NPA : « Cela rappelle le temps des procès de Moscou »

, par PICQUET Christian

Christian Picquet, chef de file des « unitaires », dénonce les méthodes visant à l’exclure du parti de Besancenot.

Christian Picquet, chef de file de la minorité « unitaire » de la LCR, voulait défendre la tradition pluraliste de l’ex-Ligue communiste révolutionnaire au sein du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA). Après avoir été écarté de la direction politique du parti d’Olivier Besancenot, il a fondé l’association Gauche unitaire et rejoint le Front de gauche aux européennes avec le Parti de gauche (PG) de Jean-Luc Mélenchon et le PCF. Dans Libération, il rejette son exclusion du NPA. Ironie du sort, Christian Picquet sera candidat en juin en troisième position sur la liste du Front de gauche en Ile-de-France face à Olivier Besancenot, en troisième position sur la liste du NPA.

  • Êtes-vous toujours membre du NPA ?

Je ne ferai pas campagne pour le NPA, qui refuse le rassemblement de la gauche de gauche pour ces européennes. Point barre. Où la logique de l’esprit de parti va-t-elle s’arrêter ? À la LCR, on traitait les divergences par la discussion politique. Pas en se désignant des « ennemis ». Ces jours-ci, nous recevons des menaces et des insultes sur nos portables du type : « Vous êtes pas mal dans vos baskets d’aller chanter la Marseillaise avec Marie-George Buffet au Zénith ? », « On va pas être aussi patients avec vous que les vieux trotskistes ». Cela suffit. Cela rappelle le « Fusillez ces chiens enragés » des staliniens au temps des procès de Moscou.

  • Êtes-vous formellement exclu du NPA ?

Il y a eu une « note » du comité exécutif suggérant que nous nous serions de nous-mêmes « mis en dehors du parti ». La constitution de Gauche unitaire y est même présentée comme une opération du PCF et du PG contre le NPA ! C’est la veille théorie du complot. Mes camarades s’assoient sur les statuts : pour exclure quiconque du NPA, il faut un vote des adhérents.

  • Êtes-vous victimes, vous et vos camarades unitaires, d’une épuration ?

Au congrès fondateur du NPA, en février, la sensibilité « unitaire » représentait un délégué sur six (17 %) du NPA. La direction nous a refusé la proportionnelle, choisissant, selon ses propres critères, 13 noms pour le parlement du parti, dont certains n’avaient même pas voté notre motion. Tout cela dans une ambiance détestable, où des camarades ont été traités d’« enculés ». J’entends dire que le NPA doit « se débarrasser des mauvaises habitudes de la LCR ». J’y vois la remise en cause du droit de s’organiser en tendances à l’intérieur du parti et de s’exprimer à l’extérieur. Veulent-ils un parti où la direction du NPA, qui est identique à celle de l’ex-LCR, a tous les pouvoirs ?

  • En étant candidat face à Besancenot, ne poussez-vous pas le bouchon un peu loin ?

Je ne pouvais accepter que la direction du NPA fasse passer ce qu’elle croit être un intérêt de parti avant celui du peuple de gauche. Je fais ce que le NPA aurait dû faire. Le Front de gauche est la seule offre unitaire vraiment à gauche. Olivier Besancenot a d’immenses qualités, l’anticapitalisme est largement partagé. Mais il a quelque chose de lunaire lorsqu’il explique que le NPA est l’unique réponse à la situation. Le NPA, ce ne peut être « nulle part ailleurs », un parti doit proposer une traduction à la colère sociale et ne peut se contenter d’en appeler à la grève générale comme à la Guadeloupe. Les rendez-vous électoraux sont incontournables. Que Besancenot ait choisi de ne pas conduire de liste marque le peu d’importance qu’il accorde aux élections.

P.-S.

Recueilli par Matthieu Écoiffier.
Entretien paru dans Libération, édition du 27 mars 2009.