Société

Avocats. « Une caste au service des cabinets d’affaires »

, par TOUSSAINT Bruno

Seul adversaire du dauphin traditionnellement élu à l’unanimité bâtonnier de Paris, l’avocat Bruno Toussaint se présente pour dénoncer la mercantilisation de la profession.

Le barreau des avocats de Paris (qui représente plus de la moitié des avocats de France) élit aujourd’hui son bâtonnier, chef de l’Ordre des avocats. Fait inhabituel : un avocat a décidé de présenter sa candidature contre le dauphin du barreau, traditionnellement sans adversaire et élu à l’unanimité. Bruno Toussaint nous explique pourquoi il se présente contre Jean Castelain, un avocat d’affaires qui déclarait récemment que « le ministre de l’Économie est tout autant le ministre des avocats que le garde des Sceaux ».

  • Pourquoi avez-vous choisi de vous présenter contre le bâtonnier désigné ?

Bruno Toussaint. Jean Castelain a été élu dauphin avec moins d’un quart des inscrits. En fait, l’ordre est dirigé par une petite caste, une oligarchie aux mains des cabinets d’affaires. Et les avocats qui sont pour beaucoup en difficultés, ou simplement dégoûtés de ce système, ne votent pas. À ce titre, ma candidature se veut une rupture. L’ordre et le bâtonnier devraient être à la pointe du combat pour dénoncer les dysfonctionnements de la justice ; or, ce n’est jamais le cas. Qu’il s’agisse du fonctionnement des prisons ou des tribunaux de commerce, jamais l’Ordre des avocats n’a été à la pointe de la mobilisation. C’est un système d’un autre temps au service du pouvoir.

  • Dans votre profession de foi, vous dénoncez l’indemnité du bâtonnier…

Bruno Toussaint. Le conseil de l’ordre présidé par le bâtonnier vote des indemnités au bâtonnier à hauteur de 180 000 euros par an, prélevés sur les cotisations des avocats. C’est 15 000 euros par mois, soit trois fois le salaire d’un ministre. À mon avis, c’est constitutif du délit de prise illégale d’intérêt, donc pénalement répréhensible. Au-delà du problème juridique, aucun texte ne permet de voter une telle indemnité. La Cour des comptes est en train de mettre son nez là-dedans. Cela dit, le parquet ne poursuit pas parce qu’il a intérêt d’avoir un bâtonnier à sa botte. J’exercerai mes fonctions bénévolement, sans aucune indemnité, comme c’était le cas auparavant, ce qui me donnera les mains libres pour dénoncer les dysfonctionnements de la justice.

  • Pour vous, l’ordre manque d’indépendance ?

Bruno Toussaint. À aucun moment dans l’histoire, le barreau de Paris n’a été un rempart pour qui que ce soit — le bâtonnier Charpentier qui avait radié les avocats juifs sous l’occupation allemande a d’ailleurs toujours sa statue dans les couloirs du palais. Ce phénomène est aujourd’hui accentué par la mercantilisation de la profession. Les pauvres ont de moins en moins accès à la justice. Dans ce contexte, ma préoccupation, c’est que chacun puisse avoir accès à la justice.

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