« Joyeux Noël dans la rue »...

, par FANGO Clarisse

« Joyeux Noël dans la rue ! », c’est avec ce slogan que la jeunesse grecque défie le gouvernement de Karamanlis qui espère que les vacances de Noël fassent retomber le mouvement de révolte qui enflamme le pays depuis plus de deux semaines.
Mais face à la mobilisation massive des jeunes qui progressivement s’organise, se coordonne, avec plus de 700 lycées et collèges et une centaine d’universités occupées à la veille des vacances et des manifestations quotidiennes, il est pour l’instant incapable de contenir la révolte, de ramener « l’ordre public » malgré une répression très dure.
Le meurtre d’un adolescent de 15 ans, froidement abattu par la police le 6 décembre à Athènes, a mis le feu aux poudres, catalysant l’indignation et la colère d’une génération que le système capitaliste, aujourd’hui en crise, prive de toute perspective d’avenir. La « génération à 600 euros », celle des boulots mal payés et du chômage de masse, se dresse contre l’ordre policier, la marchandisation de l’Education, les restrictions budgétaires, les privatisations, la dégradation générale du niveau de vie, orchestrés par un gouvernement discrédité par les scandales et la corruption et qui s’attache à sauver les privilèges de la bourgeoisie sur le dos des classes populaires. Sans illusion sur le parlementarisme et l’alternance, elle n’attend rien de la gauche libérale grecque qui n’a d’autre réponse à la révolte que d’appeler à de nouvelles élections avec les mêmes objectifs que l’équipe au pouvoir : ramener la paix sociale.
Dans son refus de se résigner, de se soumettre à la logique de la rentabilité et du profit, la jeunesse grecque rencontre le soutien et la solidarité des travailleurs et de la population et ouvre la voie d’un mouvement de contestation sociale et politique global. C’est ce qu’on a pu mesurer avec la participation massive des travailleurs, tous secteurs confondus, à la journée de grève du 10 décembre.
« Des cadeaux pour les banques, mais des balles contre la jeunesse : l’heure est venue de prendre nos affaires en main ! ». Prendre nos affaires en main, refuser de payer la facture de la crise économique, contester la domination de la finance, oser s’attaquer au fondement même de la crise qu’est la propriété capitaliste et financière, pour imposer notre propre plan de sauvetage, là est l’enjeu d’une mobilisation générale du monde du travail et de la jeunesse.
Dans cette perspective, l’intervention de la jeune génération est un facteur décisif.
Partout en Europe, le mouvement de politisation d’une large fraction de la jeunesse, scolarisée comme salariée et précaire, qui s’est nourrie de toutes les expériences de luttes de ces dernières années, s’approfondi. Le désaveu flagrant de la propagande libérale par la faillite du système lui-même accélère les maturations politiques.
De nombreux jeunes travailleurs, intellectuels aussi, sont amenés à chercher des réponses dans lesquelles leur révolte puisse trouver sa mesure, à transformer leurs aspirations en perspectives pour leur avenir, l’avenir de la société, et entraînent avec eux la génération de leurs aînés menacés de perdre leur emploi, leur statut, leur logement...
Sarkozy, comme l’ensemble des dirigeants en Europe, prend peur. Il craint une contagion de la révolte de la jeunesse grecque à la jeunesse française traversée par les mêmes évolutions, porteuse d’une même colère. C’est ce qui explique son recul et l’annonce par Darcos du report puis d’une « reprise à zéro » de sa réforme face à la mobilisation montante des lycéens au côté des enseignants et des parents et le risque que les mécontentements convergent dans la lutte. C’est un aveu de faiblesse du pouvoir qui craint plus la rue qu’il ne veut le montrer. Mais la manœuvre n’a dupé personne. La veille des vacances, la mobilisation s’est au contraire amplifiée. Déstabilisé, Sarkozy a des difficultés à faire passer la suite de ses réformes comme celle sur le travail du dimanche. Une brèche est ouverte. La possibilité de stopper l’offensive du gouvernement et du patronat, de renverser le rapport de force, est d’actualité, encouragé par cette première victoire. Les lycéens montrent la voie. La lutte n’est pas finie. La reprise de la mobilisation annoncée dès le 8 janvier dessine une nouvelle séquence de lutte commune avec les enseignants et les parents contre la casse de l’Education, la suppression des milliers de poste de prof et des RASED. Dans ce contexte, la journée de grève intersyndicale et interprofessionnelle du 29, première échéance de lutte face à la crise, première occasion pour le monde du travail de répondre aux plans de sauvetage des banques, au chômage technique, aux licenciements en chaîne, prend une autre tournure, pose la question de la convergence des luttes. La jeunesse mobilisée est un des vecteurs de cette convergence, comme l’est la mobilisation des enseignants du primaire et des parents d’élèves pour la défense de l’école, comme doit le devenir la lutte contre les licenciements, le chômage et la précarité ou celle pour les salaires.
La mobilisation de la jeunesse comme toutes celles qui ont eu lieu ces dernières semaines contribuent à créer les conditions d’un mouvement d’ensemble, d’une grève générale politique. Les rendez-vous fixés pour le début de 2009 et en particulier la journée du 29 à laquelle appellent toutes les organisations syndicales, sont autant d’étapes vers cette grève générale nécessaire pour changer le rapport de force. Autant d’étapes pour que les travailleurs et la jeunesse reprennent confiance en eux, retrouvent le chemin de l’organisation, de l’action politique collective en toute indépendance des partis institutionnels. C’est la seule réponse progressiste et démocratique à la crise dans laquelle les classes capitalistes plongent le monde.
La semaine dernière, Sarkozy, lucide face à la crise politique qui se développe, s’inquiétait : « Il ne faudrait pas qu’on ait un mai 68 européen en plein Noël ! ». Mais c’est bien plus qu’un nouveau mai 68 qui est en germe, c’est le renouveau des luttes de classe en rupture avec un système capitaliste en faillite, la renaissance d’un mouvement ouvrier révolutionnaire. Le basculement que connaît le monde avec la crise mondiale et globale les rend plus que jamais nécessaires mais aussi et surtout possible et urgente.
La jeunesse est un facteur essentiel de cette renaissance. Elle a, une nouvelle fois, répondu présente. L’enjeu de l’année qui s’annonce sera de l’aider à prendre sa place dans la construction de l’instrument nécessaire à ses luttes comme à celles de l’ensemble du monde du travail, un parti anticapitaliste, un parti des travailleurs qui, par delà les frontières, portent la perspective de l’émancipation de tous les opprimés. Dans cette bataille, la préparation du congrès de fondation du NPA sera une date important, un moment pour unir les forces qui veulent agir dans ce sens.
La fin de l’année 2008 nous donne bien des raisons d’espérer. Alors, bonne fin d’année à toutes et tous et, par avance, tous nos vœux pour que 2009 voit fructifier les germes semés...