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Toulouse. Frédéric Borras, LCR : « Qu’a fait le PS contre la fracture sociale ? »

mardi 14 avril 2009, par BORRAS Frédéric

Pendant la guerre civile espagnole, son grand-père maternel, Primo Junca, était un milicien du POUM, le Parti ouvrier d’unification marxiste, un mouvement d’inspiration trotskiste qui fut décimé par les staliniens, en mai 1937 à Barcelone. Epargné par la répression, Primo Junca a fini la guerre civile dans l’armée régulière espagnole et, comme des centaines de milliers d’autres pourchassés par les franquistes, il a passé la frontière française en mars 1939 pour s’en aller croupir au camp de Saint-Cyprien... L’histoire de son grand-père guérillero, Frédéric Borras, 36 ans, ne l’a découverte que sur le tard, à ceci près que toute la famille penchait à gauche, que ce soit son père, monteur électricien, socialiste et cégétiste, ou sa mère, institutrice « en première ligne en mai 68 ».

À 15 ans, « jeune lycéen révolté contre Giscard et la droite », Frédéric prend la carte des Jeunesses socialistes et dans la foulée celle du PS, section de Villeneuve- Tolosane. Pourquoi pas celle du Parti communiste ? « A la maison, on parlait beaucoup politique. On m’avait raconté le rôle du PC en Espagne et décrit le régime des pays de l’Est. Pour moi, le PC représentait Moscou en France. Seul le PS me semblait crédible pour changer la société. Je me suis lancé dans la bataille, j’ai collé des affiches pour Mitterrand. C’était l’espoir. Mais j’ai démissionné en 1982, quand Mauroy a décrété une pause dans les réformes. C’est le début des promesses non tenues. Ce qui m’a achevé complètement, c’est le discours de Delors à la télé... »

« La guerre entre pauvres »

Ce sera donc la Ligue communiste révolutionnaire, le parti d’Alain Krivine, puis un poste d’instituteur remplaçant au Mirail, en ZIL : zone d’intervention localisée. « Un choix. J’ai vécu quinze ans dans ce quartier. Bien sûr, j’ai vu des enseignants insultés, menacés, parfois frappés, mais c’est rare... Il y a des rodéos, des vols, des violences. Mais dans tout ça, il y a un côté guerre des pauvres. La solution, ce n’est pas le saupoudrage municipal des associations ou le côté assistante sociale de Françoise de Veyrinas. La fracture sociale existe bel et bien. Je suis d’accord à quatre-vingt dix pour cent avec le bouquin de Simon et Fontvielle. À ceci près qu’il y manque la réponse à cette question : qu’ont fait les socialistes pour empêcher ça ? »

Des cités définitivement condamnées à la ghettoïsation et au refus d’intégration ? « Non, tout n’est pas noir. J’ai vu des gens intelligents qui s’en sont sortis. Mais pour s’intégrer il faut en avoir les moyens ».

René Grando

Interview : « Ma première décision ? Réquisition »

  • Comment appréciez-vous la constitution d’une « liste Zebda » à Toulouse, avec des militants associatifs proches de vos idées et dont le résultat pourrait affaiblir le score de la LCR ?

On ne raisonne pas en termes de résultat, mais par rapport à l’efficacité des idées que nous défendons. Les Zebda et nous, on se connaît bien pour avoir lancé ensemble Motivés, seul disque auto-produit qui a obtenu un disque d’or. En 1995, Magyd et Salah, de Zebda, étaient sur la liste Verts-LCR conduite par Marie- Françoise Mendez. Depuis six mois, nous avons proposé de constituer une liste de gauche hors des partis au pouvoir. A la Ligue, on trouve que l’annonce politique de TaktiKollectif renforce ce que nous disons. D’ailleurs, les passerelles ne sont pas totalement rompues. Si leur projet politique se précise dans le bon sens, à la gauche de la gauche, nous pensons qu’une fusion des deux listes reste encore possible.

  • L’extrême-gauche part en ordre dispersé dans la bataille municipale. Pourquoi le parti de Krivine (LCR) et celui d’Arlette Laguiller (Lutte ouvrière) ne sont-ils pas parvenus à un accord ?

Nous avons déjà proposé à Lutte ouvrière et TaktiKollectif (Zebda) de faire liste commune. Les Zebda ont exclu d’entrée un accord avec Lutte ouvrière, qu’ils jugent repliée sur elle-même, trop sectaire. Les militants de Lutte ouvrière ont eux aussi du mal à admettre cette ouverture, ils sont méfiants. LO a un seul objectif : exprimer sa défiance du pouvoir. A la Ligue, nous estimons qu’il faut être prêts à assumer des mandats électifs, mais pas à n’importe quel prix. D’autre part, Lutte ouvrière exclut toute forme d’alliance ou de désistement au deuxième tour, ce n’est pas notre position.

  • Quelle serait votre première décision si vous étiez élu maire de Toulouse ?

Je me laisserais bien tenter par la remise en vigueur de la vieille loi de réquisition des logements vides au profit de ceux qui sont obligés de coucher dehors.

  • Quelles propositions concrètes faites-vous pour résoudre les problèmes d’exclusion, de chômage et de délinquance dans les cités sensibles toulousains ?

L’inégalité sociale est la racine fondamentale de la crise de ces quartiers où l’on a entassé de la misère au même endroit. J’ai vécu quinze ans au Mirail, place Abal. Il y a dans certains immeubles jusqu’à 60% de chômeurs. Il faut arrêter de mégoter, augmenter les minimas sociaux, embaucher dans les services publics en donnant l’exemple au privé, réduire le temps de travail sans flexibilité ni baisse de salaire, interdire les licenciements et, dans les zones franches notamment, pratiquer une politique pénale impitoyable contre les discriminations à l’embauche.
Il faut aussi de la police, mais la brutalité des CRS n’est pas la réponse la plus adaptée.

  • Comment allez-vous financer votre campagne et quel sera votre budget à Toulouse ?

La LCR a lancé une souscription nationale auprès des militants et sympathisants, pour collecter un million de francs. Le budget de campagne pour Toulouse devrait être d’environ cent mille francs.

Les dix points forts du programme

  1. Réinstaurer le contrôle public de la distribution de l’eau concédée à la CGE-Vivendi
  2. Mise en place d’un budget participatif associant les citoyens des quartiers à la prise de décision.
  3. Dans le domaine des transports publics, développement du tramway en plus du métro. Baisse du prix du ticket et carte orange à bas prix.
  4. Réquisition des logements vides pour les plus démunis.
  5. Réforme de la taxe d’habitation et de la taxe professionnelle basée sur le niveau des salaires. Augmentation de la taxe professionnelle.
  6. Aide à la vie associative. Financement de véritables maisons de quartier. Soutien aux organisations de défense des homosexuels.
  7. Développement d’une vie culturelle pour les plus démunis.
  8. Soutien au collectif Ginestous 2000 et ouverture d’une enquête d’utilité publique.
  9. Développement des pistes cyclables. Piétonnisation du centre-ville.
  10. Augmenter les moyens des écoles dans les quartiers défavorisés. Développement des services publics municipaux.
  11. Contre la fermeture de l’hôpital Purpan.

Interview recueillie par Jean-Marie Decorse et René Grando.

La Dépêche du Midi, 4 octobre 2000. URL : https://www.ladepeche.fr/article/20...