Converger autour d’une orientation et d’un programme anticapitalistes et révolutionnaires pour les mobilisations et la présidentielle, une idée folle ?

, par Démocratie révolutionnaire

Sur fond de pandémie et d’une catastrophe sociale en cours l’échéance électorale de la présidentielle de 2022 obsède le monde politicien d’autant que l’hypothèse d’un séisme politique portant l’extrême-droite aux affaires devient une menace bien réelle. Pour le monde du travail, il est indispensable de prendre ses affaires en main, d’intervenir sur le terrain politique, y compris électoral et institutionnel, pour faire entendre sa propre voix en toute indépendance des calculs et manœuvres électoralistes qui agitent les bouts épars de la gauche gouvernementale.

Lutte ouvrière a d’ores et déjà annoncé la candidature de Nathalie Arthaud. Quant à la direction du NPA elle vient de sortir de son silence d’une façon pour le moins surprenante, symptomatique des divisions qui la minent et de l’offensive de la plus forte minorité qui y tient lieu de majorité, aujourd’hui dénommée « Regroupement des 3-4 octobre », pour l’essentiel des camarades de la section française de la IVe, pour tenter de s’imposer à défaut d’être capable d’associer. Ainsi le NPA a-t-il publié un communiqué de « Mise au point concernant l’élection présidentielle [1] ». Ce communiqué ne vise pas à rendre public le choix du NPA d’être présent à la présidentielle, la décision n’a formellement pas été prise, mais de répondre au fait que « Anasse Kazib, membre du NPA et du « CCR-Révolution permanente » a annoncé, sur les réseaux sociaux, sa « pré-candidature » à la présidentielle de 2022. Cette annonce, qui était en réalité programmée depuis plusieurs jours, s’est donc faite hors de tout cadre décisionnel de l’organisation. Cette annonce, relayée par les canaux du « CCR-Révolution permanente », constitue une rupture avec le fonctionnement du NPA et ses modalités de prise de décision concernant nos candidatures à la présidentielle. Ces dernières ont toujours été le fruit de discussions démocratiques en interne, organisées autour des questions d’orientation et de profil politiques, et non de « pré-campagnes » personnalisées— et à fortiori menées à l’extérieur de notre organisation ». À défaut d’une politique et, donc, d’être en mesure de communiquer sur cette politique, la direction du NPA communique pour dénoncer l’initiative des camarades du CCR-Révolution permanente.

Nous sommes bien sûr en désaccord avec la démarche du CCR qui ne respecte aucun cadre collectif de décision, veut forcer la main et surtout n’a d’autre objectif que la défense de ce qu’il croit être ses intérêts de fraction au mépris de ceux du NPA et de l’ensemble du mouvement révolutionnaire. Et qui, dans le même temps, se présente comme l’axe d’un « parti révolutionnaire des travailleurs ». Il y a là beaucoup de bluff et quelque peu de paranoïa politique…

Le fond du problème n’est pas de savoir si ces camarades respectent ou pas des cadres formels de décision dans le parti dont les porte-parole du NPA sont les premiers à s’exonérer. Il est politique et renvoie à quelle politique et quelles perspectives porter pour les révolutionnaires aujourd’hui face à l’offensive d’envergure qu’engage la classe capitaliste contre le monde du travail et toute la population, la question de l’unité des révolutionnaires.

L’attitude des camarades du CCR participe des rapports qui existent au sein du NPA et, plus généralement, au sein du mouvement trotskyste et révolutionnaire où chaque appareil concurrent, plus ou moins petit, défend sa propre politique et ses propres intérêts au mépris des intérêts de l’ensemble du mouvement.

C’est vrai des rapports entre LO et le NPA dont les relations sont pour le moins peu démocratiques, LO repliée sur elle-même et la minorité qui dirige le NPA plus préoccupée de LFI que de Lutte ouvrière. C’est encore plus vrai au sein du NPA où cette minorité, la section française de la IVe, impose sa propre politique hors de tout cadre démocratique, en particulier depuis a constitution de la liste « Bordeaux en lutte » avec LFI aux municipales (que le CCR avait contribué à initier avec Philippe Poutou) jusqu’aux régionales avec la LFI en Aquitaine ou en Occitanie où les négociations sembleraient en voie de conclusion. Les leçons de démocratie sont malvenues de la part de cette minorité dont sont membres les porte-parole du NPA qui agissent en permanence hors de toute transparence et démocratie.

Et comment ne pas voir que les tensions entre la plus forte minorité du NPA et le CCR-Révolution permanente s’inscrivent dans de vieilles rivalités entre la IVe et le courant international auquel appartiennent les CCR, l’atavisme d’un mouvement trotskyste dont la balkanisation exprime l’impasse dans laquelle il se trouve malgré une réelle et dynamique existence.

Le CCR n’a fait que rendre la monnaie de sa pièce à la plus forte minorité. Cela, à nos yeux, ne justifie pas son attitude mais il serait quelque peu hypocrite de jouer les procureurs en construisant nous-mêmes notre propre piège à travers les accusations réciproques, dont la logique est d’accélérer l’implosion-explosion dans laquelle la direction du NPA est engagée.

Rompre le piège des rivalités fractionnelles

Pour revenir à la présidentielle, nous pensons que, dans la situation que nous pouvons anticiper du printemps 2022, être en capacité de présenter une candidature d’unité des révolutionnaires serait de la plus haute importance et utilité.

Malheureusement, cela n’est, à ce stade, pas possible. La direction de Lutte Ouvrière a déjà tranché la question, si toutefois même elle se l’est posée. Elle a décidé lors de son dernier congrès de présenter la candidature de Nathalie Arthaud « afin d’assurer la présence du courant communiste révolutionnaire et d’y faire entendre le camp des travailleurs ». Quant à la minorité qui dirige le NPA, elle privilégie ses relations avec la gauche de la gauche confondant LO et LFI ! Cela la paralyse et fragilise l’ensemble du NPA.

Dans ces conditions, il serait utile et nécessaire de présenter une candidature du NPA qui affirmerait en même temps qu’une politique de classe indépendante, la nécessaire unité des anticapitalistes et révolutionnaires, qui puisse porter un programme pour les luttes et mobilisations pour les travailleurs, les jeunes, les femmes et pour changer le monde dès maintenant, en finir avec la domination capitaliste.

Sortir de cette logique, si cela est encore possible, c’est mettre la politique au poste de commande et imposer la discussion démocratique au sein du NPA pour faire face aux échéances, nous donner les moyens de porter et de faire entendre la colère ouvrière et populaire au quotidien, dans les mobilisations, comme dans les élections, l’armer d’une politique.

Cela ne pourra pas se faire sans qu’ait lieu dans l’organisation une discussion politique sur ce que devrait être cette campagne, le programme autour duquel il nous faut d’abord nous rassembler nous.

Malheureusement, la priorité de ce travail politique que nous avions défendue et qui avait été adoptée à une quasi-unanimité, au CPN de juillet, a dans les faits été écartée par l’ensemble des fractions. Chacune d’entre elles préfère préserver sa spécificité ou supposée telle.

Et maintenant, les camarades du Regroupement somment l’ensemble des camarades de « faire parti » pour assurer la possibilité d’une candidature à la présidentielle en laissant ouverte la possibilité de… la retirer pour une candidature de la gauche radicale si cela s’avérait possible. C’est bien ce qu’écrit Antoine, un camarade du Regroupement : « Dans une situation de dislocation du mouvement ouvrier, de montée de l’extrême droite, nous devons faire attention à ne pas nous marginaliser. Il faut donc une candidature très ouverte, prête à discuter avec les autres courants de la gauche radicale, de LO à la FI en passant par les collectifs de lutte existants, donc prête éventuellement à se retirer en cas d’accord politique ». Une telle démarche revient à faire du projet de candidature un faux-semblant pour poursuivre la politique unitaire avec la gauche de la gauche.

Cette politique nous désarmerait d’autant plus que nous allons être confrontés à une pression extrêmement forte d’un « front républicain de gauche » alors que s’est effondré le front républicain tout court au profit des compétitions au sein du bloc réactionnaire.

On voit bien l’importance et l’urgence d’ouvrir un véritable débat démocratique sur le programme et le profil d’une candidature à la présidentielle et la nécessité et les possibilités d’une « transformation révolutionnaire de la société.

Une politique unitaire vis-à-vis de la gauche ou pour le rassemblement des anticapitalistes et révolutionnaires, il faut choisir

Pour justifier ce qu’ils appellent eux-mêmes « un pas à droite », pour dire que ce n’est pas un tournant, les camarades du Regroupement invoquent les rapports de forces « dégradés », il n’y aurait pas d’autre choix pour exister. Il y a là une façon d’abdiquer à mettre en œuvre une politique de construction et intervention d’un parti révolutionnaire. Rien d’autre ne serait possible que le suivisme unitaire en premier lieu vis-à-vis de la gauche de la gauche.

A l’opposé de cette attitude, nous avons besoin de discuter des possibilités qu’offre la situation et la politique pour y faire face, pour répondre aux besoins du mouvement ouvrier. Le mécontentement est profond, une nouvelle génération militante est en train de naître en particulier dans le monde du travail, dans la jeunesse, les quartiers, dans des milieux intellectuels. Jamais la méfiance vis-à-vis des partis institutionnels dont la gauche n’a été aussi forte. Nous avons besoin de discuter des moyens d’aider cette génération à faire ses armes, à s’organiser, à se former. Cela suppose une totale indépendance de la gauche de la gauche.

Nous pensons que la refondation du NPA autour d’un programme qui puisse nous rassembler est à l’ordre du jour, que ce devrait être l’enjeu du congrès à venir. Mais le minimum, sans attendre, serait que nous discutions et nous élaborions une orientation et un programme pour la présidentielle, que nous puissions porter ensemble, comme nous l’avons fait lors des campagnes précédentes, en faisant appel au fond du texte qui jusqu’alors a défini le NPA, malgré ses faiblesses et limites, les principes fondateurs. Il nous faut porter un programme de défense du monde du travail, la nécessité d’en finir avec l’exploitation et la propriété privée capitaliste et le nécessaire contrôle des salariés et de la population sur la marche de l’économie et de la société.

Imposer une démarche et une discussion démocratiques

Il y a urgence à engager cette discussion, qui s’inscrit dans la discussion programmatique, stratégique, que nous avions toutes et tous décidée. Cette discussion devrait concerner l’ensemble du mouvement révolutionnaire. La direction du NPA devrait proposer d’y associer LO, ses porte-parole se faire les porte-parole d’une politique anticapitaliste et révolutionnaire plutôt que de se mettre à la remorque voire au service de LFI et de la gauche dite radicale.

Une telle démarche semble bien improbable. Ce n’est pas une raison pour ne pas militer pour elle, la défendre.

L’enjeu est de taille. Non seulement il s’agit de la survie du NPA mais, plus largement, de la capacité du mouvement révolutionnaire à devenir un acteur déterminant de la situation sociale et politique au moment où les classes dominantes elles-mêmes craignent une explosion sociale.

Si cette démarche échouait, si le NPA était incapable de surmonter les rivalités de fractions et les confusions politiques, nous appellerions, sans aucune hésitation, à voter pour Nathalie Arthaud, comme nous voterons pour les candidat.e.s de Lutte ouvrière aux élections régionales.