Rapport sur la situation internationale

, par Comité International de la IVe Internationale

La ligne générale de ce rapport a été adoptée par le Comité international de la IVe Internationale le 24 février 2021 (48 pour 6 contre 1 abstention 1 NPPV), version finalisée par la commission de rédaction élue au CI le 31 mars 2021.

1. Introduction

L’an dernier, la situation économique, sociale et politique générale a été surdéterminée par la pandémie de Covid-19. D’une portée mondiale, la maladie a déjà, à la date du 29 mars 2021, infecté 128 millions de personnes, avec 1,8 million de décès en 2020, plus de 2,7 millions de morts entre le début de la maladie et la fin mars 2021, ce qui entraîne un taux de mortalité annuel supérieur à celui causé au cours des 15 dernières années par des maladies infectieuses antérieures telles que le VIH (1,7 million en 2004), l’hépatite B et C (1,3 million en 2015) ou la tuberculose (1,4 million en 2019).

Le Covid-19 a eu un effet fulgurant sur la santé, dans le monde entier, et un effet paralysant en frappant les moteurs de l’économie mondiale, bloquant tous les maillons des chaînes de production qui les sous-tendent. La pandémie exacerbe la crise multidimensionnelle du système capitaliste et a ouvert un moment d’imbrication de phénomènes de long terme qui se développaient de manière relativement autonome et qui, avec la pandémie, convergent de manière explosive : la crise écologique, la crise du système dette, la crise de légitimité d’une grande partie des institutions de gouvernance au Nord comme au Sud de la planète et au niveau international ou national, et la lutte géopolitique pour l’hégémonie entre l’impérialisme américain et la Chine. Ce sont des processus qui se manifestent et interagissent les uns avec les autres, en modifiant l’ordre mondial hérité des années 1990 avec la fin du bloc de l’Est, l’implosion de l’URSS et la restauration capitaliste dans cette partie du monde et en Chine. C’est sans aucun doute un moment de bifurcation de l’histoire et un défi majeur pour tous les acteurs politiques.

2. Le grand défi environnemental

Malgré toutes les conférences et accords internationaux des dernières décennies, les processus de dévastation des conditions qui rendent la vie possible sur la planète Terre, la réduction accélérée de la diversité biologique, la dynamique de la déforestation, la pollution de l’air, de l’eau et des terres, la surpêche et les monocultures transgéniques, continuent d’avancer à un rythme accéléré. Il reste très peu de temps pour éviter des transformations non seulement catastrophiques mais irréversibles.

Les changements radicaux dans les modes de production et de consommation n’ont pas été réalisés, et les profondes inégalités d’accès aux biens communs de la planète ont été aggravées. La course des capitalistes pour un maximum de profits à court terme continue de prévaloir sur les intérêts de la vie.

Bien que les émissions de 2020 aient été inférieures à celles de 2019, elles sont toujours bien supérieures à ce que les puits de carbone (terre et mer) peuvent absorber. On estime qu’environ 45 % des émissions finissent dans l’atmosphère. Les limites de l’accord de Paris (augmentation de la température de 1,5 °C) sont toujours menacées et ne pourront être atteintes au début des années 2030 sans changement profond dans l’économie mondiale et dans le métabolisme de la société humaine et de la planète.

3. Capitalisme en transition : plateformes et surveillance

À ce qui précède s’ajoutent les transformations technologiques de notre temps qui imposent des changements encore plus profonds dans l’organisation des chaînes de production et dans les relations de travail – de plus en plus numériques et précaires. C’est ce que certain·e·s appellent le capitalisme de plateforme ou capitalisme de surveillance.

Fondamentalement, ces transformations sont dirigées, orientées et contrôlées par les principales puissances politiques et les principales entreprises capitalistes au niveau mondial, en dehors du contrôle démocratique de la population et pour l’essentiel en dehors du débat public.

Trois domaines technologiques constituent les plus grandes menaces d’aujourd’hui pour l’humanité :

  1. La technologie militaire avec une nouvelle génération d’armes nucléaires tactiques, ce qui rend leur utilisation plus probable, et des drones dotés d’une capacité autonome pour décider quand et qui tuer ;
  2. Le génie génétique qui, par la manipulation et l’appropriation de la vie, la privatisation des semences, s’inscrit dans une guerre culturelle mondiale contre la vie paysanne et l’alimentation humaine. Il s’agit d’une guerre visant à contrôler la production et la commercialisation des aliments à l’échelle de la planète ;
  3. Les technologies du capitalisme de surveillance à côté desquelles la dystopie 1984 d’Orwell apparaît comme un jeu d’enfant. L’utilisation de ces systèmes de surveillance s’est accélérée avec la pandémie.

La surveillance numérique, à l’aide des données de téléphonie mobile, la géolocalisation et le suivi des déplacements, l’identification faciale liée aux scanners thermiques, la surveillance des quartiers à l’aide de drones, la prolifération des sociétés de surveillance privées, étaient déjà omniprésentes depuis le 11 septembre 2001. Le traçage du virus est utilisé comme prétexte pour généraliser et banaliser les systèmes de surveillance qui remettent en cause les droits démocratiques.

4. Transition hégémonique et conflit États-Unis/Chine

Nous sommes dans un monde de plus en plus militarisé. Les États-Unis comme puissance impérialiste font face à une concurrence croissante pour leur hégémonie mondiale totale, en particulier dans le domaine économique, et ils désignent la Chine comme une superpuissance montante qui menace leur suprématie. En conséquence, ils adoptent des positions de plus en plus agressives envers la Chine et la Russie.

Des pas sont faits dans ce sens avec des relations de plus en plus tendues caractérisées par une concurrence technologique intense, une guerre commerciale agressive et une réorientation très significative à la fois de la doctrine militaire du Pentagone, de la guerre contre le terrorisme des administrations Bush et Obama, et des priorités aux budgets militaires. Ces réajustements géopolitiques peuvent difficilement se faire pacifiquement. La menace d’un conflit nucléaire réapparaît à l’horizon.

En même temps, Xi Jinping en Chine et Poutine en Russie cadenassent toujours plus fortement leurs pouvoirs tant pour éradiquer toute opposition interne que pour consolider leur domination sur certains territoires (Crimée, Hong Kong, Xinjiang Ouighour) et pour tenter d’élargir leur sphère d’influence militaire (Syrie pour Poutine, mer de Chine et Corne de l’Afrique pour Xi Jinping).

La position de la Chine au niveau international est renforcée par la pandémie à partir de 2020. C’est le pays qui a relancé l’essentiel de son système de production et considérablement amélioré ses performances à l’exportation. Ainsi, à travers l’exportation de marchandises, comme par l’aide matérielle et médicale, et récemment l’approvisionnement en vaccins, la Chine fait un bond en avant dans son influence en Asie, en Amérique latine et particulièrement en Afrique. En Asie, la Chine tente d’équilibrer la « stratégie indo-pacifique » de Trump et ses manœuvres militaires en lançant le Partenariat économique régional global (RCEP) entre la Chine et quatorze pays asiatiques et en développant la marine chinoise.

Les fragilités et contradictions de l’Union européenne (UE) ont été cruellement mises en évidence par la pandémie Covid-19 qui l’a durement affectée (la barre des 500 000 morts a été franchie début février) : l’ampleur de la crise, notamment dans les périphéries du Sud, a fait sauter bien des interdits inscrits dans les Traités (quant à la politique de la Banque centrale européenne – BCE – ou à des formes de solidarité) tout en mettant sur le tapis les conflits entre les États membres sur la question des compétences (fiscales, sanitaires…) relevant du « communautaire » ou des États et de l’inter-gouvernemental. La première année de la pandémie a donc révélé l’incapacité de l’UE à utiliser ses ressources économiques et financières pour mettre en œuvre une politique commune de protection de sa population contre la pandémie. Le rachat de dette de 1,85 milliard d’euros par la BCE dans le cadre du programme d’achat d’urgence en cas de pandémie (PPEP) et les 750 milliards d’euros de l’UE dans le cadre de l’instrument de redressement temporaire « Next Generation EU » (et une augmentation de 14 milliards d’euros du budget de l’UE par an) seront utilisés exclusivement pour soutenir les banques et les grandes entreprises dans un contexte où la reprise des exportations sera faible et la consommation largement limitée par l’appauvrissement des classes populaires. En outre, l’aide de l’UE et les prêts « Next Generation EU » seront conditionnés à des plans nationaux conformes aux exigences néolibérales européennes. On assiste à l’ouverture d’une phase supplémentaire dans la crise de légitimité de l’UE car la pandémie repose la question « qui paiera pour la crise ? » et remet en évidence l’inefficacité et l’injustice des actuels Traités face au besoin urgent d’une union égalitaire et solidaire des populations d’Europe et du reste du monde frappées par les mêmes fléaux.

5. Les contradictions inter-capitalistes au niveau mondial

Le projet néolibéral était une utopie cosmopolite, un fantasme, mais avec une promesse d’avenir se construisant sur le mythe d’une remise en cause de l’étatisme et du bureaucratisme pour camoufler ses destructions sociales. Des secteurs capitalistes comme la bourgeoisie financière et la Silicon Valley ont été et sont les hérauts de la trilogie de la modernité libérale : produire, consommer et s’enrichir.

Cette utopie néolibérale occultait les transformations antisociales et antidémocratiques de la marchandisation mondiale, radicalisées et globalisées après les années 1990, étendant la logique de la concurrence, des privatisations et de l’esprit d’entreprise à toutes les sphères de la société. L’utopie néolibérale cherchait à cacher que l’application des nouvelles technologies dans le cadre du capitalisme mondialisé a tendance à détruire une grande partie du monde du travail préexistant, faisant des milliards de victimes. Le fait que ces dimensions négatives aient été minimisées pendant des décennies dans l’ordre social est précisément l’expression de la capacité hégémonique de ce projet globalisant.

Nous avons vu que l’offensive néolibérale a inspiré une variété d’initiatives politiques disparates : Reagan et Thatcher, mais aussi Clinton, Fernando Henrique Cardoso et Tony Blair, puis Bush et Lula, et aujourd’hui Pedro Sánchez en Espagne, Angela Merkel en Allemagne, Joe Biden aux États-Unis et même Xi Jinping en Chine. C’est précisément parce qu’il a cet horizon mondial que le néolibéralisme a pu – avec encore plus de force que le libéralisme antidémocratique du XIXe siècle – déconstruire l’ancienne gauche. La social-démocratie, après sa trahison de l’internationalisme au début de la Première Guerre mondiale, est devenue un instrument de domination capitaliste et impérialiste ; plus tard les régimes dictatoriaux bureaucratiques et staliniens, avec la restauration capitaliste, ont perpétué des formes brutales de coercition et d’exploitation ; plus récemment les régimes latino-américains « progressistes » du début du XXIe siècle sont restés dans le cadre capitaliste en approfondissant un modèle de développement tiré par les exportations, l’exploitation des ressources naturelles et une politique de bas salaires pour rester compétitifs, même s’ils pratiquaient une politique « assistancialiste » qui dans les premières années a réduit la pauvreté.

N’étant pas suicidaires, plusieurs secteurs mondialistes flirtent (toujours inégalement) depuis quatre décennies avec les discours du développement durable ou du capitalisme vert, sans vouloir cependant porter le fardeau d’une transition écologique efficace qui, on le sait, exigerait une utilisation gigantesque du capital et générerait d’énormes conflits. Compte tenu de la faiblesse des alternatives de gauche – qui doivent aujourd’hui être féministes, antiracistes et écosocialistes pour être efficaces et dynamiques – la critique du mondialisme a été en partie capitalisée par des projets politiques nationalistes (ou traditionalistes) conservateurs, généralement xénophobes, racistes et suprémacistes, néofascistes ou postfascistes. Ils tentent de détourner les frustrations et révoltes populaires contre les dégradations sociales vers des boucs émissaires alors que les « mondialistes » se prétendent « modernistes » et cherchent des soutiens dans les courants féministes, LGBTQ et antiracistes.

Néanmoins, dès que des personnalités de gauche ou des forces politiques présentent des solutions radicales à la crise capitaliste multidimensionnelle et proposent des solutions concrètes en termes de justice sociale et de promotion des communs, on constate que ces solutions rencontrent un très large écho dans les classes populaires et les secteurs opprimés, que ce soit avec Bernie Sanders, Alexandria Ocasio-Cortez et « la Squad » [1] aux États-Unis en 2019 et début 2020, ou avec Jeremy Corbyn et le Labour Manifesto en 2017-2018 en Grande-Bretagne, Syriza entre 2010 et début 2015 en Grèce, Podemos juste après sa création en 2014 en Espagne… Le problème vient alors de leur manque de cohérence et/ou de leur virage d’adaptation au système.

Les alternatives « mondialistes » révèlent de plus en plus le caractère antidémocratique associé à leurs attaques sociales radicales. Parallèlement, les alternatives d’extrême droite n’ont d’« universaliste » que leur axe planétaire xénophobe, notamment islamophobe. Les politiques de haine au XXIe siècle ne prennent plus simplement la forme de la défense d’une certaine forme de communauté menacée, mais sont aussi l’expression de la peur liée aux manifestations du darwinisme social et à une volonté du pouvoir qui entraîne une révolte contre tout projet universaliste. Les nationalismes conservateurs d’aujourd’hui, dans leur grande variété de formes, sont des révoltes contre la mondialisation, des révoltes contre la modernité. Leur caractère de plus en plus anti-environnemental et misogyne est exploité par les courants mondialistes pour se présenter comme représentants de la lutte de la civilisation contre la barbarie, alors qu’eux-mêmes sont des acteurs centraux de la destruction des protections sociales et environnementales. Il revient donc aux (vraies) alternatives anticapitalistes et antisystémiques, dans leur lutte contre la pandémie et ses crises imbriquées, d’offrir une alternative de soins, de droits, de vie contre ces diverses formes de barbarie.

6. Défaite de Trump : un revers majeur pour l’extrême droite

Le résultat des élections aux États-Unis (qui sont toujours l’impérialisme hégémonique en Occident), dans lequel les distorsions du système électoral américain et les 70 millions de voix de Trump pèsent lourdement, a signifié un grave revers pour le projet conservateur, traditionaliste et fasciste de l’ultra-droite partout dans le monde. Néanmoins, il n’efface pas la tendance générale du développement de cette ultra-droite.

Malgré les difficultés imposées par la pandémie, les élections de novembre aux États-Unis semblent avoir attiré la participation la plus élevée depuis 2008. Cette forte participation, résultant de la polarisation exprimée dans le soulèvement antiraciste et le militantisme démocratique de centaines de milliers de personnes, a rendu difficile pour Trump de continuer à contester le résultat et a ouvert la voie à l’investiture de Biden. La défaite de Trump perturbe l’élan d’autoritarisme qui se répand dans le monde, comme en Pologne, Hongrie, Turquie, Inde, Philippines, Nicaragua, Égypte, Brésil, Birmanie…

Trump et le trumpisme (ainsi que Bolsonaro, Modi, Duterte, etc.) font partie d’une tendance plus large dans laquelle de nouvelles formes d’autoritarisme et de théories du complot millénaristes médiévales antiscience, anti-Lumières se répandent dans de nombreux pays. Elles expriment la méfiance de larges couches envers les institutions établies et sont encouragées et manipulées par les forces de l’extrême droite. S’il n’y a pas de mobilisations de masse et de victoires menées par les forces progressistes, ces idées pourraient continuer à se répandre. Notre tâche est d’essayer d’isoler ces courants, de les combattre et de les dénoncer par tous les moyens, car ils ouvrent la voie à l’autoritarisme le plus extrême.

Il est clair que l’administration Biden, comme l’administration Obama (2009-2017), tentera de normaliser les relations internationales, notamment avec l’Europe et de contrecarrer les progrès de la Chine, en menant une politique pour limiter le déclin. La droite qui s’est fortement mobilisée au sein du Parti républicain lors de cette élection restera très puissante alors que les mouvements sociaux devront renforcer leur action.

7. Impacts économiques, sociaux et politiques de la pandémie

7.1. Chute brutale d’activité. La pandémie et les mesures adoptées pour y faire face ont déclenché une profonde dépression dans une économie qui ne s’était pas encore remise de la crise de 2008, même avec l’hégémonie de plus en plus claire des grandes sociétés d’information – les GAFAM. De manière apparemment contradictoire, la formidable régression économique produit une bulle financière, en particulier aux États-Unis, dans l’UE et au Japon. Les bénéfices sur les bourses et autres marchés financiers ne masquent cependant pas le fait que nous vivons la plus longue des ondes décroissantes du capitalisme mondial. Ainsi, la pandémie entraîne de graves perturbations dans les chaînes de valeur, ce qui a conduit à une baisse de la rentabilité du capital – sauf dans les secteurs qui bénéficient directement de la pandémie, parmi lesquels les méga-communications, le commerce électronique et les sociétés pharmaceutiques.

La baisse de l’activité économique a conduit à une baisse globale du PIB d’environ 5 % en 2020, le pire chiffre depuis la Grande Dépression et cinq fois plus intense que la crise de 2008-2009. La crise actuelle a aussi la particularité d’être synchronisée à travers le monde, accentuée par l’entrelacement international des chaînes de valeur. Il n’est plus possible pour telle ou telle région ou pays de se détacher complètement de la tendance des économies centrales. Et cet élément a contribué en 2020 à une baisse généralisée de la production et des prix des matières premières, même si des différences de quantité et d’intensité subsistent entre les continents et les pays.

Seule la Chine a maintenu sa croissance, bien que dans une proportion bien moindre qu’au cours des deux dernières décennies (+ 2,3 %). En revanche, l’économie américaine recule de 3,5 %, celle du Japon de 4,8 %, de la zone euro de 6,8 %, du Royaume-Uni de 7,8 %, de l’Inde de 8 %, du Mexique de 8,5 %, du Brésil de 4,1 %, de la Russie de 3,1 % et dans les pays « à faible revenu » de 1,2 %.

Bien qu’une certaine reprise soit attendue en 2021, les États-Unis et l’Europe connaîtront une faible croissance dans les années à venir, ce qui entraînera une augmentation des inégalités et de la pauvreté. Cela est d’autant plus vrai que la réduction des marges bénéficiaires conduira les capitalistes et les gouvernements à accroître la pression sur l’emploi et les salaires et à mettre en œuvre des politiques d’austérité.

7.2. Augmentation des inégalités et de la pauvreté. Les crises sanitaire et économique entraîneront une extrême pauvreté (qui est située à moins de 1,9 $ de revenu par jour). Selon la Banque mondiale, cela concernera 150 millions de personnes supplémentaires en 2021 (qui rejoindront les 2,8 milliards qui sont déjà dans la pauvreté, soit 36 % de la population mondiale). Sur les 2 milliards de travailleurs du secteur informel, 80 % ont été gravement touchés par la pandémie.

Alors que les pays les plus riches stockent des vaccins pour leurs populations — et refusent d’assouplir les règles de protection de la propriété intellectuelle des sociétés pharmaceutiques pour ces vaccins développés grâce à un financement public massif — de nombreux pays du Sud n’auront pas un accès généralisé aux vaccins avant 2022, selon les estimations de la People’s Vaccine Alliance.

Ainsi, la pandémie met en évidence avec une grande violence les inégalités d’accès aux services de santé, aux médicaments, à l’eau, à la nourriture et à un logement convenable. Les populations les plus touchées par le virus et le confinement total ou partiel sont celles qui vivent dans les conditions les plus précaires (dans des zones où l’accès à la santé publique est rare ou inexistant) et celles qui sont souvent porteuses de facteurs de comorbidité, de mauvaise santé et de malnutrition. Ce sont souvent les mêmes populations qui ont déjà subi des pertes d’emplois et de ressources.

Dans la plupart des pays, la violence de la pandémie Covid-19 est le résultat d’années de réduction des financements des systèmes de santé et de protection sociale. La pandémie a généralement exacerbé la violence de la société capitaliste, la discrimination, la violence contre les femmes, la violence raciste, les conditions de vie précaires, la dégradation et l’insuffisance des transports et des logements ainsi que l’insécurité alimentaire.

7.3. Dette publique croissante et politiques des banques centrales. Les principales banques centrales (Fed, BCE, Banque d’Angleterre, Banque du Japon et Banque de Chine) ont réagi de la même manière. Elles ont injecté des milliers de milliards de dollars et d’euros dans l’économie pour soutenir le prix des actifs financiers (actions et obligations publiques ou privées) et pour éviter les faillites et les pertes massives pour les 1 % les plus riches, dans une mesure jamais vue auparavant dans l’histoire du capitalisme et dépassant de loin ce qu’elles ont fait après 2008.

Tous les gouvernements ont temporairement abandonné les objectifs de réduction du déficit budgétaire. Cependant, jusqu’à présent, aucune mesure n’a été prise pour taxer les plus hauts revenus et fortunes, aucune taxe exceptionnelle n’a été appliquée aux entreprises qui ont profité de la crise (Big Pharma, Amazon, Google…).

L’énorme augmentation de la dette publique sera utilisée dans les années à venir pour justifier la poursuite des réformes néolibérales des systèmes de protection sociale, du code du travail, les privatisations et les attaques contre les services publics. Il est essentiel de contester l’utilisation de la dette publique au profit des grandes entreprises et d’exiger l’annulation des dettes publiques illégitimes, en commençant par la suspension des paiements.

7.4. Prétexte à l’autoritarisme d’État. De nombreux pays ont vu en 2020 la mise en place de mesures autoritaires, états d’urgence, couvre-feux, restrictions des déplacements, sans oublier les grandes « avancées » dans le contrôle de la population grâce aux nouvelles technologies. Des dizaines de gouvernements ont utilisé le maximum de mesures d’urgence prises au nom des risques sanitaires. En particulier, la pandémie a été l’occasion pour les plus réactionnaires d’entre eux de renforcer leur emprise sur tous les mécanismes institutionnels en donnant aux gouvernements et aux présidents des pouvoirs exceptionnels, leur permettant d’ossifier davantage les prérogatives des pouvoirs législatif et judiciaire et surtout de limiter davantage encore les pouvoirs civils et les libertés.

Ces mesures ont coïncidé avec le maintien de nombreux gouvernements autoritaires – au Brésil, en Inde, aux Philippines, en Pologne, en Turquie, en Égypte et en Israël, entre autres – avec toutes les différences dans le degré de progression de l’extrême droite dans les régimes des différents États.

Aux Philippines, la lutte contre la pandémie a accru la pression de la police et de l’armée, avec l’ordre de Duterte de « tirer pour tuer » ceux qui ne respectent pas le confinement, attaquant la liberté de la presse et menaçant de réintroduire la loi martiale. De nombreux pays ont profité du contexte de la pandémie pour renforcer un arsenal législatif qui limite les droits démocratiques et les libertés individuelles. Comme Duterte, Viktor Orban en a profité pour faire voter une loi lui donnant les pleins pouvoirs et a aussi attaqué les droits de la presse. Au Myanmar, l’armée birmane a organisé le 1er février 2021 un putsch pour renforcer son pouvoir, un « coup d’État préventif » dans une situation politique devenue incontrôlable. Face à une résistance populaire extraordinaire, l’armée a systématiquement utilisé des armes à feu et tué plus de 500 manifestants en deux mois.

En Pologne, le gouvernement a pris le contrôle direct de la première chaîne d’information. Poutine a amendé la Constitution pour pouvoir rester président jusqu’en 2036. Partout dans le monde, dans des dizaines de pays, des lois d’urgence sur la presse ont servi de point d’appui pour freiner les critiques sur la gestion de la pandémie, avec des centaines de journalistes poursuivis ou emprisonnés. De nombreux gouvernements prétendument démocratiques ont suivi la même voie sécuritaire, ajoutant de nouvelles dispositions non démocratiques à celles adoptées au nom de la lutte contre le terrorisme ou le trafic de drogue.

8. Pandémies et changement climatique : vers de nouvelles catastrophes sociales

Le Covid-19, comme d’autres virus antérieurs, est une zoonose. Il est à prévoir que les causes qui ont provoqué le passage de ce virus à l’homme auront des conséquences identiques dans les années à venir. De plus, les effets du changement climatique se multiplieront les prochaines années, avec des résultats catastrophiques pour de nombreuses populations.

Entre 1980 et 2000, 100 millions d’hectares de forêt ont été détruits en Amérique latine, en Afrique et en Asie. Les zones humides, déjà en forte baisse depuis le début du XXe siècle, ont été réduites de 35 % entre 1970 et 2015, alors que plus d’un milliard de personnes en dépendent pour leur subsistance. Ces changements font migrer des espèces animales sauvages porteuses d’agents pathogènes précédemment isolés de l’homme – elles entrent en contact avec les populations rurales, conduisant au développement de zoonoses.

Au-delà des dommages causés par la déforestation, le changement climatique modifie notre environnement naturel en raison du manque d’eau et des événements météorologiques extrêmes et en perturbant les écosystèmes. Il favorisera ainsi l’émergence de nouvelles épidémies, en lien avec l’augmentation des flux de déplacements humains et commerciaux et les changements d’usage des sols. Les moustiques porteurs d’agents pathogènes se déplacent vers des régions autrefois tempérées. Il en va de même pour les tiques porteuses de la maladie de Lyme. 70 % du pergélisol pourrait disparaître d’ici 2100. En plus de la libération massive de méthane, cette fonte permet aux virus et aux bactéries d’émerger des matières végétales et animales précédemment enfouies.

La mondialisation multiplie les risques de catastrophes écologiques, de zoonoses et leur propagation rapide à l’échelle mondiale, et il est confirmé que les conditions de vie et de logement des classes populaires, les politiques de fortes coupes dans les budgets sociaux aggraveront les risques épidémiques pour ces classes et tous les secteurs socialement vulnérables, tels que les paysans, les immigrés, les populations racisées, les peuples autochtones.

Tout cela souligne la nécessité de renforcer et de construire des mouvements sociaux et des mobilisations de résistance et de défense des conditions de vie des classes ouvrières et des opprimés, ainsi que les luttes contre l’injustice sociale et les discriminations car, encore une fois, les classes populaires sont les premières victimes de ces nouvelles pandémies.

9. Les résistances n’ont pas cessé

L’année 2019 avait été marquée par des soulèvements massifs dans diverses régions du monde, notamment en Afrique (Soudan, Algérie et Libye contre les régimes dictatoriaux), au Moyen-Orient (comme le Liban, l’Irak et l’Iran), en Amérique centrale et du Sud (Porto Rico, Honduras, Costa Rica, Panama, Haïti, Équateur, Chili, Colombie et Bolivie), mais aussi dans des pays asiatiques comme l’Indonésie et le Kazakhstan et même la petite Malte en Europe. Selon le site alternatif Mediapart, il y a eu des mobilisations dans 32 pays cette année-là. En général, il s’agissait d’explosions pour des raisons économiques et démocratiques [2].

Si on y ajoute les protestations des mouvements de femmes en Amérique latine et en Europe et la mobilisation mondialisée de la jeunesse autour des changements climatiques, ainsi que la résistance démocratique à Hong Kong et les luttes sociales en France, on a probablement une des périodes de mobilisations les plus grandes et les plus populaires depuis 1968. Les mobilisations indiquaient déjà l’émergence d’un contrepoint progressiste au scénario mondial post-2016, lorsque les projets de droite commençaient à se multiplier et à s’étendre en raison des victoires du Brexit et de Trump. En 2019, de puissants mouvements anti-néolibéraux ont commencé à émerger et à combiner luttes démocratiques et anti-autoritaires, mettant parfois en échec les régimes tyranniques.

À cette vague de résistance, la pandémie a imposé une pause relative. Mais en même temps, la pandémie a mis en évidence les conséquences désastreuses de la mondialisation capitaliste, la déforestation, le bilan désastreux des politiques sociales, les impasses des gouvernements qui favorisent le profit capitaliste plutôt que le bien-être du peuple. La pandémie a également mis en lumière la précarité vécue par une grande partie de la population mondiale qui souffre d’inégalités sociales et de discriminations, principalement des femmes et des travailleur·e·s racisés.

Ainsi, les luttes qui ont émergé pendant la pandémie – au-delà des questions spécifiques telles que la sécurité des conditions de travail, les violences policières, l’augmentation des ressources pour les services de santé ou le droit à l’avortement – avaient également comme dénominateur commun les revendications démocratiques et antiracistes, le rejet des régimes corrompus et le refus de la limitation des droits sociaux – comme une continuité de la vague qui avait commencé auparavant. Dans cette nouvelle étape, nous devons souligner :

  • Les luttes professionnelles des travailleurs essentiels, notamment dans les secteurs de la santé et de l’éducation, pour protester contre leurs conditions de travail dangereuses, se sont développées à partir de la première vague de mars-avril 2020. La précarité de certains secteurs (dans le commerce et la distribution) a également conduit à des grèves, comme dans les entrepôts d’Amazon et de nombreuses usines alimentaires aux États-Unis.
  • Malgré la pandémie croissante, le 8 mars 2020 il y a eu des mobilisations massives de femmes autour de problèmes qui avaient déjà été soulevés ces dernières années, notamment la violence masculine (féminicide, abus et harcèlement de toute sorte), mise en évidence lors des confinements. Les groupes féministes se sont mobilisés pour soutenir les secteurs fortement féminisés des travailleur·e·s clés en lutte et en solidarité avec les mouvements de violence antiraciste et anti-police, dans lesquels les femmes ont également joué un rôle de premier plan. Le mouvement en Pologne contre les restrictions au droit à l’avortement s’est transformé en un défi au système politique basé sur le compromis entre les partisans du gouvernement et l’Église catholique, et pour un régime démocratique. À la fin de l’année, le mouvement en Argentine s’est à nouveau mobilisé pour soutenir les mesures parlementaires visant à légaliser l’avortement. En Namibie, des manifestations contre la violence sexiste et le féminicide ont pris les rues en octobre.
  • Alors que les restrictions mises en place lors de la « première vague » du covid-19 commençaient à être levées, l’explosion du mouvement Black Lives Matter aux États-Unis s’est répercutée dans les manifestations contre le racisme et la violence policière à travers le monde. Le mouvement pour les droits des migrants contre les violences policières puis contre les nouvelles lois répressives s’est installé en France.
  • Au troisième trimestre, un large mouvement démocratique a émergé en Thaïlande pour défier la monarchie. En Biélorussie, un mouvement de masse s’est développé qui a contesté la réélection non démocratique du président autoritaire Loukachenko.
  • Différentes vagues de mobilisation ont traversé l’Inde : contre les politiques néolibérales et racistes du gouvernement Modi, notamment autour de l’amendement de la loi sur la citoyenneté, une grève générale le 26 novembre et une énorme mobilisation d’agriculteurs secouant le nord de l’Inde et Delhi, la capitale nationale. Le mouvement s’est prolongé pendant des mois et a abouti à une victoire partielle en février 2021.
  • En Grèce, la gauche a réussi à organiser une énorme manifestation antifasciste le 7 octobre 2020, qui a abouti à la condamnation du parti néonazi Aube dorée comme organisation criminelle. De grandes mobilisations unitaires avec une forte participation de la jeunesse ont également eu lieu en février-mars 2021 contre la répression.
  • À Maurice, il y a eu une mobilisation populaire contre la pollution et pour protéger la biodiversité suite au naufrage d’un pétrolier au large des côtes.
  • Malgré une répression spécifique, le mouvement pro-démocratie de Hong Kong s’est poursuivi tout au long de 2020, tout comme le mouvement au Liban contre les politiques gouvernementales. En juillet, au Mali, des mobilisations de masse ont réussi à provoquer la chute du président néolibéral. En Tanzanie, en Guinée et en Côte d’Ivoire, il y a eu une mobilisation populaire contre la fraude électorale.
  • Au Nigeria une large mobilisation populaire a eu lieu contre les violences policières en octobre dans le mouvement #StopSARS, qui est principalement mené par des jeunes, ainsi que les manifestations de jeunes en Angola contre le chômage, la corruption et les injustices sociales, et le mouvement en Irak où, depuis début octobre 2019, un mouvement de jeunesse interurbain non confessionnel, indépendamment des affiliations partisanes et miliciennes, a présenté des revendications de nature politique (dénonçant la corruption dans la classe dirigeante) et des réformes sociales (pour la justice sociale et contre la pauvreté) et contre la présence de forces étrangères (Iran et États-Unis). En Hongrie, il y a eu une mobilisation étudiante contre la privatisation de l’enseignement supérieur.
  • En Amérique latine, les grandes luttes vécues en 2019 et en 2020 ont conduit à d’importantes victoires électorales. Au Chili, le mouvement anti-réforme d’octobre-novembre 2019, dirigé par des femmes organisées, a remporté une victoire historique lors du plébiscite pour une nouvelle Constitution un an plus tard. Les paysans et les travailleurs boliviens ont résisté durement, avec de nombreux morts, aux manœuvres répressives du gouvernement putschiste d’Añez et ont rendu le pouvoir au MAS, lors des élections d’octobre 2020 – après un profond soulèvement populaire trois mois auparavant pour éviter de nouveaux reports de la consultation électorale. À Porto Rico, un nouveau mouvement politique – le Mouvement pour la victoire des citoyens (MVC) issu des manifestations démocratiques de 2019 – a fortement émergé lors des élections d’octobre. Au Pérou, en novembre, de grandes mobilisations de jeunes contre le système politique actuel ont exigé le départ d’un dirigeant putschiste et des changements dans la Constitution néolibérale. Au Guatemala, un soulèvement populaire a rejeté le projet de budget pour 2021 et a exigé la démission du président. Même dans les pays les moins avancés du processus, comme la Colombie, il y a eu des mobilisations (une grève générale avec le soutien des paysans) et des victoires (comme la prison pour Uribe), avec des possibilités de recomposition de la gauche et de l’opposition à l’uribisme.
  • En Birmanie (Myanmar), le peuple en résistance affronte avec un courage extraordinaire la répression sanglante organisée par l’armée depuis début février 2021. Des secteurs de la classe ouvrière industrielle y participent activement, notamment dans les entreprises chinoises, alors que le gouvernement chinois soutient les militaires putschistes.

10. Les grands défis pour les nouveaux mouvements des travailleurs et des peuples

De nombreux gouvernements ont dû abandonner temporairement les dogmes du néolibéralisme, et les interventions étatiques ont partiellement éclipsé la « main libre du marché » dans la gestion des urgences sanitaires. Le rôle indispensable dans la société des travailleur·e·s a été mis en évidence, et en particulier de celles et ceux « de première ligne », dans les services de santé et sociaux, les transports, la logistique, l’alimentation, l’éducation. Cette prise en compte des enjeux économiques et sociaux, mais aussi de la solidarité collective exprimée dans les quartiers ouvriers, renforce l’idée que le monde d’après le Covid-19 ne doit pas ressembler au précédent. Que la vie, la santé, le logement, les besoins fondamentaux de la population doivent guider la vie en société et organiser l’économie, contrairement à un système où les intérêts des capitalistes priment sur le reste.

Il y a eu aussi de fortes revendications démocratiques, le désir pour les classes ouvrières de ne pas souffrir de la pandémie et des décisions de l’État, mais de s’organiser pour gérer la situation sur les lieux de travail, dans les quartiers et les localités. Il y a également eu un rejet fréquent de la violence policière, de la censure de la presse, de la discrimination raciale et xénophobe, de la violence sexiste multipliée par les confinements.

Ainsi, objectivement, la pandémie a créé un dénominateur commun des mobilisations sociales : le capitalisme et toutes les conséquences de ce système lorsque le monde est confronté à une pandémie. Cependant, les changements politiques dans la plupart des pays ne reflètent pas une plus grande disposition des gouvernements à contester les dogmes néolibéraux.

Nous, révolutionnaires, devons redoubler d’efforts pour prendre des initiatives visant à la convergence des luttes (dans tout type d’unité d’action et même de larges fronts à des fins ponctuelles) ; encourager l’auto-organisation par la base – ouvrière, populaire, féministe, antiraciste, environnementaliste, communautaire – et tous les organes transversaux possibles ; convaincre les mouvements de l’importance de la solidarité internationale et de l’organisation pour être plus fort·e·s ; encourager l’unité programmatique la plus large des forces antisystémiques ; élaborer avec les mouvements porteurs de luttes démocratiques, écologiques, sociales et sectorielles affrontant de plus en plus le capitalisme et ses gouvernements, afin de convaincre ainsi les gens de la nécessité d’une rupture radicale avec le système capitaliste raciste, patriarcal et prédateur.

Il y a deux dangers majeurs pour les mouvements populaires :

  1. L’avancée des théories du complot, qui favorisent la passivité sociale, détournent les revendications anticapitalistes et favorisent la voie vers l’extrême droite ;
  2. L’application par les gouvernements et les capitalistes de la « stratégie du choc » sur la base du Covid-19, non seulement avec la mise en œuvre durable de solutions autoritaires et la suppression des libertés démocratiques, mais aussi avec des réformes ultralibérales.

Tout cela renforce la nécessité de prendre l’offensive, en s’appuyant sur les mouvements sociaux de ces derniers mois, pour coordonner les acteurs et les dirigeants de ces mouvements, afin de faire avancer les réponses d’urgence anticapitalistes, qui couvrent toutes les urgences, sociales, démocratiques, féministes, environnementales, et les combats antiracistes et anti-discriminations. Dans le même mouvement, ce contexte renforce la nécessité pour les forces sociales et politiques luttant pour la transformation révolutionnaire de la société de construire des fronts communs, des convergences qui promeuvent clairement une alternative socialiste et révolutionnaire.

Le niveau extrême de la crise multidimensionnelle du capitalisme justifie plus que jamais la nécessité de l’expropriation des capitalistes, à commencer par les secteurs suivants : la santé (y compris Big Pharma), l’énergie, la finance et l’agriculture. La crise remet à l’ordre du jour la nécessité d’une planification socialiste contrôlée par les citoyen·e·s. La crise de la légitimité de la gouvernance oblige également à souligner la nécessité d’ouvrir des processus constituants pour changer radicalement la structure politique et juridique de la société.

11. Face à la crise multidimensionnelle du système capitaliste mondialisé, reconstruire une gauche révolutionnaire internationaliste, féministe et écosocialiste

Les protestations sociales de ces deux dernières années ont montré, par leur niveau de radicalisation et de politisation, une volonté de défier l’ordre établi. La forte participation des jeunes, de populations racisées, la présence marquée des jeunes femmes qui exercent un rôle de leadership dans les mobilisations, prouvent que les nouvelles générations fournissent une source considérable de radicalité, de diversité, de dynamisme et de renouvellement des structures des mouvements.

Cependant, plus les luttes sont importantes et étendues, plus l’écart est grand entre le dynamisme de ces mobilisations et la faiblesse des réponses politiques alternatives. Les multiples luttes de masse des dernières années n’ont pas vu l’émergence ou la consolidation à une large échelle de nouvelles forces anticapitalistes organisées, et n’ont pas encore débouché sur la création de nouveaux outils politiques capables de renforcer ces mouvements.

L’élément manquant aujourd’hui est l’émergence d’une alternative incarnant une authentique radicalité et jouant un rôle politique analogue à celle qui s’est affirmée à la fin du XIXe et au début du XXe siècle – enrichie par les expériences accumulées et par les grandes luttes d’émancipation et de justice environnementale à l’œuvre aujourd’hui.

Pour cela sont nécessaires des initiatives pour faire progresser la conscience de classe et pour construire des fronts politiques édifiés à partir de l’ensemble des luttes sociales contre toutes les formes d’exploitation et d’oppression, capables de battre en brèche les politiques néolibérales, combattre l’extrême droite et déborder la gauche institutionnelle.

Comme élément positif pour progresser dans cette direction, il faut souligner le niveau élevé de conflictivité sociale qui s’accumule dans la cocotte-minute des multiples restrictions de mouvements et de libertés appliquées face à la pandémie du coronavirus par les gouvernements dans un grand nombre de pays. L’action politique doit s’adapter au nouveau scénario.

La contribution de notre Internationale à l’émergence d’une telle alternative radicale se fera de manière pluraliste, démocratique et en insertion dans les luttes articulées aux différents échelons territoriaux. Il s’agira de faire émerger une « dynamique transitoire » basée sur des mobilisations concernant des enjeux fondamentaux – du niveau local au niveau planétaire en passant par le niveau national. Il s’agit de favoriser l’auto-organisation de masse afin de défendre les acquis et de conquérir de nouveaux droits sociaux et environnementaux, contre tous les rapports de domination et les institutions qui les perpétuent. Chaque lutte partielle, si elle n’est pas détournée vers une acceptation « réaliste » des injustices, pourra donner confiance, stimuler l’imagination, contribuer à transformer les rapports de force à tous les niveaux.

En tant que IVe Internationale, nous prenons des initiatives pour débattre et élaborer les réponses programmatiques aux défis de la phase actuelle de la crise systémique du système capitaliste avec tous les protagonistes actifs dans ces luttes. Cela devrait nous permettre à la fois de solidifier nos propres propositions et de favoriser les confluences nécessaires pour avancer dans une perspective révolutionnaire.

Notes

[1« La Squad » est le nom informel d’un groupe de quatre femmes élues aux élections de 2018 à la Chambre des représentants des États-Unis, composé d’Alexandria Ocasio-Cortez de New York, Ilhan Omar du Minnesota, Ayanna Pressley du Massachusetts et Rashida Tlaib du Michigan. Toutes sont des femmes de couleur de moins de 50 ans qui sont dans l’aile gauche du Parti démocrate.

[2Donatien Huet, « L’atlas planétaire des colères populaires », Mediapart.fr, 24 novembre 2019.