Extrême-droite

Enracinement

, par PATTIEU Sylvain

Le FN progresse dans quatorze régions, se maintient au second tour dans dix-sept. Sa capacité de nuisance reste forte car s’il ne peut emporter aucune présidence de région, il siègera dans les commissions.

Ces élections régionales ont confirmé l’implantation durable du FN dans la société française. L’extrême droite ne progresse pas vraiment et se stabilise à un niveau très élevé. Elle obtient un pourcentage de 16,61 %, dont 15,11 % pour le seul FN, ce qui confirme l’hégémonie de ce dernier sur l’extrême droite, et l’échec du MNR de Mégret. En nombre de voix, le FN passe de 5,5 millions au deuxième tour de la présidentielle à 3,6 millions aux régionales (3,9 millions pour l’ensemble de l’extrême droite). Mais l’élection présidentielle a rassemblé un plus grand nombre de votants, aussi est-il plus juste de comparer aux élections régionales de 1998, avant la scission, durant lesquelles 3,3 millions des suffrages s’étaient portés sur l’extrême droite.

Première leçon donc en ce qui concerne le FN : l’effet de la politique sécuritaire de Sarkozy, censée lui couper l’herbe sous le pied et le faire reculer, n’a pas eu lieu. Le FN se maintient, il est désormais durablement installé et ne doit pas seulement son succès à un « effet Le Pen ». La meilleure preuve en est le bon résultat de Macary en Paca, qui, avec 22,5 %, ne s’effondre pas, comme le prévoyaient certains commentateurs après le forfait de Le Pen. Le FN peut désormais présenter un inconnu, un âne ou un caniche, il fait toujours des voix. Ces résultats ne font que confirmer que le vote FN, longtemps considéré comme uniquement protestataire, est maintenant en grande partie un vote d’adhésion. Notre campagne n’a malheureusement permis que marginalement de mordre sur l’électorat populaire qui se porte sur le FN.
D’autre part, le FN conforte ses positions dans certains bastions. Dans le Nord-Pas-de-Calais, la liste de Carl Lang se paye même le luxe de devancer celle de l’UMP, tandis qu’en Alsace les deux listes d’extrême droite atteignent 28 % des voix. En Picardie, le candidat FN améliore de deux points, avec 22,94 % des voix, le score de Le Pen à la présidentielle. Le FN élimine l’UMP en étant présent au deuxième tour face à la gauche dans plusieurs cantons notamment. Et si le prochain « 21 Avril » voyait l’élimination de la droite au profit de l’extrême droite ?

Il faudra observer attentivement, au deuxième tour, les reports ou les pertes de voix du FN pour avoir une idée de sa stabilité et de la part d’adhésion dans le vote FN. Mais il est sûr qu’il aura de nombreux élus. Rappelons qu’après les régionales de 1998, Bruno Mégret avait emporté avec lui l’essentiel de l’appareil, des cadres et élus du FN. Le FN a la possibilité, grâce à l’argent de ses élus, de former de nouveaux cadres, élément essentiel pour un parti fort électoralement mais fragile organisationnellement. Disposer d’élus nombreux peut lui permettre de continuer à se construire, de tenter de créer un réseau d’associations amies, de se constituer une sphère d’influence qui lui foit cruellement défaut, grâce au barrage antifasciste établi depuis des années. La scission est maintenant digérée, le FN est en bonne position pour continuer à peser sur la vie politique française, pour y répandre ses idées nauséabondes et se nourrir de la crise sociale. Les rivalités entre Marine Le Pen et Bruno Gollnisch ne doivent pas laisser espérer une nouvelle crise de direction, car le sort de Bruno Mégret donne à réfléchir.

Malheureusement cette banalisation de scores importants du FN a des effets terribles en termes de racisme quotidien, de discriminations, et elle entretient l’idée dans certaines catégories populaires que le vote FN est le seul « vote utile » pour contester le système. Les luttes antifascistes ne sont pas à la hauteur de cet enracinement du FN, ni les réponses politiques alternatives. La LCR et l’ensemble des organisations démocratiques et du mouvement ouvrier doivent réfléchir à de nouveaux moyens pour organiser la riposte antifasciste. La réfléxion et la pratique de l’antifascisme doivent se renforcer et rester des composantes organiques du travail de notre organisation.