Déviances, normes et jeunesse populaire

, par EPSZTAJN Didier

  • Gérard Mauger, La sociologie de la délinquance juvénile, Paris, La Découverte, 2009, 13 €.

« La chronique médiatique de la délinquance juvénile est à la fois discontinue et récurrente. » Gérard Mauger insiste dès son introduction sur la capacité des médias à porter sur la place publique des problèmes de sociétés. Afin de ne pas se tromper de débat, il convient de faire un rappel des définitions : délinquance (ce que mesurent les statistiques judiciaires et policières), délinquance juvénile (la part de la délinquance des jeunes, juridiquement ou sociologiquement définis) et bandes de jeunes (la délinquance des jeunes des classes populaires). « Le monde des bandes peut être défini comme le répertoire des formes de sociabilité propres aux jeunes des classes populaires qui font l’objet, à tort ou à raison, d’une présomption de délinquance. »
Le premier chapitre est consacré à la construction de l’objet délinquance juvénile. Il s’agit tout à la fois d’une construction juridique (ordonnance de 1945) et d’une construction sociale. Trois éléments soulignés par l’auteur me semblent centraux : la variabilité de la définition sociale de la déviance, le couple déviance norme et la non-étanchéité entre déviance et délinquance.
Sans entrer dans le détail de l’analyse et des modifications essentielles des années 2000 (définition judiciaire de la responsabilité), il ressort des études « la forte corrélation entre la pauvreté d’un quartier et le taux de délinquants juvéniles qui y résidaient. » Mais, faut-il le préciser, corrélation ne veut pas dire effet mécanique, ni encore moins que délinquance et pauvreté serait un couple naturel. Il s’agit ici d’étudier des structures et relations sociales. En citant des travaux publiés, l’auteur précise que « la délinquance d’appropriation des mineurs ne progresse plus que faiblement, alors que les violences et la délinquances expressive des mineurs sont en forte croissance. »
Le second chapitre parcourt les théories de la délinquance juvénile et offre « un inventaire raisonné des schèmes d’interprétation. » Des années 1950 aux années 1970, les médias stéréotypent les blousons noirs puis les loubards. Au début des années 1980 est créée la figure des jeunes des cités.
Le troisième chapitre traite « des blousons noirs aux loubards », le suivant « des loubards aux jeunes des cités » Les descriptions de Gérard Mauger me semblent toujours très pertinentes. En insistant sur les modifications sociales, en détaillant le monde des bandes entre « inaffection, virilité et bizness » en précisant les évolutions avec l’âge, l’auteur nous offre une véritable réflexion politique, même s’il ne se reconnaîtrait peut-être pas sur ce vocable.
Je ne peux cependant cacher mes irritations sur l’usage d’un certain vocabulaire sociologique et ma réticence plus forte encore à l’usage de la notion de capital (symbolique, culturel etc.). Le capital reste pour moi, avant tout un rapport social et non simplement une ressource.
Quoiqu’il en soit, ce petit livre offre des analyses, inscrites dans l’histoire, loin des simplifications et des naturalisations médiatiques. Un livre aussi utile pour argumenter contre les dérives et délires répressifs, sœur et frère du libéralisme économique.