capitalisme dans son ensemble. En France, par exemple, si le nombre d’emplois salariés n’a pas baissé dans les deux dernières décennies, la structure du salariat a été transformée : baisse massive du nombre d’ouvriers au profit des employés et surtout des techniciens et cadres, montée du salariat féminin, augmentation impressionnante, surtout ces dernières années, du travail précaire ou « atypique », contrats de courte durée, temps partiels imposés, CIE, CES...
Les entreprises, elles, se concentrent du point de vue capita-listique tout en multipliant les petites unités de production, les filiales, la sous-traitance... Ces modifications en profondeur, plus la montée du chômage, fragilisent à l’évidence un syndicalisme appuyé sur les grosses entreprises et les ouvriers qualifiés.
À ces facteurs de crise s’ajoutent les pertes de repères idéologiques - le syndicalisme français a, dans sa grande majorité, toujours affirmé sa volonté de transformer la société, reste à savoir vers où et comment ! - et l’évolution globale de nos sociétés, montée du niveau culturel et scolaire, rejets des corps intermédiaires et aspirations à plus de démocratie et de contrôle, etc.
Il faut tenter de répondre à l’ensemble de ces problèmes.
D’abord en commençant par faire évoluer la fonction même du syndicalisme. Son rôle traditionnel de régulation est remis en cause, mais sa fonction de contre-pouvoir reste, et c’est probablement la demande première des salariés. Il faut que le syndicat apporte des réponses alternatives à chaque avancée patronale, que ce soit sur l’organisation du travail, la formation, la stratégie de développement de l’entreprise etc. Un des aspects les plus importants étant la qualité de l’information que le syndicat donne aux salariés.
Ensuite en ayant un autre rapport aux salariés. La délégation de pouvoir, la confiance aveugle envers le responsable, le « délégué », tout cela est remis en cause. Il faut que les assemblées générales de salariés puissent décider en toute souveraineté, que les coordinations puissent jouer tout leur rôle, que les salariés participent de tout ce qui relève de l’action collective...
Enfin, en ayant une approche différente des rapports interprofessionnels, prenant en compte la montée du chômage, avec toutes ses conséquences (dont la difficulté pour une organisation de salariés de représenter des chômeurs de longue durée), la montée de la précarité, la place grandissante des femmes dans le monde du travail, etc. Un syndicalisme qui cherche à agir pour la transformation sociale en commençant par la mise en œuvre de solidarités plutôt que par la recherche d’un modèle introuvable. Solidarité avec les salariés d’autres professions, avec les chômeurs, les immigrés, les populations d’autres régions du monde.
Le développement de SUD, à la Poste et à France Télécom d’abord, puis dans d’autres secteurs - comme la SNCF - après les grèves de novembre et décembre, s’explique par des raisons internes à la CFDT [4], mais aussi - et beaucoup - par la volonté de développer un syndicalisme différent. SUD s’est développé aux PTT grâce à une pratique syndicale qui tranchait avec les habitudes : une unité d’action qui ne s’encombre pas de querelles de préséances [5], un effort important de publication des informations [6], une pratique proche des salariés - SUD est souvent accusé de « basisme »... Hors les PTT, SUD s’est fait connaître par son soutien aux différents mouvements sociaux, d’AC ! en 94 aux initiatives pour le droit des femmes où en soutien à la lutte des immigrés sans papiers au printemps 96.
Cette volonté de rénover le syndicalisme existe aussi dans les confédérations comme dans des syndicats non-confédérés. Dans les confédérations, c’est probablement la gauche CFDT - parce que c’est le courant le plus structuré et qui a plus de dix ans de pratiques communes - qui a été le plus loin dans cette évolution (cf. sa participation à AC !, sa pratique des coordinations, etc.), mais la CGT a connu aussi de profondes évolutions - face aux coordinations par exemple. Parmi les forces non confédérées, la FSU - en particulier le SNUIPP chez les instituteurs - a transformé la pratique de la FEN, et des évolutions du même type ont lieu pour d’autres forces autonomes, comme le SNUI aux impôts (participation à AC !, aux mobilisations pour le droit des femmes, au contre G-7’...).
La complémentarité entre de nouvelles structures qui émergent du mouvement social, en particulier les mouvements de chômeurs et de lutte contre l’exclusion, et des syndicats qui tentent de rénover leurs pratiques se juge d’abord aux actions concrètes. Lors des mobilisations contre le chômage et l’exclusion, répondent toujours à l’appel SUD, le SNUI, la FSU et la gauche de la CFDT. La CGT est pris dans des contradictions plus difficiles à résoudre [7] mais elle est de plus en plus souvent présente.
Mais cette pratique ne se pérennisera que si ce qui en est la racine est intégré par le mouvement syndical. S’il se contente de vivre sur sa lancée et ses traditions - l’unique représentant sur le plan social du monde du travail au sens large du terme - en défendant bec et ongles ses prérogatives institutionnelles - le droit à représenter et à négocier pour -, le mouvement syndical se rétrécira sur ses bases traditionnelles, une classe ouvrière masculine, concentrée dans les grandes entreprises et le secteur public. Pour élargir cette base et s’adresser à un salariat de plus en plus diversifié, le travail et la pratique commune avec ceux qui représentent d’autres couches sociales - aussi faibles et peu représentatifs soient-ils - est indispensable. Y compris pour les effets retours de cette pratique. Un exemple : il y a à La Poste 250 000 fonctionnaires et de 50 à 80 000 salariés sous statuts précaires. Le travail dans et avec AC ! à permis, dans un second temps, aux équipes de SUD-PTT de comprendre l’importance du travail avec le personnel sous statut précaire et d’en faire une des priorités du syndicat.
Il y a donc là une donnée de long terme du mouvement social dans notre pays. Nous avons pris le cas des mouvements de chômeurs de lutte contre l’exclusion, mais le parallèle pourrait être fait sur le terrain de la défense du droit des femmes ou de celui des immigrés.
Les mois qui viennent vont être l’occasion de tester la capacité d’un travail commun sur le terrain du chômage et de l’exclusion.
Le gouvernement travaille en ce moment à une loi-cadre contre l’exclusion qui devrait être votée cet automne au parlement. Tout indique que cette loi ne prévoira aucune ressource supplémentaire, et donc que toutes les décisions nouvelles doivent être financées sur le dos des plus pauvres. Ainsi en est-il du projet d’unifier tous les systèmes d’allocations autour du RMI, ce qui diminuera les ressources de ceux qui avaient la chance de toucher quelques centaines de francs de plus... Un collectif large d’associations, allant des plus militantes aux associations caritatives, s’est mis en place. Reste maintenant à trouver les moyens d’une mobilisation qui permette de faire de cette question une question politique à part entière, prise en charge par toute la société, et impliquant donc les salariés et leurs organisations syndicales.
Le deuxième dossier de l’automne sera celui de la renégociation de la convention UNEDIC, avec comme priorité l’arrêt de la dégressivité des allocations chômage. Avec, là aussi, des complémentarités et un travail commun nécessaire entre salariés et associations de chômeurs.
La perspective la plus mobilisatrice et unificatrice pourrait être celle des marches européennes contre le chômage qui vont être organisées à l’échelle de l’Europe.
L’Union européenne est en train de discuter de son avenir, à l’occasion de la CIG, conférence intergouvernementale ouverte à Turin en mars de cette année et qui devrait se conclure à Amsterdam en juin 1997. Le risque est grand de voir cette conférence se limiter à des questions institutionnelles renvoyant à l’élargissement de l’Union européenne sans aborder les questions sociales qui sont au premier plan des préoccupations des populations européennes. Le chômage est la préoccupation majeure dans tous les pays de la communauté européenne. D’où l’idée d’organiser des marches européennes contre le chômage et l’exclusion, marches associant organisations de chômeurs et syndicats et qui auraient pour objectif de travailler à l’apparition de mobilisations et d’une opinion publique européennes, exigeant que des mesures radicales soient prises contre le chômage. Mesures telles que la réduction massive du temps de travail, la création d’emplois socialement utiles, comme dans la santé ou l’éducation...
De telles marches pourraient, après la tenue d’assises européennes en janvier 97, se tenir de mai à juin 97 avec comme objectif un grand rassemblement à Amsterdam, fin juin.
Réussir cet objectif ferait faire un grand pas à un mouvement social de salariés, de travailleurs précaires et de chômeurs.

P.-S.

Article paru dans Lignes, n°29, éditions Léo Scheer, octobre 1996.

Edition numérique réalisée par Hébert Abd-El Krim*, fondateur des Editions La Brèche Numérique, révolutionnaire, Orléans (France). Courriel : 17 chez preavis.org, site personnel : Les pieds dans le plat.

Notes

[1Cet appel était signé en particulier par l’APEIS, Association pour l’entraide, l’information et la solidarité, créée à l’initiative de municipalités communistes de la région parisienne pour permettre aux chômeurs de s’organiser, le MNCP, Mouvement national des chômeurs et précaires issus du syndicat de chômeurs créé par Maurice Pagat au début des années 80, le MNCP, qui regroupe beaucoup de militants chrétiens et écologistes, organise les chômeurs dans plusieurs villes et régions de province (Clermont, Pays de Loire, Nord Pas-de-Calais,...), AC !, Agir ensemble contre le chômage, créé fin 1993 par des associations de chômeurs (MNCP, ADEC...), des syndicats (CFDT ANPE, CFDT Transport, SNUI des impôts, SUD-PTT...) et diverses associations (LDH, SOS Racisme, MRAP, F ASTI... ) pour débattre, revendiquer et agir contre le chômage, avec des revendications immédiates et des revendications structurelles (la semaine de 32h...), le DAL, Droit au logement, créé au début des années 90, avec comme revendication symbole l’exigence de réquisitions de logements vides..., Droit Devant !, créé en 1995 lors de l’occupation de la rue du Dragon pour lutter contre l’exclusion et pour la défense de tous les droits, le CDSL, Comité des sans logis, crée fin 1993, et qui regroupe des sans-domiciles, surtout de la région parisienne et la CADAC, coordination des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception, qui milite pour les droits des femmes.
L’Appel des sans, rédigé par ces associations pendant l’occupation de Beaubourg a été soutenu par des intellectuels, regroupés dans l’appel de soutien aux grévistes et des syndicats : CGT, FSU, SUD, SNUI, fédérations CFDT en opposition à leur confédération...

[2La dernière convention pour l’UNEDIC, signée par le patronat et la CFDT prévoit des baisses d’allocations régulières et rapides pour les chômeurs, avec le double effet de voir plus de la moitié des chômeurs indemnisés - beaucoup ne le sont pas - toucher moins de 3000F par mois pendant que l’UNEDIC dégage des excédents très importants... La convention doit être renégociée d’ici fin 1996, d’où une mobilisation des chômeurs pour exiger l’arrêt de la dégressivité des allocations et l’instauration du droit à un revenu décent pour tous et toutes.

[3Lors du congrès confédéral de la CFDT à Montpellier en juin 1995, la direction confédérale a été mise en minorité sur deux votes importants et Nicole Notât n’a été réélue que de justesse. Les opposants, la gauche traditionnelle avec plus du tiers des mandats et le « centre » (EDF, Chimie,...) défendant un syndicalisme plus revendicatif, plus proche des préoccupations des salariés...

[4SUD PTT est né en janvier 1989 en même temps que le CRC dans la Santé après que la direction de la CFDT a sanctionné ses structures régionales en Ile-de-France dans la Santé et les PTT. C’est l’époque où les coordinations sont apparues et ont joué un rôle important, en particulier lors de la grande grève des infirmières, en 1988. La direction confédérale CFDT voulait à la fois affaiblir son aile gauche et marquer nettement son opposition à un rôle trop important des coordinations. En sanctionnant des équipes syndicales impliquées dans celles-ci, la CFDT indiquait clairement que, pour elle, seul
le syndicat était habilité à négocier et à représenter les salariés.
Le CRC (Coordonner Rassembler Construire) s’est développé - il est le premier syndicat dans les départements 92 et 91 - mais moins que SUD (Solidaires Unitaires Démocratiques) aux PTT, qui est passé de 4,5 % à plus de 14 % des suffrages à La Poste et de 6 % à 27 % à France Télécom. SUD est apparu pour de nombreuses équipes de la CFDT comme le symbole de la possibilité de développer un syndicalisme différent. Après novembre et décembre, et devant l’attitude de la direction confédérale de la CFDT qui a appuyé quasi de bout en bout le gouvernement Juppé, de nombreuses équipes se sont posé la question de sortir de la CFDT pou constituer des syndicats SUD. Certains l’ont fait. D’autres ont fait le choix de se structurer dans la CFDT, pour tenter d’en changer l’orientation : c’est le courant « Tous ensemble » qui s’est constitué à Clermont Ferrand en juin dernier.

[5SUD, par exemple, a toujours changé ses dates de grèves pour appeler avec les autres, SUD est présent à toutes les initiatives syndicales des autres fédérations, ce qui a favorisé un état d’esprit différent : pendant les grèves de novembre et décembre beaucoup de postiers et télécommunicants portaient ostensiblement les badges de plusieurs syndicats, CGT et SUD en particulier.

[6SUD s’est fait connaître en publiant le texte intégral des décisions de la direction ou des accords signés par celle-ci et d’autres syndicats, texte intégral accompagné, sur une autre colonne, des commentaires de SUD. Ces brochures - textes officiels commentés - étaient utilisées par tous et toutes aux PTT, y compris la hiérarchie.

[7Il y en a plusieurs. La CGT a une structure de chômeurs, qui vit le travail avec les associations comme une concurrence directe... En tant que confédération, elle négocie au nom des chômeurs et a du mal à concevoir comment perdre une partie de cette prérogative, même si la CGT évolue sur ce point (elle demande une concertation en amont avec les associations).
Le rapport entre la confédération CGT et les associations est, dans tous les cas difficile, la représentativité des uns et des autres n’est pas la même, la vitesse de réaction non plus...