Mises au point

, par DUFFLEAUX Raphaël

La publication, par les éditions Verdier, d’un livre de Didier Daeninckx, Le Goût de la vérité, prétendant démasquer Gilles Perrault comme une « figure de la dissimulation » et insinuant qu’il pourrait « être d’accord » avec l’’ultragauche négationniste, appelle de notre part trois remarques.

  1. D’abord sur la méthode. Pour parvenir à son but, Didier Daeninckx procède à un montage de citations, hors contexte, hors temps, mélangeant tout sans tenir compte des évolutions des différents protagonistes. Faut-il rappeler que l’évolution de Gilles Perrault, c’est aussi ses écrits contribuant à l’abolition de la peine de mort, à la disparition du bagne de Tazmamart de « notre ami le roi », qu’il a par ses actes mobilisé contre la dette lors de « Ça suffat comme ci » et contre le fascisme lors de la création de Ras l’front. Cela n’est pas rien.
  2. Ensuite, Didier Daeninckx s’en prend, entre autres, à la LCR. Sa « haute direction » aurait ainsi choisi de se taire lorsque Gilles Perrault se retrouva sur la liste « Régions et peuples solidaires », en compagnie de groupuscules d’extrême droite flamand et alsacien. Outre que ladite liste était dominée par des militants progressistes bretons, basques et corses, Daeninckx oublie simplement que Rouge du 19 mai 1994 pointait le caractère « douteux » de certains candidats et que la Ligue n’apporta aucun soutien à cette initiative. Par ailleurs, il est évoqué qu’une brochure, confiée à notre imprimerie, sur les tristes accointances entre « Rouges » et « Bruns », a été scandaleusement amputée d’un passage d’un article du Canard enchaîné mettant en cause les dérapages antisémites de Renaud. Sauf que Didier Daeninckx omet de signaler que cette publication émanait des « Artistes anti-Le Pen » et que la LCR n’avait aucune responsabilité dans le choix des textes remis à Rotographie et dans les coupes qui y auraient été effectuées.
  3. Contrairement à ce qu’insinue Daeninckx, la LCR a l’habitude de dire ce qu’elle pense sans couvrir quiconque. C’est en ce sens que Rouge du 20 juin 1996 indiquait que Gilles Perrault avait eu tort de cautionner le dernier livre de Serge Quadruppani et Gilles Dauvé, au risque de « voir assimiler abusivement sa préface aux engagements passés et aux ambiguïtés présentes des auteurs ». Nous le maintenons. Pour en rester là, nous ne pouvons que constater les effets désagrégateurs d’une telle polémique sur le mouvement antifasciste dont le rassemblement est une nécessité vitale contre le premier danger de l’heure, Le Pen et le Front national.