« Nous avons toujours fait la différence entre la droite et la gauche »

, par KRIVINE Alain

Le Figaro poursuit sa série d’entretiens avec Alain Krivine, porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire.

  • LE FIGARO. – Dans la présidence Chirac, faites-vous une différence entre les années Jospin et les années gérées par la droite ?

Alain KRIVINE. – Le gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy est un des plus réactionnaires de la Ve République. Mais nous n’oublions pas que Jospin et la gauche plurielle ont privatisé plus que les deux gouvernements de droite précédents. Et que la direction du PS, avec la droite, a appelé à voter oui à la Constitution européenne.

  • En cas de second tour entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal appellerez-vous franchement à voter pour la candidate socialiste ?

Nous avons toujours fait la différence entre la gauche et la droite même si parfois la politique de leurs dirigeants converge. Dans les mobilisations sociales, on rencontre plus de militants du PC ou du PS que de militants UMP… Nous voulons donc chasser du pouvoir la droite, dans la rue comme dans les urnes. En revanche, nous attendrons le soir du premier tour pour préciser les formes de notre consigne de vote. Pour le moment, c’est le premier tour qui compte.

  • Une multiplicité de candidatures à gauche ne favorisera-t-elle pas à nouveau la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour ?

Le 21 avril 2002, Jospin a payé le prix de sa politique en perdant le soutien d’une partie de son électorat dans un climat de division de ses anciens alliés. Nous n’y sommes pour rien et n’accepterons pas le chantage d’un 21 avril bis pour empêcher la gauche anticapitaliste de faire entendre sa voix. Le bipartisme n’a rien à voir avec la démocratie. La seule façon de battre la droite, c’est de s’opposer à toute politique de droite même quand elle est menée par la gauche.

  • À vos yeux, combien y a-t-il de gauches en France ?

Essentiellement, deux. Une qui s’est adaptée à la mondialisation libérale, principalement représentée par la direction du PS, et qui essaye de satelliser ses alliés. Et une gauche anticapitaliste encore divisée, mais présente dans l’extrême gauche, au PC, dans le mouvement syndical ou associatif.

  • Vous dénoncez la politique de Nicolas Sarkozy en matière d’immigration, mais que proposez-vous à la place ?

Nous refusons que les immigrés, et aujourd’hui leurs enfants, soient les boucs émissaires des politiques libérales. Il n’y a pas de problème de l’immigration. Il y a d’abord des problèmes de chômage, de logement, de service publics et de racisme.

Nous sommes pour la régularisation de tous les sans-papiers et pour la libre circulation et installation des étrangers comme celle qui existe pour les capitaux... Après celles de Pasqua ou de Chevènement, les lois Sarkozy ne règlent rien si ce n’est de rejeter dans la clandestinité et dans des conditions de vie scandaleuses des dizaines de milliers de gens. Elles n’ont pour but que de gagner des voix lepénistes et c’est misérable.

  • Comment relancer l’Europe après le non au référendum ?

Il faut, d’abord arrêter la machine infernale de la construction libérale européenne, qui aboutit à une privatisation en règle des services publics, à une déréglementation générale des droits du monde du travail et à l’établissement d’un arsenal répressif inquiétant. C’est une Europe sociale qu’il faut construire en commençant par harmoniser par en haut les droits sociaux, en établissant de véritables services publics européens, en réorientant complètement la PAC pour aider l’agriculture de qualité et sauver les emplois. Enfin il faut que les peuples puissent débattre de l’Europe et envisager un véritable processus constituant débouchant sur une Assemblée représentative avec des pouvoirs réels de décision.

P.-S.

Propos recueillis par Rodolphe Geisler.
Entretien paru Le Figaro, édition du 17 août 2006.

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