Analyse du scrutin du 1er tour des élections territoriales 2021

, par A Manca

Avec une participation en hausse par rapport à 2017, quatre aspects font l’objet de premiers enseignements.

1) L’effondrement électoral du PCF (moins 2 000 voix par rapport à 2017) s’inscrit dans le cadre plus global de la disparition de la gauche au niveau de la représentation institutionnelle. Par son refus de considérer le peuple corse en tant qu’acteur majeur de son histoire, le PCF s’est coupé de la jeunesse et de secteurs entiers du monde du travail. Si recomposition de la gauche, il devait y avoir, elle ne pourrait alors s’envisager que dans un engagement anticapitaliste sans concession et par son investissement au cœur d’un processus d’autodétermination. La lutte de classe et la mobilisation sur des revendications démocratiques étant indissociables. L’aliénation du monde du travail est double et sa riposte se doit d’être à la hauteur des enjeux.
2) La Macronie subit une déroute aisément prévisible. Au déni de démocratie perpétré par son chef à l’encontre de la Corse, s’est ajoutée une politique violemment antisociale pénalisant uniquement les travailleurs, les retraité-e-s et les chômeurs. Présenté abusivement comme un représentant de la gauche, Jean-Charles Orsucci n’a rien opposé à la spéculation immobilière qui sévit dans son environnement. La sanction électorale s’avère donc sans appel.
3) Les formations nationalistes Femu a Corsica et PNC se sont particulièrement attachées à inclure sur leurs listes nombre de responsables et élus venus de la droite traditionnelle. Après avoir phagocyté le clan PRG et reçu les soutiens appuyés du patronat et plus largement du monde économique, ces mouvements sont en concurrence en termes de captation du pouvoir dans les institutions locales, mais parfaitement en osmose quant à leur ancrage idéologique néolibéral.
4) La percée électorale de Core in Fronte et le tassement de Corsica Libera marquent le champ de la sphère dite indépendantiste. Par l’élargissement de son électorat et le transfert de voix venues des électorats de Corsica Libera et d’autres horizons, Core in Fronte est également perçue comme la seule véritable opposition aux politiques du nationalisme dit modéré.

À l’issue du deuxième tour, une majorité régionale recomposée assumera la direction de la CdC. Si dans le précédent mandat sont apparues plus clairement les visions libérales de Femu a Corsica et du PNC, la nouvelle ère s’annonce de leurs parts comme une accentuation de cette tendance. Cependant, quels que soient leurs succès électoraux, les nationalistes libéraux seront mis en demeure de se plier aux exigences du Consortium, lesquels au fil du temps, se sont auto-instaurés en tant que pouvoir politico-économique dominant
Dans le gigantesque fatras du néolibéralisme, la spéculation immobilière et le développement accentué de l’industrie du tourisme, vont donner à l’économie de marché un surcroît de pouvoir et d’influence. La première exigence du Consortium sera la réalisation d’un nouveau port de commerce à Bastia pour accroitre le flux de marchandises, de touristes et la dépendance de notre pays.

Le monde du travail face à ce défi, ne peut compter que sur ses propres forces et sa seule détermination.
C’est dans le champ des immanquables tensions sociétales et périls environnementaux que va s’exacerber une lutte de classe sur fond d’accroissement des inégalités et de captation des richesses par une minorité aux dents toujours plus aiguisées. Ces élections n’auront donc accouché que d’un néolibéralisme drapé dans les couleurs de la Corse. Néolibéralisme nationaliste, qui de surcroît, a revitalisé le spectre du clanisme.
Hélas, les analyses que nous avons pu produire depuis des décennies se confirment. Pour autant l’histoire de notre peuple, de notre pays et du monde du travail, ne va sûrement pas prendre fin au soir de trompeuses euphories électorales.
Seule une Voie Corse au Socialisme est à même de dessiner les contours d’un avenir fondé sur le respect du Bien Commun.