« On ne dit pas que le mouvement des Gilets jaunes est à 100% positif »

, par POUTOU Philippe

Le nouveau parti anticapitaliste d’Albi accueille Philippe Poutou, jeudi soir dans son local à Albi, pour une réunion débat de deux heures. L’ex-candidat aux présidentielles sera sur place pour évoquer les Gilets jaunes, la campagne des européennes, la fermeture de l’usine de Ford Blanquefort...

Philippe Poutou interviendra à Albi le 28 février à 20 heures.
Photo DDM, Laurent Dard.

Le grand débat national, ce n’est pas vraiment la tasse de thé de Georges Nikelé, le responsable départemental du NPA dans le Tarn. Mais sur les sujets d’actualité du moment, son parti ne manque pas de choses à dire. «  On va discuter de la situation sociale et politique  », précise d’emblée Philippe Poutou, l’invité d’honneur, joint par téléphone. L’ancien candidat à l’élection présidentielle a accepté de répondre à quelques questions en avant-première.

Quels sujets allez-vous aborder à Albi  ?

On va discuter de la situation sociale et politique dans le contexte particulier du mouvement des Gilets jaunes. En quoi ce mouvement il nous plaît, en quoi pour nous, c’est une bonne chose  : l’aspect colère, révolte, ras le bol des inégalités, la question de la démocratie. Tous les problèmes qui sont posés dans ce mouvement. Évidemment, là-dedans il y a tout ce qu’on subit. Certainement qu’il y aura quelques mots sur les fermetures d’usine, donc Ford même si ça ne concerne pas directement Albi. Car on est tous confrontés à des situations de chômage, de précarité ou d’inquiétudes pour l’avenir. Est-ce qu’il peut y avoir un mouvement social profond  ? Est-ce que ça peut s’organiser, est-ce que ça peut se construire  ? Comment nous, on peut agir là-dedans  ? Aider à ce que ce mouvement-là devienne un mouvement de très profond et qui a la capacité de changer les choses.

Vous allez évoquer la campagne pour les Européennes  ?

Les Européennes, pour nous c’est secondaire, à partir du moment où il y a un mouvement social. Les élections on y va quand on peut. On trouve ça important, car on trouve que c’est là qu’on peut faire de la politique aussi. Même si on ne croit pas aux institutions et si on ne pense pas que les élections ça change la vie. C’est quand même des moments politiques où ça peut discuter. Donc, si on peut, on y va. Les Européennes qui viennent, c’est pareil. Mais financièrement ça coûte très très cher et on est loin d’avoir les moyens pour l’instant de le faire. Et c’est encore plus à relativiser puisqu’on a un mouvement social et qu’on privilégie l’activité militante dans un mouvement social. Mais ça fera partie des discussions puisque de toute façon ça fait partie des problèmes politiques qui sont posés, y compris par les Gilets jaunes, avec Ingrid Levavasseur notamment. Donc, oui, ce sera abordé, mais derrière c’est comment les gens peuvent prendre leurs affaires en main, faire de la politique eux-mêmes. La démocratie, c’est pas que voter. C’est au jour le jour. Comment il peut y avoir des droits pour tout le monde. Discuter, s’organiser, se battre. Et ça passe un petit peu avant les élections quand même.

Vous dites que le mouvement des Gilets jaunes vous plaît. En quoi vous plaît-il  ?

On voit bien que le mouvement est compliqué, surprenant, porteur de pleins de choses, et toutes ne sont pas d’ailleurs dans le sens de nos idées. On a bien vu tout ce qui peut être l’expression de préjugés racistes, des altercations, des gens antisémites. On voit tout ça, on en est conscient. On voit bien même l’extrême droite qui est dedans. Donc, on ne dit pas que ce mouvement, il est à 100 % positif. Mais quand même, le fond du mouvement, c’est une colère contre la crise, contre le chômage, la précarité. C’est un ras-le-bol des inégalités sociales. C’est un cri de souffrance même. Sur la question de la dignité, de l’irrespect de la plupart des gens. C’est vrai que l’attitude d’un Macron ou l’attitude du pouvoir, elle est insupportable. Donc, le fond de ce mouvement social, c’est que c’est un mouvement social de colère et c’est aussi cette idée que, il y a des moments où les gens en ont marre et qu’ils relèvent la tête. L’histoire des ronds points, des manifestations, ça apporte un besoin de solidarité, de fraternité dans une société qui est de plus en plus inhumaine. Et nous aussi, on est là-dedans avec l’idée de voir comment ça peut s’organiser. Après, on aimerait bien que ça devienne un mouvement avec des aspirations solidaires, sociales, collectives, avec la bataille contre les inégalités. Que ça devienne un mouvement social avec des espoirs pour un monde meilleur.

Philippe Poutou (à droite), lundi, au ministère de l’Economie à Paris
Photo AFP

La fermeture de l’usine Ford Blanquefort, c’est une défaite pour vous  ?

Fin février 2018, Ford avait annoncé son désengagement. On est sur une bataille quasi désespéré quand une fermeture est annoncée. On a essayé de se battre à travers la perspective d’une reprise. Mais on a bien vu depuis le début que Ford est contre, ce qui a énervé d’ailleurs le gouvernement et l’ensemble des pouvoirs public. Et c’est ce que Ford est en train de réussir en fait. Donc, pour nous, c’est une défaite. Mais on continue la bataille avec l’idée que Ford va partir, nous virer et immédiatement il faut discuter de comment on réimplante une activité dans l’usine. C’est-à-dire comment l’Etat intervient dès maintenant pour prendre l’usine en main, pour garder les machines, éviter que Ford les revende ailleurs. Que l’Etat décide concrètement de qu’est-ce qu’on peut y mettre comme activité, de manière à ce qu’on puisse sauver les emplois. Ras le bol de cette idée que l’on ne pourrait rien faire. Il faut que des choix politiques soient faits. Et ces choix-là, il faut qu’ils soient en rupture avec ce qu’on subit depuis des années. Donc, on est encore sur cet espoir-là. Et on fait un concert d’ailleurs le samedi 2 mars dans une salle prêtée par la mairie de Bordeaux, un concert de solidarité, avec Cali notamment, les Hurlements de Léo… On veut faire une soirée qui soit aussi un acte de résistance. Pour sauver les 850 emplois directs et à peu près 2 000 emplois indirects dans la région.

Réunion publique 21 avenue Belle, jeudi 28 février à 20 heures, dans le local du NPA, 21 avenue Belle, à Albi.