La laïcité version Marine Le Pen « vise une religion déterminée »

, par SCHMID Bernard

Bernard Schmid, responsable juridique du (MRAP), réagit à l’avis favorable de la commission des Affaires juridiques du Parlement européen visant à lever l’immunité parlementaire de Marine Le Pen, pour ses propos comparant les prières de rue à l’occupation allemande.

Rappel des faits : mercredi, la commission des Affaires juridiques du Parlement européen, où siège Marine Le Pen, a adopté un rapport recommandant la levée de son immunité parlementaire. En cause, ses propos établissant un parallèle entre les prières de rues des musulmans en France et l’Occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. « S’il s’agit de parler d’occupation, on pourrait en parler, pour le coup, parce que ça, c’est une occupation de territoire », avait-elle déclaré en décembre 2010.

La levée ne sera examinée que le 2 juillet, suivie d’un vote en séance plénière. Il ne devrait pas y avoir de surprise : le Parlement suit traditionnellement les recommandations de la commission. Si la sanction envers la présidente du FN était actée, elle permettrait alors sa mise en examen, en France, pour «  provocation à la discrimination, à la violence et à la haine envers un groupe de personnes en raison de leur religion  ».

L’entretien avec Bernard Schmid, responsable juridique du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples.

Quelle est votre réaction à l’avis de la commission des Affaires juridiques du Parlement européen ?

Bernard Schmid. Marine le Pen avait comparé explicitement les prières de rue à l’occupation nazie. Avant, elle restait ambiguë. Le mot « occupation » ne faisait pas obligatoirement référence à la Seconde Guerre mondiale. Or, dans le propos de décembre 2010, le cadre de comparaison était clair : « Pour ceux qui s’intéressent à la Seconde Guerre mondiale », dit-elle. Il n’y a donc plus de faux prétextes. Le MRAP a déposé plainte. Si la levée de l’immunité se confirme, cela sera débattu devant un tribunal.

Le MRAP et le CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France) pourraient-ils se porter partie civile ensemble ?

Bernard Schmid. Nous avons déposé une plainte chacun de notre côté pour le même motif, celui de provocation à la discrimination, à la violence et à la haine envers un groupe de personnes. Notre action n’était pas coordonnée mais cela ne nous dérange absolument pas. Le CCIF est sur son domaine qui consiste à lutter contre le racisme à l’encontre des personnes musulmanes. C’est aussi le nôtre.

Cette affaire ne remet-elle pas en cause la position de Marine Le Pen qui se présente comme « défenseur de la laïcité » ?

Bernard Schmid. Pas directement. Marine Le Pen peut très bien continuer à se poser — faussement d’ailleurs — comme défenseur de la laïcité. Mais cette affaire démontre que derrière cette prétendue laïcité se cache une diabolisation de l’immigration. La laïcité est « l’obligation pour l’Etat de garantir un espace public neutre ». Marine Le Pen ne parle pas de neutralité de l’Etat, elle parle d’individus. Il y a eu des prières de rue en 2011 et 2012 émanant d’intégristes catholiques. On n’a pas entendu Marine Le Pen crier au scandale. Elle vise donc une religion déterminée. On quitte tout lien avec la laïcité.

Cet avis de la commission arrive juste après la condamnation définitive de Jean-Marie Le Pen pour ses propos sur l’occupation allemande en France. Qu’est-ce que cela traduit ?

Bernard Schmid. Pour l’affaire de Jean-Marie Le Pen, le terrain était celui de la banalisation de l’occupation nazie, non celui de l’incitation à la haine raciale. Concernant ce parti, le public devrait parfois davantage s’interroger sur ses origines et ses symboles. La flamme tricolore du FN par exemple, avant d’appartenir au FN, était celle du MSI (Mouvement social italien — NDLR), parti néo-fasciste d’Italie créé en 1947. A l’origine verte, blanche et rouge, elle symbolisait l’âme de Benito Mussolini qui monte vers le ciel. Le FN, fondé à Paris en 1972, reprend le symbole. Devenu un parti de masse, il devrait expliquer pourquoi il continue à utiliser un tel symbole. Quand on creuse, on voit donc une filiation, voire une sorte d’obsession avec ce passé-là.