Transgression de barrières disciplinaires

, par EPSZTAJN Didier

  • Erwan Dianteill et Michael Löwy, Sociologies et religion, Vol. III — Approches insolites, PUF, 2009, 175 pages, 29 euros.

Après un volume qui présentait des Approches dissidentes (PUF 2005) dont celles d’Ernst Bloch, Antonio Gramsci, Lucien Goldmann et Pierre Bourdieu, les auteurs récidivent en nous présentant une liste d’auteurs « inévitablement arbitraire » pour modestement « introduire un peu de jeu, dans tous les sens du mot, dans ce vénérable champ disciplinaire, en y jetant quelques graines d’insolite. »
Pour les lectrices et lecteurs curieux de sociologie des religions, du tarentisme, du culte des Zar, de mante religieuse ou plus simplement d’éclairages insolites, le parcours sera riche de découvertes sur des auteurs aussi variés que W.E.B. Dubois, Walter Benjamin, Erich Fromm, Michel Leiris, Roger Callois, Lydia Cabrera, Ernesto De Martino, E. P. Thompson ou Eric Hobsbawm.
Certains d’entre eux, comme Erich Fromm, E. P. Thompson ou Eric Hobsbawm, ont réfléchi sur la religion dans une perspective explicitement anticapitaliste. C’est aussi le cas de l’inclassable Walter Benjamin dans son fragment de 1921 « Le capitalisme comme religion ».
J’ai revisité avec grand plaisir l’analyse du « processus de sécularisation de l’œuvre d’art, dont les grands traits sont :
a) l’art comme instrument des cultes et rituels magiques ;
b) l’art au service des cultes et rituels religieux ;
c) sécularisation partielle dans le culte du beau (de la Renaissance au XIXe siècle), qui à travers l’aura des œuvres d’art, garde un lien avec le cultuel et le rituel ;
d) sécularisation radicale, par les techniques de reproduction mécanique. »
À la découverte de Lydia Cabrera (À la découverte des religions afro-cubaines) et d’Ernesto De Martino (Magie, fascination et crise de la présence), j’ai aussi particulièrement apprécié « Le blues du sociologue noir américain » sur W.E.B. Dubois ; « Eric Fromm, des frères Weber à Marx et Freud » ; « Eric Hobsbawm, sociologue du millénarisme paysan » et « Le sacré incandescent » sur Michel Leiris.
En mécréant, je tiens à citer un autre passage sur Walter Benjamin : « le concept de révolution, suggère Benjamin, est une sécularisation de l’interruption messianique du cours de l’histoire, et celui du prolétariat comme “classe rédemptrice”, une sécularisation du Messie lui-même. Ce type de sécularisation garde encore la force explosive et apocalyptique du messianisme, ce qui fait, aux yeux de Benjamin, sa valeur. »
Regarder du côté du sacré, excédant le religieux, c’est aussi ouvrir de nouvelles fenêtres dans la compréhension critique du monde, sur la pensée et l’espérance.