Sur les Assises de l’anticolonialisme et la réponse du BP de la LCR, la position du Secrétariat anti-raciste de la LCR

, par Secrétariat antiraciste / immigration de la LCR

Le secrétariat antiraciste/immigration a proposé le 19 janvier au BP de s’inscrire positivement dans la démarche initiée par l’Appel pour des Assises de l’anticolonialisme, cela pouvant prendre la forme de la signature de porte-parole, d’une interview des initiateurs dans Rouge et d’une publication en Lettre rouge. Aucune organisation ne devant être en tant que telle signataire, il n’était pas question d’une signature LCR. Nous sommes désolés des erreurs d’appréciations contenues dans le positionnement hostile adopté par le BP le 14 février. Nous souhaitons que, au lieu d’une publication précipitée et extrêmement dommageable d’un tel rejet, l’organisation prenne le temps d’en débattre au fond, à commencer par sa Direction nationale, et que la LCR conserve, à l’égard des militants engagés dans le projet des Assises de l’anticolonialisme, une posture ouverte et disponible pour des combats communs. (...) On peut regretter telle ou telle formulation dans l’Appel. Il ne s’agit pas d’un Manifeste, c’est un appel à des Assises, pour enclencher un processus. Rien n’est donc figé. Mais les surinterprétations qui fondent le rejet de la majorité du BP sont injustes et ne résistent pas à un examen honnête. Ainsi, la majorité du BP dénonce une « entreprise de criminalisation des divergences ». Dire comme l’Appel qu’une offensive réactionnaire se dissimule « frauduleusement » sous les drapeaux de la « laïcité, de citoyenneté et du féminisme », et qu’il s’agit d’une « imposture », ce n’est pas « faire table rase de l’histoire du mouvement ouvrier et démocratique », c’est au contraire se réclamer de ces combats et dénoncer leur détournement à d’autres fins. Il est totalement abusif de prêter à l’appel l’insinuation que « toute critique de l’intégrisme ou du fondamentalisme religieux obéit nécessairement à une logique de guerre de civilisations ». Mettre en cause la tradition coloniale et la politique postcoloniale de la République française, ce n’est pas « ne pas prendre en compte des régimes passés et présents qui ont commis des crimes racistes ni au nom de la République, ni du colonialisme (l’Allemagne nazie par exemple) ». Au contraire, l’Appel se proclame héritier « de ces Français qui ont résisté à la barbarie nazie et de tous ceux qui se sont engagés avec les opprimés, démontrant, par leur engagement et leurs sacrifices, que la lutte anti-coloniale est indissociable du combat pour l’égalité sociale, la justice et la citoyenneté ». De même, il est tout à fait justifié de dénoncer comme le fait l’Appel les politiques libérales de déréglementation et de mise en concurrence des salariés : « Ainsi, aujourd’hui, dans le contexte du néolibéralisme on tente de faire jouer aux travailleurs immigrés le rôle de dérégulateurs du marché du travail pour étendre à l’ensemble du salariat encore plus de précarité et de flexibilité ». C’est ce que disent les sans-papiers en exigeant leur régularisation. C’est ce que nous disons dans Rouge. Pourquoi la majorité du BP y voit-elle une « explication glissante » ? C’est très exactement ce que signifie « Travailleurs français-immigrés, même patron même combat ». Les initiateurs de l’Appel dénoncent très clairement l’esclavage et ses conséquences, suffisamment pour qu’on ne leur fasse pas de mauvais procès de vocabulaire lorsqu’ils évoquent la « traite négrière ». Il ne s’agit pas d’un appel communautariste visant à « ethniciser ou confessionnaliser les conflits politiques », comme l’en accuse la majorité du BP. Qui dit mouvement autonome ne dit pas nécessairement communautarisme. D’ailleurs une simple consultation de la liste des signataires témoigne de leur diversité. On est loin du « nom du père » ou du « droit du sang ». L’Appel ne condamne pas davantage « par principe toute idée de loi commune pouvant être décidée par l’ensemble du peuple ». Il se situe au contraire explicitement « dans la perspective d’un combat commun de tous les opprimés et exploités pour une démocratie sociale véritablement égalitaire et universelle ». Cette perspective est la nôtre. C’est pourquoi il convient de s’inscrire positivement dans le projet des Assises de l’anticolonialisme et d’une Marche le 8 mai, double 60ème anniversaire de la capitulation nazie et du massacre colonialiste de Sétif et Guelma. Il n’est pas certain que ce projet rencontrera le succès escompté. Ne soyons pas considérés comme partiellement responsables d’un possible échec. Contribuons sincèrement à un éventuel succès anticolonialiste et antiraciste.

Vendredi 18 février 2005

Secrétariat antiraciste/immigration
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