Européennes : quel rôle pour le NPA ?

, par KRIVINE Alain

La gauche de la gauche fera mieux qu’en 2004 (8,44 %), les derniers sondages la créditant de plus de 15 % des voix, même si l’alliance menée par Mélenchon semble damner le pion à un NPA plus en retrait.

Alain Krivine est exclu du Parti communiste français en janvier 1966 pour son opposition radicale au stalinisme, inhérente au trotskisme. Il fonde en avril 1966, la Jeunesse communiste révolutionnaire, dont les activités se tournent vers les Comités contre la Guerre du Viêt Nam et la participation au mouvement de Mai 68. Aux côtés d’Olivier Besancenot, il reste (malgré sa démission du bureau politique, ayant pris sa retraite) l’un des trois porte-parole de la LCR jusqu’à sa dissolution début 2009. Il joue aussi un rôle important à la direction de la Quatrième Internationale et participe activement à la création du Nouveau Parti anticapitaliste, dont il devient membre du premier conseil politique national, sans pour autant participer à l’exécutif.

  • Question de : internaute

    Bonjour,

    Une fois de plus, la gauche de la gauche se présente divisée aux élections et n’aura probablement aucun élu aux européennes Le NPA porte une lourde responsabilité dans cet échec.

Quelques questions :

  1. En privant les mouvements sociaux de toute perspective politique, cette division ne favorise-t’elle pas l’émiettement et le pourissement de ceux-ci ? N’est-elle pas une « briseuse de grèves » ?
  2. Comme condition à l’unité aux européennes, vous avez exigé des listes communes aux régionales. Supposez que celles-ci obtiennent plus de 10% au premier tour des régionales, les maintiendriez vous au second tour, faisant ainsi passer TOUTES les régions françaises dans l’escarcelle de l’UMP ?
  3. Pour la présidentielle de 2007, les socialistes ont choisi ROYAL sur la foi de ses bons sondages. Par la suite, celle-ci s’est révélée l’adversaire idéale pour la droite. En 2009, vous avez choisi d’aller seuls aux européennes au moment où les sondages vous donnaient 10 %. Dans les deux cas, n’y a-t’il pas une sorte d’intoxication par les sondages ? Savez-vous qui dirige IPSOS ?

Réponse : Bonjour à toutes et à tous,
On retrouve là le même problème que lors de la présidentielle. L’unité oui, mais sur quelles bases ? En effet, beaucoup de gens de gauche restent traumatisés par l’expérience de la gauche unie au gouvernement qui a discrédité les valeurs de gauche. Aujourd’hui, nous avons la même politique qu’hier à savoir avoir la même attitude dans les luttes quotidiennes et dans les élections avec les mêmes alliés et sur des objectifs communs. Avec le Front de gauche, comme hier avec le PC, un des principaux obstacles est l’indépendance vis à vis du PS, avec qui nous pouvons faire des actions communes avec Sarkozy mais avec qui nous ne pouvons gouverner ni aller aux élections. Lors des discussions avec Buffet et Mélenchon, nous leur avons proposé un front durable et pas une alliance tactique politicienne pour une seule élection. Concrètement, nous leur avons demandé que cette alliance dure pour les autres élections, notamment régionales et s’accompagne dès aujourd’hui de visites communes à la porte des entreprises. Nous avons eu un refus. C’était prévisible. A peine les Européennes finies, le PC et sans doute Mélenchon vont retomber dans les bras du PS pour les Régionales.

  • Question de : Redhouse
    Ne pensez-vous pas que l’étiquette infâmante d’hitléro-trotskistes qui leur a été accolée par les staliniens marque les militants trotskistes de toutes les chapelles comme une stigmate incicatrisable, puisqu’elle repose sur un fond de vérité déformée (contacts entre Trotski et certains officiers supérieurs allemands, en vue de renverser simultanément Staline et Hitler).

Réponse : D’abord cette étiquette ne repose que sur des calomnies typiquement staliniennes. Maintenant, très franchement, sans oublier l’histoire et l’excuser, je crois que la plupart des gens et notamment la nouvelle génération n’ont même pas connaissance de cela, s’en fichent royalement et à juste titre ne regardent pas dans le rétroviseur pour s’engager, mais dans ce qui peut nous rassembler aujourd’hui contre l’adversaire commun : la droite.

  • Question de : internaute
    À l’occasion de ces élections européennes, avec le refus de la main tendue du Front de Gauche par d’invraisemblables conditions sur les alliances à venir, le NPA n’apparaît-il pas comme une simple tentative pour gonfler la LCR de nouveaux militants en surfant sur l’image de Besancenot ?

Réponse : D’abord le NPA n’est pas la LCR gonflée mais vraiment un nouveau parti, avec une majorité de personnes qui n’étaient nulle part, orphelins d’un parti politique. La seule façon de s’en convaincre c’est de venir nous voir pour juger. Je n’ai jamais vu des partis politiques en expansion se dissoudre comme vient de le faire la Ligue et c’est déjà une preuve. Les conditions que nous avons posées au Front de gauche ne sont pas invraisemblables. Faire une alliance ponctuelle aujourd’hui avec peut-être un certain succès d’estime et la voir se détruire juste après les Européennes serait jouer avec le feu et aboutir chez les mêmes à une profonde désillusion. Notre force c’est d’avoir le même comportement dans la rue, dans les mobilisations, dans les urnes et de refuser toute tactique politicienne qui a tant écœuré les gens de la politique. Commençons d’abord par faire l’unité de toute la gauche politique et syndicale dans les mobilisations en cours. Le NPA est à l’initiative de deux déclarations publiques communes qui, même si le contenu ne va pas loin, ont eu le mérite d’exister.

  • Question de : internaute
    Comment fait-on à l’heure de l’argent électronique pour aller « taxer les riches ». Croyez-vous que l’argent est encore enfermé dans les banques et qu’il suffit d’aller prendre les lingots d’or ?

Réponse : Non. On a certainement des défauts mais on n’est pas infantile et on a suffisamment de militants dans les banques pour savoir que les passages se font très peu aujourd’hui dans des valises, sauf à la rigueur avec les patrons voyous. Cependant, la richesse monétaire, avec ou sans papier de banque, existe. Elle est parfois même supérieure à la richesse réelle de la production, d’où la crise actuelle qui a commencé avec les subprimes. Quand Total annonce 13 milliards de bénéfices cette année et supprime 400 emplois, je crois qu’il y a un moyen de les taxer, sans forcément passer par les valises.

  • Question de : MRM
    Bonjour,
    que pensez vous des deux « incidents » qu’a eut olivier besancenot face un militant socialiste et son incapacité a répondre lors d’une interview lors de la matinale de Canal+ ?
    Ne faites-vous pas le jeu de la droite en refusant toute forme de responsabilité politique ?

Réponse : D’abord, sur l’incident lui-même, les médias ont reconnu qu’il s’agissait d’une provocation et que la personne en question n’avait rien à voir avec l’usine mais était un militant du PS venu avec les dirigeants locaux de ce parti, cf. France 2 et reportage du samedi à 13h20. J’en profite pour dire au PS qu’il devrait mettre leur énergie à d’autres causes que de venir nous contrer devant la télé. Notre adversaire commun c’est Sarkozy. Je ne crois pas que refuser d’aller ou de soutenir le PS c’est faire le jeu de Sarkozy. J’ai même la faiblesse de croire que les difficultés de ce parti, aussi bien en France qu’au niveau de sa politique européenne, sont justement liées au fait que sur le fond, il n’a pas de désaccord avec Sarkozy (cf. aussi bien la politique sur les retraites, les privatisations ou le vote « oui » à tous les traités européens qui légalisent l’Europe libérale). Nous sommes prêts à prendre toutes nos responsabilités politiques quand les conditions sont créées pour avoir une vraie politique de rupture avec le capitalisme, par exemple sur la base d’une mobilisation type Mai 68 et des alliés prêts à aller jusqu’au bout.

  • Question de : internaute
    Bonjour M. Krivine. J’aurais un nombre incalculable de questions à vous poser, je vais donc me contenter de deux. La première est une question propre au mouvement communiste internationaliste, quels sont les constats qui vous ont amené à créer un nouveau Parti, en lieu et place d’une Ligue. Quelles en sont par conséquent les conséquences à tirer ? Et surtout, j’aimerais avoir votre sentiment personnel sur ce qu’implique cette mutation, sur la manière évidemment différente d’appréhender le pouvoir, qui est bien différente de celle que vous avez connu dans votre jeunesse et des idéaux communistes internationalistes, anti-totalitaires, anti-impérialistes, anti-capitalistes.
    La deuxième portera sur la participation aux élections et le sens que cela a pour un parti tel que le vôtre. Y a-t-il une différence d’approche entre la Ligue et Le NPA concernant les institutions de la Vème République et la participation à celles-ci. Même question par rapport aux institutions européennes, quelles marges de manœuvre au Parlement européen, dans quelle groupe siègerez-vous, quelles possibilités d’alliance ?

    Merci pour vos réponses. NO PASARAN !

Réponse : Pour nous un parti n’est pas un but en soi mais un outil qui doit s’adapter à la période dans laquelle on intervient. Aujourd’hui, il existe une période tout à fait nouvelle qui peut nous permettre de rassembler les anti-capitalistes sur une base beaucoup plus large que la LCR et le trotskisme : une vraie déclaration de guerre sociale, politique et écologique de la part du patronat, un ras-le-bol généralisé des 3/4 de la population (des chefs de service des hôpitaux aux chômeurs, en passant par les immigrés), et enfin une incapacité de la gauche traditionnelle d’offrir le moindre débouché politique en termes de société alternative. C’est tout cela qui rend d’actualité notre vieux projet d’un parti rassemblant ce qu’il y a de mieux dans les traditions du mouvement ouvrier : communisme, trotskisme, anarchisme, etc. et tout l’apport des nouveaux mouvements sociaux (écologie, mouvement féministe, immigration, logement, etc.) Sur le fond, nous ne changeons pas, nous restons anti-capitalistes et révolutionnaires dans le sens où nous ne croyons pas qu’on puisse « humaniser, démocratiser, réguler » le capitalisme, mais qu’il faut le renverser. Sur la stratégie à mettre en œuvre, les trotskystes de la LCR apporteront leur contribution mais les autres courants aussi et le débat reste ouvert.
Par rapport aux institutions, nous ne sommes pas électoralistes dans le sens où nous ne croyons pas que les anti-capitalistes puissent devenir majoritaires électoralement dans les institutions actuelles. Ça n’est jamais arrivé et la plupart des grandes réformes ont presque toujours été le produit de grèves générales (36, 68...) Nous participons cependant aux élections comme des délégués syndicaux, ce qui fut mon cas au Parlement européen, et nous votons pour tout ce qui peut favoriser le sort de la population, même sans illusions. Tout le monde sait le rôle réduit du Parlement européen, même si ses pouvoirs se sont agrandis, notamment il n’a toujours pas le droit de proposer des lois : il ne peut qu’amender ou refuser ce qui vient des gouvernements à travers le Conseil et la Commission. De toute façon, le fonctionnement des institutions européennes et ses 90 000 résolutions est délibérément incompréhensible et explique en partie le désintérêt de la population pour ces élections, surtout quand après avoir voté « non » à la Constitution, on la retrouve dans le traité de Lisbonne, mais cette fois-ci sans référendum.
En ce qui concerne le groupe, on fera tout pour avoir un groupe anti-capitaliste européen, proche du NPA. Il y a déjà des listes que nous soutenons dans l’Etat espagnol, la Suède, la Belgique, le Luxembourg, la Pologne, le Portugal... Si nous n’y arrivons pas, nous irons dans le groupe le plus à gauche où nous étions avant, la GUE (qui regroupe notamment les PC).

  • Question de : internaute
    Pourriez-vous nous détailler les raisons honnêtes qui ont poussé le NPA à ne pas rejoindre le Front de Gauche ? Ils vous accueillent pourtant les bras grands ouverts.

Réponse : La question est parfaitement légitime mais j’ai déjà répondu plus haut à plusieurs reprises et je suis prêt à répondre à des demandes de précisions.

  • Question de : internaute
    Pourquoi ne pas avoir rallié le Front de Gauche pour les européennes du 7 juin ?

Réponse : Idem.

  • Question de : internaute
    Pourquoi le NPA ne s’est-il pas associé avec le parti de gauche de Mélenchon ? A-t-il l’intention de le faire pour les prochaines élections présidentielles ?

Réponse : Mélenchon a eu au moins le mérite de quitter le PS après beaucoup d’hésitations. On peut faire beaucoup de choses ensemble, notamment dans les mobilisations, mais nous n’avons pas la même stratégie et le même rapport aux institutions. Comme il le dit, il est pour la « révolution par les élections ». On lui souhaite bonne chance. Et il ne remet pas en cause la participation éventuelle à un nouveau gouvernement de gauche, dont lui et Marie-George Buffet ont été les participants. Pour le reste voir plus haut.

  • Question de : internaute
    bjr
    J’ai participé au processus de construction du NPA puis j’ai adhéré au nouveau parti.
    Je ne suis plus adhérent.
    Je suis plutôt de tendance altermondialiste libertaire...
    Les adhérents du NPA sont des gens très bien et trés sympa mais ce parti reste néanmoins un parti trotskyste.
    Je crois que le npa ca ne marchera pas et quand définitif il n’y restera que les anciens de la LCR.
    L’initiative était bien mais j’ai vraiment la sensation que les anciens de la ligue veulent garder la main.
    Mais surtout ce qui m’a fait partir c’est que j’avais vraiment la sensation qu’au npa les organisations syndicales n’était vu et concu que comme des instruments du parti.
    Bref que la conception des syndicats independants des partis politiques n’était pas la conception du npa.

    Je n’irai pas dans un autre parti politique.
    Je n’irai pas voter non plus.
    Ma question est donc quelle est la conception de l’independance syndicale au NPA ?

Réponse : Je ne sais pas dans quelle ville tu milites et le NPA est très divers, mais les courants altermondialistes ou libertaires y sont bien implantés. A commencer par la tête de liste aux Européennes dans le Sud-Est, Raoul Jennard, qui n’a vraiment pas un passé LCR et qui était un des porte-parole de la campagne de José Bové. Sur les syndicats, il y a beaucoup d’opinions dans le NPA, y compris des jeunes qui ne veulent pas se syndiquer. La position de la LCR à l’époque où elle existait était de respecter totalement l’indépendance des syndicats, même si le syndicalisme et le politique sont liés, et je ne vois pas aujourd’hui avec quel exemple significatif tu peux dire que les militants du NPA instrumentalisent les syndicats. Même si nous essayons d’être très présents dans les luttes, ce qui est quand même logique.

  • Question de : internaute
    Le parlement d’Europe est tenu à l’écart pour :
    — la politique étrangère et la sécurité
    — la politique monétaire
    — le contrôle des mouvements de capitaux
    — les droits de douanes
    — il ne décide pas de l’impôt
    — il n’a pas de droit d’initiative législative...

    Pourquoi ceci n’est jamais évoqué...
    Pourquoi aller voter ?

Réponse : Quant à nous, nous l’évoquons tout le temps. Mais participer au vote ne signifie pas qu’on approuve les institutions européennes et en votant pour le NPA, c’est justement voter pour y faire entendre une autre voix et être un peu le grain de sable de cette machine infernale, comme on a essayé de le faire quand nous y étions. En outre, il s’agit pour le NPA d’un premier test électoral qui sera interprété comme tel. Avoir des élus c’est utile pour les luttes européennes, avoir des voix nombreuses c’est redonner confiance à tous ceux qui luttant contre Sarkozy ont l’impression de se battre contre un mur sans perspective alternative.

  • Question de : internaute
    Il paraît que vous avez parrainé Besancenot. Pourquoi avoir choisi le plus médiocre ?

Réponse : Chez nous il n’y a pas de parrain, ni de Séguéla, mais des militants et j’ose croire ne pas être le seul dans le pays à apprécier les qualités de Besancenot.

Merci pour votre patience et à bientôt, Alain Krivine.

P.-S.

Chat paru sur le site du Nouvel Observateur, le 27 mai 2009.