« Le logement social pour tous, c’est notre priorité »

, par BICHINDARITZ Emmanuel

Qu’ont dans la tête les têtes de liste pour les municipales ? Réponse avec Emmanuel Bichindaritz, tête de cette liste LCR-DVG.

Quel est le fil conducteur de votre liste ?

Ce sont tous et toutes des gens qui ont été ces dernières années partie prenante du mouvement social contre la politique libérale, que ce soit contre la ratification du traité constitutionnel européen, au sujet des licenciements dans le privé comme dans le public, pour le maintien du statut des intermittents du spectacle ou plus récemment contre le contrat première embauche. En juillet, on s’est adressés aux partis de la gauche du « non », en gros le PC, l’association d’anciens militants du PC les Rouges Vifs et Lutte Ouvrière, ainsi qu’aux militants du mouvement social, notamment ceux inscrits dans la lutte contre le chômage et la précarité, dans l’idée de faire une liste unitaire.

Le PC s’est tourné vers le parti socialiste, alors qu’il y a des discussions à Paris pour une liste d’union pour les présidentielles. Nous avons choisi de mettre trente et une femme et trente hommes, on a aussi une dizaine de moins de trente ans, dont deux jeunes étudiants de 20 et 21 ans. On a du mal à avoir des jeunes : une bonne part de ces militants ne sont pas inscrits à Bordeaux.

Quelles sont vos priorités ?

La défense de l’emploi et la lutte contre la précarité : à la municipalité de Bordeaux il y ait en gros huit cent employés à statut précaire, en temps partiel imposé pour beaucoup. On propose de titulariser ceux qui en font la demande pour développer les services publics, en particulier un service d’aide à la petite enfance avec le développement de places en crèche, un espace pour accueillir les femmes victimes de violences, la mise en régie communautaire des transports et du service de l’eau, c’est aujourd’hui une délégation de service public qui a rapporté plus de trente millions d’euros à la Lyonnaise des eaux.

Il faut aussi que la ville arrête de faire des cadeaux au secteur privé, que ce soit des subventions à certains propriétaires de logements ou des coups de pouces à des entreprises privées, l’installation d’Alice Médiastore a été accompagnée et l’aventure aura duré un an seulement pour les personnels.

Il faut donner réellement le pouvoir aux Bordelais, que chaque quartier puisse voter les parties du budget qui le concerne.

Le même traitement dans tous les quartiers ?

Juppé quand il est arrivé en 1995 a fait des gorges chaudes en disant qu’il allait mettre en place la démocratie participative. Une décennie plus tard, on s’aperçoit que les conseils de quartiers ne sont que des chambres d’enregistrement ou la municipalité vient communiquer sur sa politique. Il faut donner réellement le pouvoir aux Bordelais, avec des locaux clairement identifiés, des moyens de fonctionnement propres et que la population puisse voter une partie du budget municipal pour décider de ce qui va être fait dans tel ou tel quartier.

Deux autres mesures importantes : Bordeaux est à 14% de logement sociaux, on sait par ailleurs que 8 000 logements ne sont pas exploités, il faut assurer une vraie mixité sociale en implantant des logements sociaux dans tous les quartiers et appliquer la loi de réquisition des logements vides, des milliers de SDF sont dans la situation d’urgence décrite par les textes. Quand au problème du foncier, la mairie pourrait faire jouer son droit de préemption plutôt que de reculer devant les intérêts des propriétaires. Le droit à la propriété pour tous le monde n’est pas notre priorité, le logement décent pour tous, oui !

Que retenez vous des « années Juppé » ?

Il a su céder devant des propositions de l’opposition, comme le tramway, il y a eu aussi la campagne « Ville lumière ». La mise en valeur des quartiers historiques, c’est très bien, mais quand on ne sait pas répondre aux besoins des quartiers populaires en matière d’équipement collectif, comme la Benauge qui a été privée de centre social ou la piscine du Grand Parc dont la reconstruction commence à peine, on a les exemples d’une politique à deux vitesses.

Pont, contournement, LGV…

Le grand contournement, on y est opposés. Créer une super rocade n’est pas une réponse à un problème bien plus global, celui des entreprises qui fonctionnent à flux tendu et font venir leur marchandise par la route au fur et à mesure des commandes. C’est ça qui fait que la N10 c’est un mur de camions sur la droite ! Il faudrait remettre au cœur de la circulation des marchandises le ferroutage (ndlr : transport par des trains), par exemple. En ce qui concerne le pont Bacalan-Bastide, les Rouges Vifs se sont beaucoup battus : le pont n’est pas si cher que ça et c’est écologiquement plus viable qu’un nouveau pont en plein cœur de la ville.

La mesure Juppé rayée de la carte ?

La délibération qui a donné l’église Saint Eloi à une congrégation d’extrême droite, qui a été réintégrée par la Vatican il y a peu. Sinon, il faudrait rayer de la carte les conseils de quartiers tels qu’ils existent : que ce ne soient plus les élus qui viennent contrôler la population mais l’inverse.

Si vous pouviez placer à la tête de la mairie la personne de votre choix ?

Il n’y a pas de maire rêvé, dans la mesure où il n’y a pas de personne providentielle : nous, notre conception de la politique, c’est justement que les gens prennent leur sort en main et se mobilisent, c’est comme ça que l’on a pu changer les choses.

P.-S.

Propos recueillis par Karine Mennegaut.

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