Du coté des revues

, par EPSZTAJN Didier

  • Travail, genre et sociétés, n° 20/2008, Éditions Armand Colin, Paris, 261 pages, 25 euros.

« Alors même que nombre d’entre elles s’insèrent dans la population active du pays d’arrivée, et que, de plus en plus, des femmes migrent de leur propre initiative pour chercher du travail, le regard porté sur leurs migrations reste myope et se refuse à identifier ce qu’il y a d’autonomie dans leurs démarches migratoires. »
Le dossier « Migrations et discriminations » permet, à travers quelques études, de corriger le regard dominant sur les situations migratoires des femmes et sur la cécité envers leur travail.
Outre un entretien avec Fatou Sow « Les défis d’une féministe en Afrique », le numéro comporte deux études très intéressantes : « Qui a besoin de protéger les femmes ? La question du travail de nuit 1919-1934 » et « Le rôle de l’école dans la construction des inégalités de sexe » à travers l’exemple de l’éducation physique et sportive.
Enfin dans un ensemble de textes « Re-lire Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir », je souligne la contribution de Cynthia Kraus « La psychanalyse d’un point de vue féministe matérialiste. »

  • Travail, genre et sociétés, n° 21/2009, La découverte, Paris 2009, 266 pages, 25 euros.

La revue vient de changer d’éditeur. Margaret Maruani, pour les dix ans de publication, nous rappelle l’équilibre des trois mots du titre :
— « Le travail, qui est notre principale grille d’analyse, les lunettes à partir desquelles nous regardons la différence des sexes. En ce sens, le travail n’est pas un domaine spécialisé de recherche, mais un fil rouge pour lire le statut des femmes et des hommes dans la société.
— Le genre, qui est toujours présent, quelle que soit son appellation : différence des sexes, masculin/féminin, rapports sociaux de sexe... A chacun-e de choisir dans ce fond commun le concept qui lui convient. En la matière, nous n’avons pas de religion.
— Les questions de société qui nous semblent cruciales au regard du genre, même si elles ne sont pas directement ou immédiatement liées à celles du travail : la prostitution, l’avortement, la parité en politique et bien d’autres sujets trouveront toujours place dans Travail, genre et sociétés. »
Le numéro s’ouvre par les propos d’une caissière, Nathalie M. « Le refus d’encaisser », Marlène Benquet soulignant le triple mouvement de féminisation, de tertiarisation et de précarisation du salariat.
Un riche dossier « Égalité et diversité » est introduit par Jacqueline Laufer et Rachel Silvera « [...] l’égalité est transversale à l’ensemble des discriminations et, considérer le genre comme une dimension de la diversité et/ou de la discrimination — au même titre que l’origine, la religion, l’orientation sexuelle, l’âge... — est problématique. On pourrait y voir le risque de dilution de la question de l’égalité entre hommes et femmes dans la diversité. »
Ce dossier est composé d’un ensemble d’analyses renouvelant partiellement le débat : Jacqueline Laufer « L’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes est-elle soluble dans la diversité ? », Monique Meron « Statistiques ethniques : tabous et boutades », Christophe Falcoz et Audrey Bécuwe « La gestion des minorités discréditables : le cas de l’orientation sexuelle » et Marie-Thérèse Lanquetin « Égalité, diversité et... discriminations multiples ».
Je signale aussi le texte sur les représentations sexuées dans les lectures de référence à l’école.

  • La revue internationale des livres et des idées, n° 10 mars-avril 2009, Paris, 58 pages, 5 euros, vente en kiosque.

La nouvelle livraison de cette revue débute par un petit dossier sur Israël et le Hamas. Parmi les nombreux articles, je souligne le texte d’Enzo Traverso « Le siècle de Hobsbawm » qui montre les limites du grand historien, en particulier dans son incompréhension du stalinisme comme contre-révolution et sa vision du monde, que l’on pourrait qualifier de campiste, sans oublier un certain eurocentrisme.
A noter un long entretien avec Nancy Fraser « La justice mondiale et le renouveau de la théorie critique. »
J’ai, de plus, particulièrement été intéressé par le texte de Mathieu Dosse « L’acte de traduction » à propos d’Antoine Berman et de Walter Benjamin.
Enfin, très lyrique, la réponse de Daniel Bensaïd au directeur de la revue sur le NPA n’en reste pas moins politiquement bien argumentée.

  • Alternatives Sud, « Contre le travail des enfants ? », Éditions Syllepse, Louvain-la-Neuve 2009, 175 pages, 18 euros.

Modifier les rapports sociaux ne peut se résumer à abolir la réalité, sans offrir des réponses socialement construites avec les actrices et acteurs, adultes, adolescents ou enfants.
Si, de par le monde, la grosse majorité des enfants est invisible et leur travail inaperçu car dilué dans l’ensemble des activités familiales, un mouvement issu des métropoles développées prône l’abolition du travail des enfants. Contre la simplicité inopérante d’un tel mot d’ordre et son peu d’écoute des mouvements d’enfants travailleurs, l’éditorial Aurélie Leroy présente les « présupposés pour débattre ».
Deux textes généraux poursuivent son analyse, puis quelques textes illustrent la réalité du travail des enfants en Asie, Afrique et Amérique latine.
Je souligne l’article sur les enfants travailleurs du Pérou et celui sur les mouvements en Amérique latine. Contre « l’abolition », l’Union des enfants et adolescents travailleurs de Bolivie (UnatsBol) a permis la modification de l’article 61 de la nouvelle constitution présentée par Evo Morales.
À lire en complément :
— M. Bonnet, K. Hanson, M.F. Lange, G. Paillet, O. Nieuwenhuys, B. Schlemmer, Enfants travailleurs, repenser l’enfance, Éditions Page deux 2006, 198 pages, 17 euros.
— Michel Bonnet, Regards sur les enfants travailleurs, Éditions Page deux 1998, 230 pages, 17 euros.