« Je suis ravi de dissoudre la LCR ! »

, par KRIVINE Alain

Les 6, 7 et 8 février, se tiendra le congrès fondateur du Nouveau Parti anticapitaliste, qui remplacera la Ligue communiste révolutionnaire (LCR). Crédité de 10 % dans les intentions de vote aux européennes, le parti d’Olivier Besancenot régnerait alors à la gauche du PS. Entretien avec Alain Krivine, dirigeant historique de la LCR.

Comment la naissance du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) s’annonce-t-elle ?

9 000 personnes ont payé leur cotisation, alors même que le NPA n’est pas encore né : c’est très prometteur ! Et nous attirons des catégories que la LCR touchait peu : le secteur privé, les jeunes de banlieue, et beaucoup de jeunes, aussi, qui n’avaient jamais milité auparavant. Il y a aussi plus d’adhésions que prévu de gens qui viennent du PS. Venant du PCF, on l’avait prévu...

À titre personnel, vous qui en êtes le créateur, n’avez-vous pas un petit pincement au cœur de voir disparaître la Ligue ?

Non, au contraire, je suis ravi de dissoudre la LCR ! Je n’ai jamais été à genoux devant un sigle. Pour moi, la Ligue était un outil qui correspondait à une période particulière. Pour des buts identiques, nous allons construire un parti qui sera un outil bien plus large, bien plus populaire.

Pourquoi refusez-vous de partir aux côtés de Jean-Luc Mélenchon et du PCF aux élections européennes ?

Leur volonté est d’avoir des élus, c’est classique. Jean-Luc Mélenchon nous a envoyé une lettre pour nous dire que ses deux critères pour une alliance étaient de refuser le traité de Lisbonne et de ne pas aller dans le groupe PS au Parlement européen. Franchement, c’est insuffisant.

Quelles seraient vos conditions pour rejoindre ce « front de gauche » ?

Un accord sur nos revendications essentielles au plan national comme au plan européen, à savoir l’interdiction des licenciements boursiers, une augmentation conséquente du Smic, l’arrêt de toutes les privatisations, et le passage de certains secteurs clés en services publics européens : l’énergie, l’eau et le transport. La libre circulation des personnes, la régularisation et le droit de vote aux sans-papiers. En termes de stratégie, nous sommes contre toute participation à un exécutif aux côtés de sociaux-démocrates, ce qui n’est pas le cas de Jean-Luc Mélenchon ni du PCF.

Ne craignez-vous pas les conséquences d’un éclatement de la gauche de la gauche ?

Ce serait bien qu’il y ait moins d’organisations, mais c’est la conséquence de désaccords politiques, ou d’une confusion politique. L’éclatement n’est d’ailleurs pas si important : vous avez le PS, le PCF et le NPA, et puis au milieu, il y a ce qui reste des antilibéraux, qui ne veulent pas adhérer à une structure.

Vous avez eu connaissance de sondages qui vous donnent en tête à la gauche de la gauche...

Selon une étude commandée par Jean-Luc Mélenchon, une liste unitaire n’additionnerait pas les scores de chacun. Il y a une déperdition pour notre mouvement. Ce que révèle aussi cette étude, c’est que le PS passe devant tout le monde : Jean-Luc Mélenchon, qui espère passer devant le PS, se fait des illusions...

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