Brochure LCR de 1982

Pourquoi une Internationale ?

, par Ligue communiste révolutionnaire

La Ligue communiste révolutionnaire est la section française d’une organisation internationale. En adhérant à la LCR, on adhère à la IVe Internationale. Cette organisation internationale fonctionne comme un parti mondial de la révolution socialiste et c’est ainsi qu’elle se définit. De même que l’orientation politique de la LCR est définie démocratiquement par des congrès nationaux périodiques préparés dans ses instances de base, l’orientation de la IVe Internationale est élaborée dans des congrès mondiaux rassemblant des délégués de toutes les sections nationales, eux-mêmes élus à la suite de débats menés dans les instances de base des sections. Pour appliquer l’orientation dégagée par son congrès, celui-ci se dote d’un organisme exécutif élu, le comité exécutif international. Dans l’intervalle des réunions de ce dernier siège un secrétariat élu par lui.

Aucune autre organisation que la LCR en France n’adhère à un parti mondial. Il n’existe pas en fait d’autres partis mondiaux. Les autres formations politiques (PS, PCF, maos, PSU) procèdent à des rencontres internationales avec des formations similaires d’autres pays ; mais ce ne sont que des échanges de vues, d’informations (à la manière des rencontres entre gouvernants et diplomates du côté des états), ce ne sont pas des congrès qui prennent des décisions à la majorité engageant tous leurs participants, car toutes ces organisations sont hostiles à l’idée même d’un Parti Mondial. Il existe, dans différents pays, des groupes politiques (comme Lutte ouvrière ou le Parti communiste internationaliste en France) qui se revendiquent de la Conférence de fondation de la IVe Internationale en 1938 et du Programme dit « de Transition » qu’elle avait élaboré alors. Soit ils se contentent de leur existence nationale, soit ils ont tenté, sans succès durable, de mettre sur pied des regroupements à l’écart de la IVe Internationale.

Pour quelles raisons sommes-nous organisés internationalement et sous cette forme ? Pourquoi la IVe Internationale ? Parce que nous sommes internationalistes.

 I. Pourquoi sommes-nous internationalistes ?

A. Qu’est-ce que l’internationalisme prolétarien ?

L’internationalisme prolétarien c’est d’abord la solidarité pratique des travailleurs exploités d’un pays à l’autre, par-delà les frontières, quelle que soit leur nationalité. C’est l’appui réciproque, le soutien quand des luttes sont engagées ou que la répression s’exerce, et enfin l’action commune.

Les ouvriers d’un même pays doivent s’épauler, se prêter main forte, quelque soit leur métier, leur patron ou leur région, leur religion ou leur conception de la vie. De même, d’un pays à l’autre, les exploités doivent s’efforcer de surmonter leurs divisions et leurs particularismes pour s’entraider, marcher ensemble, s’unir.

Ce mouvement internationaliste est une tendance spontanée du mouvement ouvrier à la recherche de l’efficacité la plus grande pour ses actions. Dès 1792, un cordonnier écossais fonde une organisation quasi exclusivement composée d’ouvriers, la London Corresponding Society pour s’opposer à la guerre que prépare le gouvernement bourgeois anglais contre la jeune révolution française et affirmer la solidarité avec celle-ci. La plupart des dirigeants ouvriers anglais des années 1820-1830 sont issus de cette organisation. En 1862, les représentants des syndicats britanniques organisent un banquet en l’honneur des ouvriers français venus à l’exposition universelle. Ils leur déclarent à cette occasion : « Aussi longtemps qu’il y aura des patrons et des ouvriers, qu’il y aura concurrence entre les patrons et des disputes sur les salaires, l’union des travailleurs entre eux sera leur seul moyen de salut... Espérons que maintenant que nous nous sommes serrés la main, que nous voyons que comme hommes, comme citoyens, comme ouvriers, nous avons les mêmes aspirations et les mêmes intérêts, nous ne permettrons pas que notre alliance fraternelle soit brisée par ceux qui pourraient croire de leur intérêt de nous voir désunis ; espérons que nous trouverons quelque moyen international de communication, et que, chaque jour, se formera un nouvel anneau de la chaîne d’amour qui unira les travailleurs de tous les pays. »

Cette tendance spontanée est évidemment aux prises avec des contre-tendances dues à la situation contradictoire des prolétaires dans une société bourgeoise dont ils vivent et qu’ils entretiennent, société dont le fonctionnement même tend aussi bien à rassembler les ouvriers qu’à les diviser par tous les moyens légaux et idéologiques, autant que par la concurrence économique.

L’internationalisme doit être rendu conscient et consciemment poursuivi. C’est une bataille permanente. Pour cela il faut voir si ses fondements matériels existent, si c’est autre chose qu’un sentiment vague et généreux. Le slogan du Manifeste de Marx et Engels en 1848 « Prolétaires de tous les pays. unissez-vous ! » est-il plus qu’un slogan ?

B. Les fondements matériels de l’internationalisme prolétarien

1. En 1848, le Manifeste du Parti communiste proclame : « Les ouvriers n’ont pas de patrie ».

Dès 1845, Marx avait développé cette idée : « La nationalité du travailleur n’est ni française, ni anglaise, ni allemande, elle est le travail, l’esclavage salarié, la vente de soi-même. Son gouvernement n’est ni français, ni anglais, ni allemand, il est le Capital. Son air natal n’est ni français, ni anglais, ni allemand, il est l’air de l’usine. La terre qui lui appartient n’est ni française, ni anglaise, ni allemande, c’est quelques pieds au-dessous de la terre ». La situation sociale du prolétariat, définie par le fait qu’il ne possède en propre que sa force de travail, crée — entre les prolétaires de tous les pays — une unité d’intérêt objectif (c’est-à-dire quelle que soit la conscience que les travailleurs en ont). La concurrence a ses racines dans la nature intime de la bourgeoisie. Le marché national est le cadre nécessaire de son développement, et l’Etat national son ultime garantie. En revanche, les travailleurs n’ont ni propriété, ni marché à défendre contre d’autres eux-mêmes.

D’où la délimitation essentielle que trace le Manifeste par rapport aux courants ouvriers non-communistes : « Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points : dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat et dans les différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours les intérêts du mouvement dans son ensemble ».

2. Les forces productives (dont le prolétariat est un élément important) ont depuis longtemps dépassé les limites nationales.

Dès sa naissance, le capitalisme est orienté vers le marché mondial. Spécialisation du commerce international, importation, exportation, conquête de nouveaux marchés ont accompagné chaque pas en avant du mode de production capitaliste.

L’impérialisme, en exportant les capitaux eux-mêmes, a poussé cette tendance à un niveau plus élevé. Par sa nature expansive même, le capitalisme a créé un système mondial qui forme un tout organique et structuré, qui est plus que la somme de ses parties, plus que la somme des économies nationales, qui a ses lois propres.

Dans la dernière période de l’impérialisme, l’émergence de société transnationale reflète encore plus clairement cette internationalisation des forces productives . Celle-ci ne se manifeste plus seulement au travers du commerce mondial et du mouvement mondial des capitaux, elle se manifeste maintenant par l’organisation de plus en plus internationale de la production industrielle elle-même. Les sociétés multinationales organisent une division internationale du travail en leur propre sein. Elles fabriquent des pièces de rechanges sur un continent et possèdent les chaînes d’assemblage sur un autre. Elles transfèrent d’un pays à l’autre, sinon d’un continent à l’autre, la fabrication de tel ou tel type de leurs produits. Beaucoup de branches industrielles ont aujourd’hui atteint un niveau de technologie tel que même une seule machine ne peut être utilisée avec profit, si elle ne travaille pas pour un marché englobant plusieurs pays à la fois.

3. Les limites nationales entravent le développement des forces productives. Le socialisme sera mondial ou ne sera pas.

« Les forces productives de la société capitaliste ont depuis longtemps grandi au-delà des frontières nationales. La guerre impérialiste a été une expression de ce fait. Du point de vue de la production et de la technique, la société socialiste doit représenter une étape plus élevée comparativement au capitalisme. Viser à construire une société socialiste nationalement isolée, signifie, en dépit de tous les succès temporaires, tirer les forces productives en arrière, même par comparaison au capitalisme.

Tenter, indépendamment des conditions géographiques, culturelles et historiques du développement du pays qui constitue une partie du monde entier, de réaliser une proportionnalité achevée de toutes les branches de l’économie à l’intérieur des limites nationales, signifie poursuivre une utopie réactionnaire ». (Trotsky)

Tous les problèmes-clefs auxquels fait face aujourd’hui l’humanité (le problème de vaincre la faim et le sous-Développement du « Tiers-Monde », le problème d’assurer et de maintenir le plein-emploi, le problème de subordonner le développement « spontané » de la science et de la technologie aux besoins de l’humanité, le problème de résoudre la crise écologique) ne peuvent être résolus qu’à l’échelle internationale. Aucune répartition rationnelle des ressources mondiales en faveur d’un dépassement rapide du sous-développement, de l’élimination rapide de la famine et de la misère, des inégalités essentielles entre « nations riches » et « nations pauvres » n’est possible si chaque pays veut « marcher seul », chacun construisant sa propre sidérurgie, sa propre industrie automobile, sa propre industrie électronique, indépendamment des coûts, et tournant le dos aux larges avantages de la division internationale du travail. Au contraire, la soi-disant « construction du socialisme en un seul pays » n’a abouti qu’aux monstrueuses caricatures des pays de l’Est.

4. La lutte de classe est internationale

Les intérêts fondamentaux du prolétariat, déterminés par la manière dont il travaille à l’entreprise et par celle dont il se défend contre l’ennemi de classe sont fondés sur la coopération et la solidarité. Le capital, opère de plus en plus à une échelle internationale, internationalise de plus en plus la lutte de classe. Il oblige la classe ouvrière à répondre. Elle étend donc elle aussi sa coopération et sa solidarité à un niveau international, pour ne pas être battue d’avance dans un jeu inégal où les dés sont pipés.

Déjà dans la 2e moitié du XIXe siècle, les patrons ont essayé de briser les grèves soit en transférant des commandes dans des pays étrangers soit en important de la main-d’oeuvre étrangère. Une réaction nationaliste de la part des grévistes, essayant de présenter les « étrangers » comme des ennemis, joue en faveur des patrons et s’est révélée rapidement inefficace, même pour gagner des grèves. À long terme, cela ne peut qu’aider davantage encore la classe capitaliste qui essaie de diviser de manière permanente la classe ouvrière, d’introduire au sein de la classe la concurrence et la lutte entre des travailleurs de différentes nationalités. L’expérience a rapidement démontré aux travailleurs que la meilleure réponse à ces manoeuvres des capitalistes était d’étendre les grèves et la syndicalisation y compris internationalement. Tout bouleversement radical de l’équilibre temporaire des forces de classe dans une partie du système, a des répercussions ailleurs, produisant des vagues de fond dans un sens ou dans un autre. Il y a interaction, interdépendance des fronts de lutte. Un succès ici encourage ailleurs, s’inscrit aussi dans le soubassement économique et, de ce fait, a ses répercussions. L’unité mondiale de la lutte de classe qui nous fait parler, depuis Lénine, de « révolution mondiale » (qui ne veut pas dire révolution simultanée !) n’est que l’autre face de l’unité organique du marché capitaliste mondial. On sait par exemple comment la montée de la révolution coloniale en Afrique a amené les luttes de libération en Angola et au Mozambique et comment celles-ci ont déstabilisé la dictature portugaise accélérant avec son renversement le processus de décolonisation, en même temps qu’ébranlant, par contrecoup, le franquisme, amenant le retrait de l’Espagne du Sahara occidental ; le développement de la lutte de libération des sahraouis ébranlant à son tour la monarchie réactionnaire d’Hassan II au Maroc.

Même à l’échelle de la défense immédiate des intérêts économiques de la classe ouvrière il devient de plus en plus difficile de s’en tenir au strict niveau national. Ainsi la crise de la sidérurgie a touché toute l’Europe occidentale menant au licenciement de plus de 100 000 travailleurs. Les sidérurgistes d’Allemagne de l’Ouest ont mené une grève exemplaire pour la semaine de 35 heures, ils sont restés isolés. Ils ont été battus. Peu après, les travailleurs français, touchés à leur tour, sont entrés en lutte. Seuls. Nouvel échec ! Enfin, la puissante grève des sidérurgistes britanniques, toujours à propos des mêmes problèmes a été très affaiblie par l’absence de solidarité internationale sérieuse. Or, même un nombre limité de syndicalistes déterminés, à condition qu’ils soient organisés pour pouvoir coordonner leur action dans les trois pays auraient pu montrer pratiquement la voie d’une riposte victorieuse, faire apparaître la menace d’actions plus importantes et unifiées, au point de faire céder préventivement les patrons. La bourgeoisie, elle, quand ses intérêts vitaux sont menacés dans un pays, pèsera de tout son poids international contre les travailleurs du pays en question. Et même si le rapport de forces, dans un pays donné, ne lui est pas favorable, elle compensera cette infériorité locale par tout le poids de ses accords internationaux et battra les travailleurs pays après pays. Elle s’est dotée pour cela d’organismes internationaux dans les domaines économiques (CEE), financiers (FMI, Banque mondiale, etc.), militaires (OTAN, OTASE, Alliance Atlantique, etc.), politiques (Parlement européen, ONU, etc). L’impérialisme américain lui-même assume des fonctions de gendarme international.

L’internationalisme prolétarien n’est donc ni un « gadget », ni une « préoccupation exotique », ni une « utopie ». Dans chaque pays, il affecte directement les rapports de forces entre les classes, et donc les possibilités de victoire de la classe ouvrière.

 II. Comment sommes-nous internationalistes ?

A. Pas d’internationalisme conséquent sans Internationale

1. Pas d’éducation internationaliste sans Internationale

Une véritable éducation, systématique et permanente, à l’internationalisme n’est possible que par l’expérience quotidienne d’une activité internationale commune réelle. Nous sommes internationalistes et nous ne pensons pas que des idées aussi justes soient-elles peuvent s’emparer des masses et devenir des forces matérielles sans l’intermédiaire d’une pratique et donc d’une organisation. Le seul internationalisme décisif est celui qu’on peut vérifier en pratique. Pas de conscience communiste sans conscience internationaliste qui en est l’élément de base dans la formulation théorique de notre programme. La conscience de ce que, comme le dit Engels, « l’émancipation du prolétariat ne peut être qu’un acte international ». Le parti ouvrier au sens plein du terme, c’est-à-dire le parti exprimant les intérêts immédiats et historiques des travailleurs, ne peut qu’être un parti international.

2. S’orienter nationalement implique une analyse internationale, une analyse internationale juste ne peut être menée sans Internationale.

Les particularités des situations nationales ne sont, en dernière analyse, qu’une combinaison particulière des traits les plus généraux de la situation mondiale. Ainsi on ne pourra rien comprendre à la situation de 1933 en Allemagne si on l’isole de la politique criminelle de division suivie par l’appareil international de la bureaucratie soviétique, rien comprendre aux conditions propres du Brésil si on fait abstraction du marché mondial marqué par l’échange inégal et le poids de l’impérialisme américain, etc.

C’est la réalité mondiale aujourd’hui qui non seulement domine mais spécifie les réalités nationales.

Partir de ces réalités nationales pour analyser la situation mondiale c’est voir celle-ci avec des lunettes fortement déformantes et, en retour, manquer ce qu’il y a de général dans la combinaison locale apparemment particulière. Une analyse adéquate d’une situation internationale extrêmement complexe et mouvante n’est possible en outre qu’avec le test d’une pratique commune dans une grande partie du monde, par l’intermédiaire des camarades et des organisations qui sont membres d’un même parti mondial. Toute l’histoire du mouvement ouvrier démontre que les courants les plus corrects et les plus révolutionnaires sur le terrain national furent ceux qui eurent, non seulement une expérience révolutionnaire avancée dans leur propre pays, mais aussi qui furent les mieux organisés internationalement.

3. Une Internationale, non seulement pour éduquer et analyser, mais pour intervenir.

— Propager les expériences les plus avancées pour faire bénéficier l’avant-garde de leurs leçons
— Organiser la solidarité par des campagnes internationales
— Contribuer à coordonner les luttes éclatées
— Non pas s’abandonner à la spontanéité des interactions et répercussions de luttes mais s’efforcer de les prévoir, de les guider, de les faire jouer les unes sur les autres
— Mettre sur pied une stratégie internationale. Cela permet d’affaiblir l’impérialisme dans ses maillons faibles, de faire servir les gains obtenus, ici ou là, au prolétariat mondial, d’alléger l’effort de ceux qui se trouvent à un moment donné plus exposés par l’ouverture de nouveaux fronts dispersant les forces adverses et qui, sans cela, leur opposent leur violence internationalement concentrée
— Contribuer à la solution du problème de la direction révolutionnaire internationale qui mènera à l’assaut du vieux monde les opprimés et les exploités.

B. Construire l’Internationale en commençant par le toit ou les murs ?

La conception qu’il faut d’abord construire de fortes organisations nationales (les murs) avant de pouvoir commencer à construire une réelle Internationale révolutionnaire (le toit) ne répond pas au besoin de garantir un minimum de cohérence d’organisation et de programme, irréalisable entre des organisations nationales construites séparément les unes des autres.

Le fait que les partisans de cette conception ne l’appliquent pas pour la construction d’une organisation d’emblée à l’échelle nationale démontre à quel point le fétichisme et le poids des frontières nationales — la tentation du « national-communisme » — pèse sur eux. En fait, dès qu’on est d’accord sur une ligne politique fondamentale, elle sera d’autant mieux appliquée et elle aura d’autant plus de chances de gagner de nouveaux adhérents qu’on sera mieux organisé, et agira de manière cohérente.

Les liens entre les différentes sections nationales, leurs expériences communes, le simple fait de pouvoir s’appuyer sur beaucoup plus de leçons tirées de la lutte de classe vivante, et sur beaucoup plus de cerveaux capables de tirer ces leçons grâce à l’emploi d’une méthode commune, peut et doit contribuer énormément à l’application efficace de cette ligne politique correcte. On pourrait même affirmer paradoxalement que, justement quand des partis révolutionnaires nationaux de masse n’existent pas encore, il est d’autant plus important de construire simultanément des organisations nationales et une Internationale révolutionnaire. Car les pressions qui s’exercent sur de petites organisations et qui peuvent les rendre prisonnières de leurs seules impressions, de raisonnements à courte vue, unilatéraux, ou les amener à prendre leur propre niveau de conscience pour celui des masses, sont colossales. Elles ne peuvent être neutralisées jusqu’à un certain point que par l’intégration de ces organisations dans une organisation internationale.

 III. Pourquoi la IVe Internationale ?

A. Le combat historique pour une internationale révolutionnaire

1. La première Internationale

Marx et Engels, dans toute leur vie, ont toujours tenté de construire simultanément, que ce soit avec les masses (Association Internationale des Travailleurs, fondée en 1864, dite ensuite l’Internationale) ou avec des forces absolument minuscules (Comité de correspondance. Ligue des communistes en 1847, Association des communistes révolutionnaires) une Internationale et des partis nationaux. La tentative la plus durable, celle de l’A.l.T. qui permit un premier rassemblement de forces internationalistes, se désintégra à la suite de la défaite de la Commune de Paris (1871) et par l’existence de forces centrifuges formées par les groupements anarchistes dans ses rangs.

2. La deuxième Internationale

Fondée en 1889, releva le drapeau et donna une éducation politique socialiste à de grandes masses de travailleurs tout en aidant à la construction de puissants partis ouvriers de masse, essentiellement en Europe. Rosa Luxembourg, Lénine, Trotsky s’autocritiquèrent, par la suite, pour ne pas avoir, en son sein, organisé le courant révolutionnaire international, avant l’achèvement de sa dégénérescence. Ils apprécièrent sa dislocation par pays comme devant amener la nouvelle Internationale à reconstruire, à se centraliser davantage pour pouvoir faire prédominer les intérêts de l’ensemble sur ceux des parties.

En effet, au moment où éclata la première guerre impérialiste mondiale en 1914, la 2e Internationale montra qu’elle n’était qu’une simple fédération de sections de plus en plus bureaucratisées et intégrées par leurs appareils à chacun des Etats bourgeois. La majorité des dirigeants des partis nationaux trahirent le programme socialiste internationaliste et leurs propres engagements solennels, maintes fois répétés, fournissant à leur propre classe capitaliste le soutien politique décisif pour bloquer les aspirations révolutionnaires des masses surgies à la suite de la guerre.

3. L’Internationale communiste ou 3e Internationale

Fut fondée en 1919 pour restaurer les principes de l’internationalisme prolétarien et les appliquer à la période d’agonie du capitalisme. Ses statuts déclaraient « l’Internationale Communiste se donne pour but la lutte armée pour le renversement de la bourgeoisie internationale et la création de la république internationale des Conseils ouvriers, première étape dans la voie de la suppression complète de tout régime gouvernemental. L’I.C. considère la dictature du prolétariat comme l’unique moyen disponible pour arracher l’humanité aux horreurs du capitalisme. Et elle considère le pouvoir des Conseils ouvriers (soviets) comme la forme de dictature du prolétariat qu’impose l’histoire.

L’I.C. soutient intégralement et sans réserves, les conquêtes de la grande révolution prolétarienne en Russie, de la première révolution socialiste dans l’histoire, qui ait été victorieuse, et invite les prolétaires du monde à marcher dans la même voie. Elle s’engage à soutenir par tous les moyens qui seront en son pouvoir toute république socialiste qui serait créée en quelque lieu que ce soit ».

Mais, dans les conditions d’arriération économique et culturelle de l’URSS, après 4 ans de guerre civile impitoyable et en l’absence d’une relève révolutionnaire dans des pays capitalistes plus avancés, la classe ouvrière russe, décimée, en partie désorganisée, reflua et une bureaucratie de plus en plus cristallisée en couche sociale privilégiée s’empara de l’appareil de l’Etat soviétique et du Parti Communiste, le faisant fonctionner à son profit. Vue la place qu’occupait le Parti communiste russe dans l’Internationale Communiste, sa bureaucratisation se transmit à l’appareil de l’Internationale qui ne fonctionna bientôt plus qu’au service des intérêts de la bureaucratie soviétique. Ce processus se déroula sur une dizaine d’années. Trotsky, à la tête de l’Opposition de gauche, lutta jusqu’en 1933 pour des réformes anti-bureaucratiques en URSS et pour redresser le cours de l’I.C.

Mais la défaite de 1933 face au nazisme allemand et à l’absence de réaction auto-critique quant à la politique suivie jusque là par l’IC et le PC allemand, devait l’amener à conclure que l’IC était devenue irredressable. L’IC ayant cessé d’être un instrument révolutionnaire (même émoussé), il fallait entreprendre la construction d’une nouvelle Internationale. Cinq ans plus tard, en 1938, Trotsky et une poignée de militants d’une vingtaine de pays fondèrent la IVe Internationale.

B. La IVe Internationale : un programme et une organisation

1. Un programme (outre le toit et les murs, ne pas oublier les fondations)

La IVe Internationale, comme l’a dit Trotsky, est montée sur les épaules de ses devancières. L’IC des premières années avait repris à son compte tout l’acquis des 90 ans de mouvement ouvrier qui l’avait précédée, restauré la véritable doctrine marxiste-révolutionnaire débarrassée des scories accumulées par les révisionnistes et les dogmatiques, enrichi celle-ci à la lumière des derniers développements de la lutte de classe en Russie et en Europe (révolution allemande en particulier). De la même façon, les fondateurs de la IVe Internationale, s’adosseront aux 4 premiers congrès de l’IC dont ils entendent défendre les résolutions contre les staliniens, les sociaux-démocrates et ultra-gauches, ils intégreront à leur programme les leçons des 16 années d’expériences supplémentaires acquises à l’occasion de la construction du premier Etat ouvrier de l’histoire et de la lutte contre sa bureaucratisation, dans les années 20, de la lutte pour le front unique de combat entre tous les prolétaires (contre le sectarisme vis-à-vis des ouvriers social-démocrate ou chrétiens et contre l’opportunisme des alliances front-populistes avec des partis bourgeois), de la montée du fascisme, des débuts de la révolution dans les pays coloniaux et semi coloniaux (avec les tâches combinées que cela implique pour le prolétariat).

Ces leçons sont synthétisées dans le document de la conférence de fondation : « L’agonie du capitalisme et les tâches de la IVe Internationale » qui donne la méthode et les éléments pour l’élaboration de tout programme d’action qui se voudra, dans un pays donné, un pont entre le niveau de conscience actuel des masses et les tâches révolutionnaires qu’impose la période. Ce programme, dont l’IC avait donné quelques éléments, en insistant sur l’importance d’élaborer des revendications transitoires, n’avait pu être rédigé avant la stalinisation. Ce texte, qu’on connaît plus souvent sous le titre de « Programme de Transition » reste un des documents fondamentaux de notre mouvement. Il n’est évidemment pas tout notre programme d’ensemble qui s’est lui-même enrichi et approfondi à la lumière des 43 années ultérieures. Notre dernier congrès mondial, en 1979, a produit, par exemple, un document programmatique fondamental sur l’oppression et la libération des femmes, à la lumière des luttes menées sur ce front dans la décennie précédente par l’ensemble de nos sections.

Il est plus clair que jamais aujourd’hui qu’un programme global ne peut qu’être international. En particulier la lutte pour unifier le processus révolutionnaire mondial aujourd’hui profondément différencié entre son secteur des pays capitalistes avancés, son secteur des pays coloniaux et semi-coloniaux et son secteur des états ouvriers bureaucratiquement dégénérés ou nés mal-formés. Les tâches d’une révolution diffèrent profondément dans chacun de ces trois secteurs même si leur unité est fondée, en dernière analyse, sur la nature sociale de la force dirigeante de cette révolution qui, partout, sera la classe ouvrière.

2. Une organisation : « C’est dans l’Internationale que se situe le centre de gravité de l’organisation de classe du prolétariat » (Rosa Luxembourg)

— Démocratique et centralisée : nous l’avons vu dans l’introduction.
Précisons que l’expérience historique a amené la IVe Internationale, tout en se prononçant sur toute question nationale où elle juge utile de le faire, à se faire une règle de ne pas s’ingérer administrativement dans le fonctionnement et la vie de ses sections, en particulier en ce qui concerne leur élaboration tactique et l’élection de leurs organismes dirigeants. La discipline internationale impliquant la publication par toutes les sections des positions de l’Internationale et l’application des campagnes internationales et des décisions stratégiques prises par les congrès mondiaux. En ce qui concerne les questions tactiques, l’aide de l’Internationale peut être d’un grand poids pour surmonter des difficultés ou rectifier des erreurs, ce que le simple appel à l’expérience nationale ne permet pas. Mais rien non plus ne peut remplacer l’apprentissage par sa propre expérience d’une direction nationale. Elle doit se forger aussi à travers ses erreurs pour être à même d’assumer les tâches qui l’attendent à la tête des masses de son propre pays, tâches que personne d’autre ne pourra accomplir à sa place. Cela implique tout autant une pleine assimilation par les cadres des sections de l’ensemble des expériences significatives du mouvement international pour pouvoir enrichir leur élaboration propre. Et, par conséquent, un centre international consistant qui ait les moyens de diffuser cette expérience et d’en faire profiter toutes les sections.

— D’une organisation de cadres à une organisation de masse :
Nous ne sommes que le premier noyau de la future Internationale communiste de masse qui sera l’état-major général réel de la révolution mondiale, coordonnant de fait toutes les luttes révolutionnaires importantes de par le monde. De même, nos sections nationales ne sont pas encore des partis révolutionnaires de masse, dirigeants en fait les luttes quotidiennes de couches importantes de travailleurs dans leurs pays respectifs. Ces noyaux devront passer par beaucoup de fusions avec d’autres forces révolutionnaires, beaucoup de regroupements avec des tendances oppositionnelles rompant avec les partis sociaux-démocrates ou les PC de masse dans des périodes pré-révolutionnaires ou révolutionnaire —, avant qu’ils n’atteignent le statut de partis de masse révolutionnaires pleinement développés. Mais ces noyaux apportent à la construction de futurs partis révolutionnaires de masse et de la future Internationale révolutionnaire de masse un programme, ainsi qu’un ensemble de cadres éduqués par ce programme et expérimentés dans son application aux problèmes tactiques concrets les plus variés de la lutte de classe, dans toutes les parties du monde. Ils apportent à ces futurs partis et à cette future Internationale une capacité d’éducation hors pair dans une véritable pratique internationaliste, appliquée tous les jours, tous les mois, toutes les années.

Ce serait une utopie de croire que le degré d’internationalisme en théorie et dans l’action que nécessite l’étape présente de la lutte de classe à l’échelle mondiale pourrait être atteint sur une base spontanée, sans une préparation consciente et délibérée dans ce sens de milliers et de dizaines de milliers de cadres et de militants, des années et des années durant avant que n’émerge cette Internationale révolutionnaire de masse de demain.

C. La IVe Internationale : une histoire

1. De la fondation à la deuxième moitié des années 60

L’histoire de l’avant-garde révolutionnaire est intimement liée à l’histoire de la révolution, au flux et au reflux du mouvement révolutionnaire de masse. Il n’y a jamais eu d’organisation révolutionnaire qui ait pu réussir des percées vers le parti révolutionnaire de masse dans des phases de recul du mouvement.

Sans en être le reflet mécanique elle est en définitivement déterminée par lui.

Dans les phases de recul le poids des défaites, de la passivité des masses, du découragement des cadres, est plus fort que l’enthousiasme des jeunes, attirés par la justesse du programme ou stimulés par les poussées révolutionnaires qui continuent malgré tout, ici ou là, à se faire jour. Dans quelques pays d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord, après une brève flambée au lendemain de la 2e guerre mondiale, ce recul — non seulement de la lutte de classe révolutionnaire mais même de la lutte de classe tout court — c’est d’ailleurs poursuivi plus longtemps encore plaçant de ce fait l’avant-garde révolutionnaire dans des conditions d’isolement et de précarité considérables. Dans les pays de la périphérie de l’impérialisme, la révolution s’est développée, mais ces maillons faibles de la chaîne impérialiste étaient aussi des secteurs où la classe ouvrière était numériquement faible et très jeune, et les traditions marxistes encore peu développées. Si les trotskystes ont joué un certain rôle avant-guerre dans le Sud-Vietnam et dans l’immédiate après-guerre à Ceylan et en Bolivie à la tête de syndicats et d’actions de masses, ils sont restés isolés largement du reste du mouvement et ont subi souvent une double répression qui les a considérablement affaiblis.

Dans une période historique de recul ou de stagnation de la lutte, la tâche fondamentale consiste à défendre le programme et à former des cadres qui en sauvegarderont la continuité ainsi que celle de l’expérience acquise pendant les phases culminantes de la lutte révolutionnaire du passé. Evidemment les acquis ne se conservent pas en chambre et les militants trotskystes eurent toujours le souci de dépasser la pure activité de propagande et de tenter de prendre des initiatives pour se lier à l’avant-garde ouvrière. Les exemples précédents, comme le rôle de direction joué par les trotskystes dans la grève des mineurs de Charleroi en 1932 en Belgique ou des camionneurs de Minneapolis aux USA en 1934, restent des exceptions et non la règle. Pendant la 2e guerre mondiale les trotskystes menèrent une lutte exemplaire contre le nazisme en refusant toute concession au chauvinisme « anti-boche ». Ils furent les seuls, au prix de lourdes pertes, à tenter de mener un travail révolutionnaire au sein même de l’armée allemande d’occupation en France, militants français et allemands travaillant de concert. Dans l’après-guerre, au moment de la rupture de l’URSS avec la Yougoslavie révolutionnaire, ils organisèrent des brigades déjeunes qui vinrent, de plusieurs pays, soutenir l’Etat ouvrier menacé. À la fin des années 50, la petite section française a sauvé l’honneur du mouvement ouvrier tout entier en étant la seule organisation en son sein qui ait exprimé une solidarité et un soutien actif à la révolution algérienne. La IVe, elle-même, a réussi à construire la première usine fabriquant des armes modernes légères pour cette révolution au moment où celle-ci était pratiquement dénuée de toute aide internationale matérielle dans ce domaine.

Pendant toute cette période, non sans de multiples crises et scissions dont rendent compte la faible implantation dans la classe et les pressions considérables qui s’exercent de tous côtés sur quelques milliers de militants obligés d’être la plupart du temps complètement à contre-courant, les trotskystes arriveront au moins à assurer leur propre continuité en s’efforçant inlassablement d’opérer une jonction des courants de radicalisation qui s’expriment dans la jeunesse ou au sein des organisations traditionnelles, avec le programme dont ils sont porteurs. Tout en maintenant une fermeté programmatique inébranlable, ils n’hésiteront pas, à de multiples reprises, à tenter des expériences organisationnelles audacieuses pour se donner les meilleurs moyens de porter leur programme le plus au coeur possible du mouvement réel des masses (débat, unité d’action et même fusion avec des groupes centristes ; entrisme dans la social-démocratie ou dans les PC staliniens pour aider à la construction d’ailes gauches dans une perspective ultérieure de rupture ; organisation de courants lutte de classe dans les syndicats, y compris réactionnaires quand ils organisent les masses).

2. Du milieu des années 60 à aujourd’hui

À partir de la fin des années 60 les effets à long terme des défaites de la révolution mondiale ont commencé à s’effacer devant les effets à long terme de la remontée révolutionnaire marquée par les victoires yougoslave, chinoise, cubaine et vietnamienne. La crise conjointe de l’impérialisme et du stalinisme qui s’est accentuée à partir de Mai 68 a fait réapparaître sur la scène politique mondiale une nouvelle génération de révolutionnaires moins sensible que les précédentes à l’autorité des directions traditionnelles. En 1963, la IVe Internationale a réussi à réunifier des forces dispersées pendant dix ans puis, après 1968, a commencé à recruter à une échelle incomparablement plus importante que dans les meilleures phases précédentes, non seulement des individus, mais en France, en Espagne, en Irlande, en Islande, aux Pays-Bas, en Suède, en Nouvelle-Zélande, en Colombie, aux Antilles des groupes entiers. Il y a aujourd’hui des militants de la IVe Internationale dans une soixantaine de pays. Le nombre des militants a décuplé depuis 15 ans, le nombre des sections a doublé. Parties d’un recrutement dans la jeunesse universitaire radicalisée, les nouvelles sections sont aujourd’hui à majorité composées de travailleurs salariés, employés ou ouvriers. Un certain nombre de sections ont pu commencer à passer du stade de groupe propagandiste, dont les membres ne participent encore aux luttes ouvrières qu’à titre individuel, au stade d’organisations capables d’intervenir en tant que telle sur le champ politique à travers des campagnes ayant un impact de masse. D’une façon partielle, et dans des secteurs encore limités, les organisations de la IVe Internationale dirigent même des mobilisations sur leurs propres mots d’ordre.

Pour la première fois dans l’histoire, à cette échelle, le programme de la IVe Internationale peut commencer à s’incarner consciemment dans l’action, porté par des leaders de masse connus comme trotskystes. Ce n’est pas encore la règle, mais ce n’est déjà plus l’exception.

D’où des responsabilités accrues et des risques de dérapage liés à l’inexpérience de la nouvelle génération, des impatiences et des tentations de raccourcis opportunistes ou ultra-gauches qui ont conduit parfois à des crises. La situation actuelle se caractérise fondamentalement par la remontée ouvrière même si des paliers ou des retournements momentanés peuvent se produire. Cela impose à la IVe Internationale une rigueur organisationnelle et programmatique accrue, des cadres formés et une politique volontariste de tournant vers l’industrie pour tendre à ce que la majorité de nos forces soient implantée au coeur de la classe, dans les grands bastions industriels qui seront décisifs dans les grands affrontements de la classe à venir.

 Lectures pour approfondir

Théorie
— Ernest Mandel et J. Ross. « Nécessité d’une organisation internationale révolutionnaire » (Quatrième Internationale avril 1981). L’essentiel sur la question en 34 pages.

Histoire
— Ernest Mandel, De la commune à Mai 68 (La Brèche) : recueil d’articles sur l’histoire du mouvement ouvrier (notamment : « La première Internationale et sa place dans le mouvement ouvrier », « Rosa Luxemburg et la social-démocratie allemande »).
— Ernest Mandel, La longue marche de la révolution (Ed. Galilée) : Recueil d’articles. Notamment : « La révolution mondiale, de sa phase empirique à sa phase consciente » (juillet 1954). « La place du 9e congrès mondial dans l’histoire de la IVe Internationale (1969) ».
— Pierre Frank, Histoire de l’Internationale Communiste (La Brèche) 2 vol.
— La IVe Internationale (Poche Maspéro).

Programme
— Les 4 premiers congrès de l’Internationale Communiste (Maspéro)
— Le programme de transition (La Brèche)
— Les statuts de la IVe Internationale (dans le n° spécial de Quatrième Internationale consacré au 10e congrès mondial)
— XIe congrès mondial (n° spécial d’Inprecor) : documents du dernier congrès.