Monique Gadant, une amie, une alliée vient de disparaître

, par TRAT Josette

Renversée par un vélo, Monique Gadant ne s’est plus jamais réveillée. Monique était une intellectuelle engagée dans plusieurs combats : parmi les plus importants, la solidarité avec le peuple algérien et la lutte féministe. L’Algérie, elle y avait vécu pendant dix ans (entre 1962 et 1972) ; depuis son retour, elle enseignait au département de sociologié de l’Université de Paris VIII et participait, depuis sa création, à l’Institut Maghreb-Europe de l’Université de Saint-Denis. Elle collaborait également activement à la revue Peuples Méditerranéens [1].

L’Algérie, c’était son obsession, l’enjeu de sa solidarité active et le terrain privilégié de sa réflexion critique ; comme l’a rappelé Mohammed Harbi, samedi 7 octobre, dans l’allocution qu’il a prononcée en son hommage, devant ses ami(e)s et collégues, Monique Gadant n’hésitait pas à démonter tous les mythes quels qu’ils soient : le mythe d’un FLN un et indivisible comme dans son premier livre Islam et Islamisme [2] ; le mythe d’une féminitude unifiant toutes les femmes à partir de leurs capacités procréatrices.

Ce qui était le plus attachant chez elle, c’était bien son insolence, son refus de se ranger aux côtés des gagnant(e)s. Bien qu’opposée à la dictature de Saddam Hussein, elle avait protesté contre la guerre du Golfe, en 1991. Bien que sans complaisance aucune vis-à-vis des intégristes en Algérie, elle n’acceptait pas de passer l’éponge sur les crimes des autorités algériennes ou la misére quotidienne de la population, propices au développement du radicalisme islamiste. C’est pourquoi, au risque d’être incomprise par certaines femmes algériennes, elle refusait de mêler sa voix à celle des « éradicateurs ».

Les intégristes ou le pouvoir algérien, elle refusait de choisir entre ces deux maux. Comme nous, elle s’alarmait de la montée du racisme en France. Membre d’aucun parti (elle avait suivi de trop près les errements du Parti communiste algérien et avait trop de mépris pour le social-libéralisme du PS pour être tentée d’adhérer), elle restait politiquement vigilante, sans aucun sectarisme.

C’est cette capacité d’indignation, son énergie, qui lui donnaient cet air juvenile ; son mépris également des conventions et son accent de titi parisien bien qu’elle fût née en Bourgogne. Nous perdons une amie et une alliée très chère.

Notes

[1Nous reviendrons plus précisemment sur son travail à l’occasion de la sortie de ses livres, Parcours d’une intellectuelle en Algérie et Le Nationalisme algérien et les femmes, aux éditions L’Harmattan.

[2L’Harmattan, 1988.