Crise et intervention des États Un hold-up colossal

, par TRÉPÈRE Galia

En injectant des centaines de milliards de dollars dans le système financier, États et banques centrales ne font que renflouer ceux-là mêmes qui sont responsables de la crise.

Personne ne savait encore, mardi 30 septembre, quelle serait l’ampleur des conséquences du rejet, par les parlementaires américains, du plan Paulson comme de l’effondrement boursier qui s’en est immédiatement suivi. Mais, à la veille de ce coup de théâtre, alors que le plan du secrétaire au Trésor américain était considéré comme acquis, la promesse du rachat, par l’État américain, de 700 milliards de dollars de créances bancaires douteuses n’avait pas réussi à empêcher l’approfondissement de la crise financière, marqué en particulier par de nouvelles faillites bancaires en Europe. La banque Fortis a été nationalisée, rachetée par les États belge, hollandais et luxembourgeois pour 11,2 milliards d’euros. Même chose en Grande-Bretagne, pour la banque Bradford et Bingley, où l’État a racheté les pertes tout en cédant les meilleurs actifs au groupe espagnol Santander. Quant à la banque Hypo Real Estate, le gouvernement allemand a décidé de la renflouer en lui accordant 35 milliards d’euros de crédit.

La concomitance de ces événements souligne à quel point la politique des États et des banques centrales est inefficace pour juguler la crise financière. Tout laisse penser que les 700 milliards du plan Paulson auraient été, de toute façon, impuissants à colmater les brèches d’un marché pesant près de 60 000 milliards de dollars.

Depuis le début de la crise, il y a un an, le système du crédit a été maintenu sous perfusion constante par les autorités étatiques et monétaires les plus puissantes du monde : rachat de 30 milliards de dollars d’actifs de la Bear Stearns par la banque centrale américaine (FED) mi-mars ; promesse de renflouement des deux réassureurs Freddie Mac et Fannie Mae, à hauteur de 200 milliards de dollars, en août ; prêt de 85 milliards de dollars à l’assureur AIG… Il faut ajouter à cette liste de grands établissements financiers, des dizaines de petites banques régionales américaines, ainsi que des fonds monétaires conduits à la faillite par les retraits massifs dus à la généralisation de la méfiance.

Le résultat le plus clair de l’injection massive, par l’État, de liquidités dans le secteur bancaire a été de socialiser les pertes et de privatiser les profits. Quant à juguler la crise financière, chacune des opérations des banques centrales n’a fait qu’encourager les spéculateurs, assurés de voir les pertes couvertes. Mieux, alors que, parallèlement aux faillites, se profile une vaste recomposition du secteur bancaire, des attaques spéculatives ont pour objectif de faire s’effondrer le cours d’actions de certaines banques déjà affaiblies pour permettre leur rachat à des prix bradés. Avec un cynisme à peine croyable, le président de la Wells Fargo ne déclarait-il pas récemment dans la presse que, devant tant de cibles « délabrées », il se sentait comme un « enfant dans un magasin de bonbons » ? De fait, la holding financière J.P. Morgan a pu, par exemple, racheter Bear Stearns pour seulement 1,3 milliard de dollars, tandis que la banque britannique Barclays s’adjugeait les activités aux États-Unis de Lehman Brothers pour 1,75 milliard de dollars.

Entre le renflouement des établissements bancaires et d’assurances et l’injection de liquidités sur le marché interbancaire pour empêcher l’étranglement complet du crédit — plus aucune banque ne voulant prêter aux autres —, l’État américain a dû jeter sur les marchés plus de 1 500 milliards de dollars, acquérant en échange des actions ou des titres sans valeur, dépréciés. La Banque centrale européenne a, quant à elle, injecté plusieurs dizaines de milliards d’euros.

Le crédit est indispensable au fonctionnement de l’économie. Oui, il faut nationaliser tous les organismes bancaires et financiers, mais sans rachat et sous contrôle de la population, en en expropriant les gros actionnaires dont l’irresponsabilité a conduit à la catastrophe actuelle.

P.-S.

Rouge, n° 2268, 2 octobre 2008.