« La solution de rechange à Sarkozy est très mauvaise »

, par POUTOU Philippe

INTERVIEW — En marge d’un meeting parisien, Philippe Poutou est revenu pour leJDD.fr sur l’état et sur les actions du Nouveau parti anticapitaliste (NPA). « Notre mode d’expression, ce sont les luttes », explique l’ancien candidat à la présidentielle. Critique envers l’action du gouvernement, il évoque aussi les relations du parti avec le Front de gauche.

Pourquoi avoir décidé d’organiser ce meeting parisien ?

Nous avons des choses à dire, nous ne lâcherons pas. On tient à dire le plus fort possible tout ce qu’on a porté pendant la campagne présidentielle. La crise fait des dégâts et malheureusement le camp d’en bas a du mal à riposter. Il faut s’interroger sur la manière dont on peut s’organiser et résister. Nous pensons qu’il faut que des millions de gens se battent et réoccupent la rue. Notre perspective, c’est la révolte des peuples. La solution à la crise du monde capitaliste est une politique de rupture qui fasse payer les plus riches.

Dans quel état sont les « troupes » du NPA ?

Ce n’est pas grandiose. Le nombre de militants a diminué de moitié depuis trois ans. Cela n’aide pas à avoir la pêche. Mais nous gardons nos convictions et nous ne sommes pas fragilisés concernant les perspectives politiques que nous avons envie de défendre. Par contre, l’état du mouvement social en général nous inquiète. Dans les syndicats, la situation est catastrophique. On s’aperçoit que tout le milieu militant a « trinqué ». Il y a moins d’espoir. La crise est un rouleau compresseur qui fait des dégâts énormes, physiquement ou financièrement, mais aussi moralement.

Comment continuer à vous faire entendre en dehors des campagnes électorales ?

On fait comme on peut. C’est sûr que la campagne était l’occasion de dire très largement ce qu’on affirme quotidiennement. Maintenant, cela s’entend beaucoup moins, mais nous sommes habitués. Notre mode d’expression, ce sont les luttes. On le voit à Fralib, à Arcelor ou à PSA. Nous essayons de coordonner, de voir comment il est possible de résister ensemble. Nous sommes loin d’avoir réussi tout ça, mais c’est ce que l’on défend.

Vous parlez de « rupture », malgré l’arrivée de la gauche au pouvoir. Comment jugez-vous les premiers pas de François Hollande ?

Nous ne sommes ni surpris, ni déçus. Nous avions dit pendant la campagne qu’il fallait dégager Nicolas Sarkozy. Je ne le regrette pas. Maintenant, la solution de rechange est très mauvaise. Le Parti socialiste reste complètement dans la logique libérale et mène quasiment la même politique économique. Après, certaines mesures socialistes sont moins injustes socialement. Mais, dans le fond, cela ne change rien pour nous : les plans de licenciement continuent, le chômage augmente, la précarité et la pauvreté aussi. Le gouvernement en place n’empêchera pas tout ça. Cela justifie qu’on soit dans une opposition à ce gouvernement. Il faut absolument que quelque chose se construise à la gauche de la gauche. Et que ce ne soit pas la droite et l’extrême-droite qui profitent de cette désillusion.

Êtes-vous confiant ?

Nous n’avons pas le choix. C’est vrai que c’est compliqué. Nous aimerions bien embarquer le Front de gauche dans cette politique-là. Mais d’un côté, le Front de gauche dit que le gouvernement n’est pas bien et de l’autre, il ne le combat pas... Cela donne des positions intenables à la longue.

Mercredi soir, Jean-Luc Mélenchon a une nouvelle fois lancé un appel au NPA, estimant que « le grand œuvre » ne sera pas réussi tant que toutes les « sensibilités » de la gauche de la gauche ne seraient pas réunies. Que lui répondez-vous ?

Nous voulons bien un rassemblement mais pas dans ce que le Front de gauche fait aujourd’hui. Sur le budget, ils n’ont même pas voté contre. Ils ont voté les « emplois d’avenir »… Nos perspectives politiques ne sont pas exactement les mêmes. Contrairement à eux, nous ne défendons pas l’idée que demain, ce sera notre tour. La politique de rupture avec le capitalisme passera par en bas. Nous défendons l’idée que les opprimés prennent leurs affaires en main. Nous ne sommes pas sur la même ligne pour l’instant. Peut-être qu’un jour, on se retrouvera. Cela les embête car il y a encore un petit bout qui résiste (suite au départ de la Gauche anticapitaliste et de Convergences et alternative, Ndlr). Nous sommes peut-être le petit village gaulois, mais on résiste.

Le rapport de forces n’est-il pas du côté du Front de gauche ?

Electoralement, oui. Mais quel est le calendrier ? Attendre les élections municipales dans deux ans pour voir si on peut réussir ? Nous pensons qu’il faut agir aujourd’hui par la révolte et ne pas attendre que demain il y ait un bon président. A travers les institutions, le pouvoir ne change pas de mains. C’est juste le paravent qui permet de cacher que derrière, ce sont toujours les mêmes qui dirigent. Il y a une grosse divergence sur ce point avec le Front de gauche. Maintenant, nous sommes « archi pour » avoir des rapports avec eux. Sur le terrain, dans nos combats sociaux, on se retrouve souvent ensemble. Nous sommes du même côté du point de vue de cette solidarité. Mais nos voix divergent pour l’instant sur les perspectives politiques. Nous sommes persuadés par exemple qu’il ne faut pas cohabiter avec le PS, que ce soit au gouvernement ou dans les régions.

P.-S.

Propos recueillis par Anne-Charlotte Dusseaulx.