Travailler moins en gagnant plus

, par Roger

Travailler plus pour gagner plus. Formule d’un apparent bon sens. Mais accompagnée d’éxonérations diverses.

Il faudrait d’abord penser à ceux qui n’ont pas d’emploi.

Pour ceux qui en ont un, cela veut dire « travailler plus pour que le patronat gagne plus ». Pour qu’il puisse conserver une part encore plus importante de richesses, donc augmenter ses profits, par la part de cotisations sociales (la sienne, qu’en est il du précompte ?) qui ne sera pas payée aux organismes sociaux, au détriment du pouvoir d’achat des salariés, car les prix des richesses ainsi produites ne seront pas diminués, malgré un moindre coût de production.

Si la liberté et la démocratie sociale existaient, dans une société de plein emploi, de partage du travail et d’une autre utilisation des richesses, les salariés décideraient seuls de leur rémunération, directe et indirecte ou mutualisée, et donc de l’utilisation des gains de leur productivité (voir le financement des retraites par exemple). Leur salaire correspondrait alors à la valeur de leur travail. C’est à l’opposé de ce qui se prépare.

Travailler plus pour gagner plus est impossible et contraire à la réalité,

  1. La philosophie patronale est déja d’augmenter le temps de travail, sans le payer. Personne ne pose la question de savoir avec quel argent supplémentaire il est possible d’acheter le surcroît de richesses produites !
  2. car il faudrait qu’un grand nombre de salariés (ou tous) soient présents dans le même temps, ce qui n’est pas dit, ou alors il s’agira d’une contrainte collective imposée par la loi, donc par le politique, qui touchera 22 millions de salariés (publics et privés) qui n’auront pas le choix ni le droit de refuser (bonjour la qualité de la vie),
  3. car il faudrait que les débouchés et les besoins supplémentaires soient illimités ; or la surconsommation est déjà atteinte pour beaucoup (quand votre estomac est plein...)
  4. et c’est à l’opposé du bon sens, du moindre prélèvement sur la nature, du respect de l’environnement, de l’idée de décroissance. Avec le temps de travail déjà effectué aujourd’hui (environ 40 milliards d’heures par an, partagées entre salariés et non-salariés), dont la diminution doit être un but et un des signes visibles d’une autre idée de la modernité (l’homme n’est pas fait pour travailler, vive le droit à la paresse), il y a déjà de quoi produire suffisamment pour faire vivre largement 64 millions de personnes, pourvu que le superflu et l’inutile soient abandonnés au profit du temps de s’occuper bien légitimement de soi et des siens, et des autres aussi...

Et sur deux points précis, vive la justice fiscale et sociale, qui laisse déjà fortement à désirer (40 à 50 milliards d’euros de fraude à la TVA et à l’Urssaf ; c’est un autre sujet).

  • L’éxonération d’impôt ne concerne que l’impôt sur le revenu. À quotient familial et à revenu identique, ceux dont le revenu ne comprendra pas de salaire exonéré paieront plus d’impôts que les autres, dont les salariés au forfait (l’encadrement va être désavantagé).
  • Qu’est ce qui empêchera un employeur de transformer du temps « normal » en heures supplémentaires pour ne pas payer les cotisations sociales correspondantes.

Les réformes proposées, accompagnées d’une ribambelle d’arguments dénués de sens, sous l’apparence d’un modernisme qui n’est que verbal, n’ont pour but que de permettre au patronat en général, et aux autres spéculateurs, très minoritaires, de s’enrichir encore plus, au détriment de l’ensemble de la population. Il n’est pas trop difficile d’en proposer (ailleurs) d’autres, radicales et précises. Disons qu’il s’agit de... marché.

Travailler moins pour gagner plus est possible pour les salariés avec une autre utilisation des richesses (il n’est pas question de partager : avec qui ?), avec le partage du travail (là oui), sans chômage total ni chômage partiel, et avec une autre philosophie qui considère que le chômage n’est pas une mécanique qui se dérègle de plus en plus et sur laquelle on ne pourrait rien, mais seulement le produit de décisions humaines qui tendent à faire produire le plus possible par le moins possible et pour le moins cher possible. C’est comme ça depuis l’esclavage...

Soyons radical, très radical, et même rêveur, utopiste (simpliste, pourquoi pas, on cause..) et sortons de toutes les analyses, très savantes, qui oublient que les hommes font l’histoire et ne devraient travailler que pour satisfaire leurs besoins... en décidant eux mêmes de ce qui les concerne, aussi et d’abord à l’entreprise.

Le temps de travail des actifs d’aujourd’hui pourraient être diminué de 7 milliards d’heures par an (total aujourd’hui du chômage total et partiel calculé en heures non travaillées, estimées à 25 % des heures travaillées dans le secteur privé) sans diminution de leur salaire actuel. Le salaire total ou prix du travail (voir une nouvelle définition) des inactifs d’aujourd’hui, travaillant alors tous, sur la base d’un salaire équivalent au salaire moyen actuel atteindrait un montant total de 151milliards d’euros, somme qui est à rapprocher des gains de productivité réalisés depuis plus de 20 ans, et de ceux réalisés bien avant, alors que le chômage était insignifiant (l’Unedic et les Assedic ont été mis en place sous De Gaulle, il y a 48 ans. Il n’y avait à l’époque que quelques dizaines de milliers de chômeurs et la quantité de richesses produites par habitant était inférieure à celle d’aujourd’hui).

Le temps de travail de tous serait aligné sur celui, réduit dans le même temps, des actifs d’aujourd’hui.

Il n’y aurait plus de cotisations (6,4 %) au titre du chômage.

Ensuite, il serait possible d’augmenter les salaires payés au smic actuel (environ 1000 euros nets selon les éléments du précompte) pour les porter au nouveau smic proposé de 1500 euros nets, et d’augmenter les autres salaires de 300 € nets mensuels. Cela donne un nouveau montant de près de 140 milliards d’euros.

Ces chiffres sont très élevés. Ils sont le « prix à payer » pour mettre fin au chômage et améliorer la vie des gens. Ils correspondent en ordre de grandeur à ceux contenus dans les propositions de plusieurs candidats de la gauche antilibérale à la dernière élection présidentielle. Il s’agit d’une présentation des choses qui découle d’une prise de position entièrement favorable aux producteurs de richesses que sont les salariés. On ne peut distribuer plus de salaires qu’il n’y a de richesses produites. Mais on peut distribuer ces dernières en totalité à ceux qui les produisent.

Une modification de l’environnement économique (secteur public, entreprises privées, type d’entreprise, etc.) est à prévoir si le travail a pour but exclusif la satisfaction des besoins humains et non de rentabiliser les investissements.

C’est au total un transfert considérable de pouvoir d’achat (près de 300 milliards d’euros) qui s’effectuerait du patronat vers le salariat, partie sous forme de salaire direct, partie sous forme de salaire indirect ou mutualisé à destination des caisses d’assurances maladie — permettant un meilleur remboursement des frais de santé, en attendant leur prise en charge à 100% comme il y a plusieurs décennies —, des caisses d’allocations familiales et des caisses de retraites — permettant d’augmenter les pensions vieillesses de près d’un tiers. Une partie de cette somme reviendrait au budget de l’état via la TVA et l’impôt sur le revenu, compensant principalement la baisse de l’impôt sur les bénéfices des sociétés. Il y aurait plus d’argent destiné au pouvoir d’achat direct et indirect ou mutualisé qui permet de satisfaire les besoins fondamentaux (beaucoup ne le sont pas) des 25 millions de salariés, tous en activité, de leur famille, et des 12 millions de retraités salariés, moins d’argent pour l’épargne spéculative prêtée ou placée et pour le pouvoir d’achat vers les produits de luxe et les besoins très secondaires des rentiers, forcément très minoritaires.

Cette somme est à rapprocher du total des profits réalisés (quels sont ils en réalité ? À quoi sont ils utilisés ?) Un niveau de 400 milliards d’euros a été avancé. Ils proviennent toujours de l’écart entre la valeur produite par le travail et le prix (salaire) de ce travail.

Le prix du travail salarié représente environ 60 % du PIB. Rien n’interdit à ce que ce pourcentage augmente. Ce sont certains qui « décident » du « partage » des richesses. D’autres auraient toute légitimité à le faire. Ils n’en ont pas encore le droit, bien que les plus nombreux. Il s’agit seulement de justice et de démocratie. Et d’indépendance d’esprit...

Il est donc possible aujourd’hui, pour près de 25 millions de salariés, sans aucun chômeur, secteur public et privé confondu, de travailler (beaucoup) moins et de gagner plus, mais en gagnant tout, ensemble et justement.

Quels sont les salariés qui s’opposeraient à cela ? Et pourquoi ?