« Les élections ne sont pas le débouché politique immédiat »

, par BESANCENOT Olivier

Olivier Besancenot, porte-parole de la LCR, n’écarte pas l’idée que son parti se présente seul aux européennes. Mais n’a, assure-t-il, « pas d’adversaires dans le camp antilibéral ».

L’année 2009 est-elle pour vous celle de tous les dangers sur le plan social et politique ?

Olivier Besancenot. C’est effectivement une année particulièrement dangereuse. Les difficultés financières sont loin d’être derrière nous. Nicolas Sarkozy est en train d’accélérer toutes les réformes dont le capitalisme a besoin. Ce n’est d’ailleurs qu’une fuite en avant puisque cela ne fait qu’alimenter la crise économique elle-même. Nous sommes face à une crise d’autant plus profonde qu’elle vient du coeur de la bête. Il s’agit d’une crise du capitalisme tout court et non d’une crise du capitalisme financier. Mais si 2009 est une année de tous les dangers, elle est aussi celle de la résistance, d’autant que le capitalisme subit une réelle contestation.

Quel devrait être, selon vous, le rôle des forces de gauche dans des mouvements sociaux tels que la journée du 29 janvier, qui semble déterminante pour la mobilisation générale ?

Olivier Besancenot. Son rôle est d’abord de créer un front unitaire, sans aucun sectarisme, de toute la gauche politique et la gauche sociale pour soutenir les résistances sociales. Si le 29 est une date importante, elle n’est pas le point de lancement, c’est une étape qui est déjà jalonnée par des actions, certes clairsemées, mais nombreuses. Les manifestations pour la Palestine sont révélatrices de l’air du temps. Je ne souviens de 1995. Ce qui avait donné le coup d’envoi c’était une immense manifestation sur le droit des femmes, avec 40 000 personnes. Tout le monde se demandait pourquoi il y avait plus de monde que d’habitude. Dans ce contexte, la gauche peut se retrouver et décider d’une initiative nationale contre les licenciements, comme nous l’avions proposée à la mi-décembre à tous les partis, y compris au PS. Nous n’avons malheureusement pas obtenu de réponses. On peut ensemble voir comment épauler, appuyer les salariés.

Mais en quoi votre proposition se différencie-t-elle des syndicats auxquels il incombe d’épauler les salariés ?

Olivier Besancenot. Je conteste l’idée selon laquelle la rue appartient au social et les institutions à la politique. Le social importe parfois beaucoup plus que les institutions, il suffit de se référer aux droits sociaux que nous avons acquis. Il arrive souvent que je me rende dans des boîtes où Marie-George et Arlette étaient déjà passées, je me dis pourquoi ne pas le faire le même jour, à la même heure ? Cela aurait beaucoup plus de poids. Cependant, sachant que les mobilisations sociales ne suffisent pas, les partis de gauche doivent construire une alternative aux mesures libérales. Des syndicalistes ou des militants associatifs se sentent orphelins d’un débouché politique à leurs luttes. Et puis, se battre localement ne suffit plus face à un adversaire de taille, qui mène une offensive globale. Face à celle-ci, il faut une contre-offensive globale.

Vous appelez à un front uni à gauche pour mener des luttes sociales, qu’en est-il pour les élections européennes ?

Olivier Besancenot. Cette question sera tranchée au congrès du Nouveau parti anticapitaliste, les 6, 7 et 8 février prochain. Le seul terrain sur lequel nous avons avancé, c’est le terrain européen. Depuis plusieurs mois, nous tissons des relations avec d’autres organisations anticapitalistes d’Europe afin de mener une campagne simultanée au moment des européennes, et, au-delà, créer un parti anticapitaliste européen, qui assume, lui aussi, son indépendance par rapport aux partis socialistes d’Europe. Mais pour nous, les élections ne sont pas le débouché politique immédiat. L’événement politique qui peut surgir cette année peut survenir avant les européennes. Vu le contexte de crise actuelle, il n’est pas exclu qu’une partie de la population fasse irruption sur la scène politique.

Pourquoi employez-vous la langue de bois s’agissant des européennes ?

Olivier Besancenot. Ça n’a rien d’une langue de bois, c’est une question démocratique. Je ne vais pas moi avancer une position qui n’aurait pas été discutée et adoptée par les congressistes. De plus, la seule proposition unitaire que nous avons eue est venue du Parti de gauche, que nous avons rencontré vendredi 9 janvier. Nous avons certes débattu du front électoral mais aussi du front commun pour les luttes.

Il existe bien des désaccords sur cette question au sein de votre comité d’animation nationale ?

Olivier Besancenot. Il existe effectivement plusieurs positions...

Si vous décidez de faire cavalier seul aux européennes, n’avez-vous pas peur de décevoir vos soutiens qui, eux, appellent à une union ?

Olivier Besancenot. Je ne sais qui peut parler au nom de nos soutiens, alors que nous-mêmes avons du mal à le faire. Même si nous nous présentons sous nos propres couleurs NPA, nous n’avons pas d’adversaires dans le camp antilibéral. J’estime positif que Mélenchon sorte du PS. Un phénomène de recomposition politique entre le PS et la gauche radicale est en train d’émerger. Il est difficile de parler des élections sans revenir sur cette recomposition. D’ailleurs, pour Mélenchon, sa proposition de front de gauche, c’est pour aller plus loin, ce n’est pas simplement pour faire un bon coup électoral. Nous, nous disons que l’unité pour l’unité, avec un score à deux chiffres, comme je l’ai entendu en 2005, ne nous convient pas.

Pour vous, il n’existe que deux gauches : la gauche sociale libérale incarnée par le PS et la gauche radicale qui ne doit aucunement participer au gouvernement avec les socialistes ?

Olivier Besancenot. Il existe en effet deux grandes orientations à gauche qui ne peuvent pas coexister. Dans la gauche radicale, il existe deux tactiques différentes. Il y a celle qui prétend que l’on peut essayer de peser le plus possible électoralement pour peser de l’intérieur du gouvernement de gauche ; qu’elle le fasse. Moi je ne pense pas, pas plus qu’hier, qu’on y arrivera en France. Et il existe une autre tactique qui dit assumons ensemble notre indépendance, disons clairement à la droite qu’elle aura un adversaire de taille en rassemblant les forces anticapitalistes – et pas qu’antilibérales – et deuxièmement, si c’est la gauche institutionnelle qui revenait au pouvoir en 2012, annonçons-lui qu’elle aura une opposition politique qui, contrairement aux trente dernières années, ne viendra pas que de la droite mais également de la gauche radicale.

Vous dites appartenir à la gauche radicale et pourtant ce sont les mots révolutionnaires (communiste et révolutionnaire) que vous retirez de l’appellation de votre nouveau parti. N’est-ce pas contradictoire ?

Olivier Besancenot. Nous n’avons pas encore tranché le nom de notre nouveau parti. Comme pour le PC, le Parti de gauche, les libertaires ou toute autre organisation se réclamant du changement de société, nous souffrons du discrédit qui pèse sur les idées communistes, socialistes ou autogestionnaires. Le bilan du stalinisme a compromis pour une génération entière l’idée qu’une autre société que le capitalisme était possible. Depuis 1995, nous assistons à un nouveau cycle de mobilisation sociale et politique, il y a un nouvel éveil, on n’en est qu’aux prémisses. Il faudra de nouvelles expériences collectives pour un jour trouver un nom à ce projet de société qui nous fédère plus que ce que l’on veut nous faire croire. J’assume l’héritage de la LCR, mais je me suis toujours défini plus comme un militant révolutionnaire que comme un militant trotskiste. J’appartiens à la génération qui est tout simplement anticapitaliste.