« Il ne peut pas y avoir de capitalisme vert »

, par JENNAR Raoul Marc

Raoul Jennar est tête de liste Sud-Est du Nouveau Parti anticapitaliste pour les élections européennes du 7 juin prochain.

Biographie express. Docteur en Sciences politiques, il a travaillé de nombreuses années au Cambodge pour le compte d’ONG ou des Nations Unies. Depuis 2005, il est consultant auprès du groupe de la Gauche Unie européenne (GUE) au Parlement européen. Il a rejoint le NPA en février 2008.

  • Terra Eco : À quelques mois du sommet de Copenhague, quel rôle doit, à votre avis, jouer l’Europe dans la lutte contre le réchauffement climatique ? Quels objectifs s’est fixé votre parti ?

Raoul Jennar : L’UE doit jouer un rôle moteur et s’émanciper de l’influence des industriels. Aujourd’hui, dans le domaine de l’écologie, elle ne propose des avancées que si celles-ci ne sont pas en contradiction avec le monde industriel. Nous avons aujourd’hui affaire à une situation d’urgence. Tous les deux ans, les scientifiques revoient leur copie dans le sens d’une aggravation de la menace climatique. Il faut faire des choix difficiles, douloureux. Surtout en France. Ici, on a fait le choix du nucléaire. On est parti du principe que l’énergie était infiniment disponible. Alors on a un retard considérable sur le plan des économies d’énergie, qui sont pourtant un gisement d’emplois. Certains pays comme l’Allemagne ont fait mieux.

  • Quels sont à votre avis les priorités en matière de transport, un des secteurs qui émet le plus de gaz à effet de serre, et dans lequel les projets ne manquent pas (TGV européen, ferroutage, autoroutes de la mer...) ?

Il faut réduire les émissions de CO2 issues des véhicules, des camions mais aussi améliorer la qualité des transports en commun. On ne peut pas instaurer des taxes — qui pèseront surtout sur les ménages les plus modestes — si on ne crée pas ce qu’il faut pour que les gens puissent se passer de voitures. Et il y a d’autres idées. Pourquoi ne pas accorder des aides au transport fluvial comme il y en a sur le gasoil pour les camions par exemple ? Après tout, les péniches transportent l’équivalent du chargement de quinze camions. On ne peut pas être en lutte sérieuse contre le réchauffement climatique si on n’offre pas des alternatives. Le problème c’est qu’on se heurte tout de suite à la logique de la libre concurrence. C’est pour cela qu’on ne peut pas promettre une Europe verte sans remettre en cause les traités existants comme le traité de Lisbonne. Le domaine de l’énergie par exemple doit être du ressort du service public. Idem pour les transports. Il faut que la politique du transport ferroviaire, le ferroutage, le transport fluvial n’obéissent pas à une logique de concurrence. Mais soient des services publics.

  • Défendez-vous la mise en place de nouvelles taxes au niveau européen pour soutenir un développement plus durable (taxe carbone, TVA réduite sur les produits verts...) ?

Là-dessus, nous avons une divergence sérieuse avec les écolos. Nous ne pensons pas que les gens doivent payer ce coût-là, que la majorité doive payer pour les abus, les excès de ceux qui ont profité du système et empoisonné notre planète. La taxe est l’impôt le plus injuste. Il doit être payé par tout le monde, même ceux qui ne le peuvent pas. En revanche, on peut imaginer des incitations positives. Par exemple, dans les transports, pour que les gens renoncent à leur voiture, il faudrait instaurer la gratuité des transports en commun. Il faudrait aussi qu’il y ait des incitations récompensant les économies d’énergie ou l’utilisation de sources alternatives. Après tout, en matière de réchauffement climatique, le chauffage domestique joue un gros rôle. Ce sont des mutations indispensables mais qui ne peuvent pas se faire dans le cadre de l’Europe actuelle. Il ne peut pas y avoir de capitalisme vert ou alors il devra être payé par le plus grand nombre.

  • Comment doivent évoluer les rapports Nord/Sud et quelle doit être la politique d’immigration de l’Europe ?

Le problème aujourd’hui c’est que les aides sont conditionnées. Elles sont accordées aux pays à la condition qu’ils fassent appel à des entreprises européennes. En plus, ces aides servent souvent à maintenir au pouvoir des régimes odieux. Les accords de l’OMC sont des accords de partenariat économiques au profit des multinationales et non des peuples. C’est une nouvelle colonisation. Quand l’UE et les États-Unis exigent du Cambodge — l’un des pays les plus pauvres — qu’il respecte les lois sur les brevets des médicaments afin d’adhérer à l’OMC, où est la générosité européenne ? L’UE favorise d’abord l’intérêt pharmaceutique. Ça donne honte d’être européen. Il faudrait d’abord qu’on laisse ces pays-là tranquille. Qu’on ne leur impose pas les règles de l’OMC qui conduisent au démantèlement de la souveraineté de l’Etat. Nous demandons, la suppression du FMI et de l’OMC. Ce n’est pas avec des institutions comme ça qu’on va aider les pays à s’en sortir. Il faut aussi que nous permettions à ces pays de vivre de leur propre production. Aujourd’hui, aux Etats-Unis et en UE, les producteurs reçoivent des aides pour soutenir leurs productions. Du coup les prosuits de l’agriculture européenne sont moins chers que ceux issus de l’agriculture africaine. Aussi longtemps que la logique capitaliste prévaudra, on continuera à voir des peuples affamés, exploités, venir chez nous. Pendant ce temps l’Europe devient une forteresse hérissée de barbelés, multiplie les expulsions. Il faut remettre en question la toute puissance des accords de l’OMC et du libre échange.

  • La crise que nous traversons a montré l’importance d’une politique économique concertée. L’UE doit-elle réguler davantage les systèmes financiers ? Comment peut-elle y parvenir ?

Pour que l’UE puisse réguler, il faudrait changer les traités. Ceux-là ont éliminé tout obstacle à la liberté de circulation des capitaux. Tant qu’ils sont en vigueur, ce n’est pas possible de réguler. Au G20, ce qui a décidé finalement c’est de venir en aide aux responsables de la crise. Avec des plans nationaux. Un système bancaire public unique réglerait le problème de la dette. Aujourd’hui la BCE ne peut pas prêter aux pouvoirs publics, ils sont obligés d’emprunter dans le privé à des taux très différents. L’histoire de la dette vient de là. Un système bancaire public unique règlerait le problème de la spéculation et rendrait le contrôle au pouvoir.

  • Quel est le point fort de votre parti à ces élections ?

Nous nous efforçons de faire le lien entre la crise et l’Europe. La réponse passe par plus d’Europe mais une Europe radicalement différente, démocratique, sociale, écologique, solidaire... Mais quelques parlementaires ne suffiront pas pour cela. Et nous ne voulons pas faire des promesses que nous ne pourrons pas tenir. Si nous sommes élus, notre mission consistera à dénoncer les groupes de pression qui agissent directement à l’intérieur du Parlement. Et nous nous chargerons aussi de rapporter la souffrance des gens, due au chômage, à la pauvreté, et qui n’est pas entendue à Bruxelles.

Les principaux points du programme du NPA en matière de développement durable :
— Un CDI pour tous, une augmentation de 300 euros de tous les revenus et pas un salaire en dessous de 1500 euros. Les licenciements seront interdits.
— Un service public européen du rail.
— Des transports en commun de proximité gratuits.
— L’interdiction du transport par camions sur de longues distances et du transport aérien sur de courtes distances dans l’UE. Pas de construction de nouvelles autoroutes.
— Un service public des énergies propres chargé de coordonner la rénovation de l’habitat, la diversification des ressources énergétiques, la sobriété énergétique.
— Une taxation des profits et une harmonisation des fiscalités fondée sur des impôts taxant fortement les plus riches.
— Une régularisation de tous les sans papiers et le droit de vote pour tous les immigrés.
— La gratuité de tous les médicaments prescrits et l’installation de centres de santé publics sur tout le territoire.

P.-S.

Propos recueillis par Karine Le Loët.
Entretien paru dans Terra Economica, édition du 26 mai 2009.