« Le Front de gauche va exploser »

, par KRIVINE Alain

Alain Krivine sera à Dijon mardi à l’invitation du NPA 21. Il devrait évoquer la situation en Grèce et les solidarités qu’elle induit. Il a bien voulu, par avance, répondre à nos questions.

La victoire de Syriza, en Grèce, est-elle transposable en France ?

La victoire de Syriza, c’est une expérience exceptionnelle et pleine d’espoir, mais en tant que telle pas transposable en France. Même si on a beaucoup à apprendre, les conditions sont bien entendu différentes. De façon paradoxale, la crise exceptionnelle du système capitaliste que nous traversons n’a pas abouti au renforcement de la gauche mais à celui du populisme. À deux exceptions près, le Portugal et la Grèce, qui sont deux États qui ont tous deux subi des politiques d’austérité terribles, provoquant des mouvements de masse énormes et qui élisent une gauche radicale. Il faut les soutenir totalement, même si je pense que rien n’est joué.

Que pensez-vous de l’attitude de la Banque centrale européenne vis-à-vis de la dette grecque ?

L’Union européenne exerce une pression intolérable sur le peuple grec et tente de saboter le résultat des élections. Le NPA exige l’annulation de la dette. La dette, on n’y est pour rien. C’est pour cela qu’il faut un mouvement de solidarité véritable : nous sommes dans une véritable épreuve de force aujourd’hui.

Du NPA, on connaît Alain Krivine, Olivier Besancenot, Philippe Poutou. Des porte-parole différents mais emblématiques… et un retour d’Olivier Besancenot ces derniers temps ?

On fait tourner les porte-parole : Olivier Besancenot et Philippe Poutou, mais aussi Christine Poupin. Mais elle a contre elle de n’avoir jamais été candidate à la présidentielle. Celui qui passe le mieux à la télévision, c’est Besancenot, c’est certain. Même s’il ne veut plus être candidat. En fait, il est prisonnier entre le fait de passer ou que les idées du NPA ne passent pas du tout. Cela vient aussi, de plus en plus, d’une personnalisation des médias. À mon époque c’était différent, on regardait peu la télévision et j’avais un langage étudiant. Philippe Poutou est très bien, mais ce sont les médias qui commandent… et qui préfèrent souvent Besancenot. Il faut éviter à la fois l’isolement et la personnalisation.

Les partis politiques sont en train d’éclater (UMP, PS, peut-être Front de gauche). La gauche peut-elle encore se rassembler en France ?

Se rassembler à la gauche de la gauche, nous, on est pour. Mais sur quelle base ? En Grèce, Syriza s’est fait hors PC. En France, dans le Front de gauche il y a le PC. Le Front de gauche est d’ailleurs une formation institutionnelle et électoraliste, alors qu’il nous faut rompre avec les institutions et l’électoralisme.

Avec un Mélenchon qui, parlant de la Grèce, dit « Nous avons gagné » ?

Mélenchon, il a plein de qualités, et un défaut, c’est d’être mégalo.

Donc ?

Le Front de gauche va exploser. Entre Mélenchon et le PC, même s’ils ont beaucoup de points communs, ils ont aussi beaucoup de désaccords… et notamment l’ambition de Mélenchon.

Pourquoi une tentation de l’extrême droite chez certains militants d’extrême gauche ?

Le Front national se développe énormément. Il y a une errance idéologique aujourd’hui. On a tenté la lutte extraparlementaire en 1968 et cela a échoué. En 1981, on a tenté les élections et la gauche a mené une politique de droite. Alors que faire ? Le succès du Front national qui se veut antilibéral et anti-immigrés est l’écho de cette période de désarroi.

Est-ce une crise de société ? Comme en 1968 ?

Il ne faut faire aucune concession aux institutions parlementaristes. C’est la société qui est en crise. Même si on accepte le capitalisme, le capitalisme est en crise et il y a là un choix de société à faire. En 1968, c’était un choix avant tout idéologique. Aujourd’hui, personne ne défend plus le capitalisme mais pourtant il n’y a pas d’autre politique. La lutte anticapitalisme est d’actualité. L’exemple grec ou espagnol est intéressant : la gauche radicale gagne électoralement. C’est une victoire qui n’est pas sans limite, mais c’est intéressant. Tout est possible. Il faut être très prudent. Mais c’est une victoire dont les conséquences seront exceptionnelles.