Ségolène et les « communistes »

, par SUZE Gilles

Par honnêteté pour les vrais, nous mettrons des guillemets pour qualifier ces individus qui s’apprêtent, sans aucune honte, à rejoindre la liste de Ségolène Royal en Poitou-Charentes. Nous les avions rencontrés hier soir dans les couloirs d’un bâtiment qui tient lieu de salles de réception et de réunion dans une ville importante de la Charente-Maritime. Leurs airs de conspirateurs nous firent immédiatement comprendre qu’ils préparaient un mauvais coup. Nous n’avions désormais plus aucun doute : les « communistes » du département préparaient leur sortie du Front de gauche et leur entrée sous les ors de la Région, par la porte de derrière, celle réservée à la domesticité.

Tout le monde ici les connait. Ils doivent au PS non seulement leurs postes d’élus municipaux, départementaux et régionaux, mais également – quand ils en exercent un – leurs emplois. Pour eux c’est du pareil au même. On s’étonne encore qu’ils puissent à la fois « tenir » leur département mais également la région. On raconte tellement de choses sur eux. Ces trois derniers mois ils ont tout fait pour faire capoter une liste régionale unitaire entre le Front de gauche, le NPA, la FASE et les Alternatifs. Réussite totale. Ces gens ne travaillent pas pour le roi de Prusse.

Et que dire de leurs camarades et de ces idiots utiles du PG ? Pas plus tard que samedi, des « cadres » du PG nous affirmaient, sans rire, qu’ils leur avaient fait signé une lettre d’engament solennel comme quoi ils ne chercheraient pas à rejoindre la liste de la présidente sortante. Ils ont dû se marrer ferme les « communistes ». Le plus dur pour nous et les électeurs de gauche, c’est que malgré un vote massif des militants du PG favorables à une fusion avec notre liste, ces « cadres » appuyés par Paris ont préféré faire confiance à ces individus plutôt qu’à nous. On a les alliés que l’on mérite.

Au passage, un petit mot de félicitation à la presse locale. Jusqu’au bout elle a joué le jeu d’un Front de gauche uni comme cul et chemise, tout en sachant que ce n’était qu’une fiction. Le journaliste qui s’occupe de cette élection (voir ci-dessous la lettre que j’ai fait parvenir au médiateur de Sud-Ouest) ne cache pas, il est vrai sa sympathie pour ce Front d’artifices et sa franche détestation du NPA. Aujourd’hui même il mentionnait dans un article consacré une fois de plus à la divine, un Front de gauche à 5 % ignorant que les 4 % de notre liste. Pour rappel, nous sommes (LCR puis NPA) depuis 2007 à quasi égalité dans toutes les élections avec le PC, avec même 2.000 voix d’avance sur le Front de Gauche aux européennes.

Mais notre journaliste, décidément plus attaché de presse du PG que jamais, ajoutait : « Par contre, celui qui, hier soir, a été beaucoup plus clair, c’est Alain Morange, secrétaire de la section socialiste d’Angoulême. Il a rejoint la liste du Front de gauche ! C’est un symbole : il représente quantité de ses camarades exaspérés par une Ségolène Royal qu’ils ne comprennent plus. « Elle est à côté de son parti, elle n’est plus dans la ligne. Je suis là pour dire qu’il y a encore au PS des gens qui veulent changer les choses en profondeur. » Attaché de presse... et conseiller politique ! Le journalisme mène à tout.

Mais revenons à nos Pieds Nickelés du 17. Car ils sont trois, quatre si l’on compte leur égérie. Leur départ était évident et plus on s’approchait de la date limite du dépôt des listes, plus il devenait éminent. Aujourd’hui c’est fait. Et les communistes, les vrais, portent des cornes.

  • Lettre au médiateur de Sud-Ouest

Madame, Monsieur,
Le 26 janvier je m’étais interrogé sur le traitement journalistique qui était réservé à notre liste aux régionales, liste unitaire conduite par Mme Rossignol et soutenue par le NPA, la FASE et les Alternatifs, en particulier sous la plume de votre confrère M. Patrick Guilloton. Je l’avais fait sans entrer dans les détails. Vous m’aviez aimablement répondu vantant les excellant états de service de votre confrère et qu’en tout état de cause la campagne ne faisait que commencer. Puisque apparemment, ce qui faisait l’objet de notre critique n’a pas évolué dans le bon sens, je me permets de vous livrer cette fois par le menu ce qui nous incite à vous écrire de nouveau.

Tout a commencé par un article fin novembre début décembre de M. Guilloton sur les enjeux de cette future régionale en Poitou-Charentes. Le fin de l’article concluait ainsi, en substance : « Quant au NPA, comme à son habitude il fera cavalier seul. » Surpris par cette remarque qui ne correspondait pas à ce que nous avions déjà fait sur le terrain, j’envoyais un e-mail à M. Guilloton m’étonnant qu’il n’ait pas pris contact avec nous, lui expliquant qu’à l’inverse de ce qu’il affirmait, nous avions pris l’initiative de rencontres unitaires depuis quelques semaines.

Quelque temps après M. Guilloton prenait contact avec moi. Je lui livrais toute une série d’éléments sur l’état des négociations entre nous, le PG, le PC, la FASE et les Alternatifs. Puis je le tenais informé semaine après semaine de ce qu’il advenait de ces rencontres. Un nouvel article (non signé) nous apprenait que le NPA de la Charente était contre toute unité selon une indiscrétion de son chef de file local. Je rappelais M. Guilloton. Il convenait que cette information n’en était pas une, mais qu’ayant à « boucher »une colonne d’« indiscrétions », il s’était permis d’imaginer cette info connaissant depuis longtemps les sentiments antiunitaires du NPA d’ici.

Quelques jours plus tard, alors que les négociations étaient rompues (15 janvier) — sans que M. Guilloton en parle une seule fois — nouvel article, cette fois-ci consacré au Front de gauche. Nous apprenions que la FASE et les Alternatifs « ralliaient » le Front et que le NPA se consultait. Information totalement fausse. Explication de M. Guilloton : « Je n’ai pas eu le temps de vous joindre, j’étais en bouclage, etc. » Je dois vous dire que j’ai été journaliste pendant une trentaine d’années (Rouge quotidien, Progrès de Lyon, Matin de Paris, Libération, Courrier international, L’Équipe, etc.) et que je connais trop le métier de l’intérieur pour ne pas me laisser prendre par de telles explications.

Enfin, notre liste constituée, nous organisons une conférence de presse où M. Guilloton est invité. Il ne vient pas. Je lui téléphone. Il me répond que l’on ne le « convoque pas » ! Finalement le dimanche il rencontre notre tête de liste régionale et se fend d’un article au minimum syndical. Terminé provisoirement avec M. Guilloton.

Avec votre agence de La Rochelle, ce n’est guère mieux, si je puis dire. Nous organisons une conférence de presse. Pas de Sud-Ouest au rendez-vous : confusion de date. J’avais vainement quelque temps auparavant essayé de joindre un journaliste de cette agence (au téléphone, en rendez-vous, etc., me répondait-on à l’accueil. Six fois au total). Finalement je passe à l’agence et obtient un rendez-vous pour le lendemain. Interview et photo. Résultat, ma photo et une demi-colonne (250 signes au bas mot). Pendant ce temps là le Front national (7 %) ou le Modem « canal historique » (3 %) ont le droit à un quart de page. Lutte ouvrière (1 %), deux colonnes. Nous nous « rabattons » faute de mieux sur vos aimables confrères des départementales de Saintes ou de Rochefort. Et puis aujourd’hui revoilà M. Guilloton qui parle du Front de gauche à 5 % dans un article sur les déboires de Mme Royal. Notre liste créditée de 4 % par la Nouvelle-République n’est pas mentionnée.

Nous avons évidemment quelques explications à ce traitement. M. Guilloton ne nous aime pas. Il nous l’a dit et déclare vouloir voter pour le Front de Gauche. M. Guilloton a parfaitement le droit d’avoir ses opinions. Mais il est journaliste et doit faire preuve d’un minimum d’objectivité. Le NPA a fait plus de 5 % aux européennes, le Front de gauche moins de 5 %. Question effectifs nous sommes deux fois plus nombreux que le PG. Avec la FASE et les Alternatifs nous constituons une force politique non-négligeable, 3e force politique à gauche après le PS et le PC. Contrairement à ce que pensait votre confrère de La Rochelle, M. Brosset, nous ne nous présentons pas pour nous « compter » mais pour faire le meilleur score possible que nous pouvons évaluer entre 6 et 7 %.

Mais ce n’est pas tout. Le dit Front de gauche est en sérieuse difficulté. Sa principale force se situe en Charente-Maritime. Par deux fois le PG de ce département a souhaité rejoindre notre liste (j’ai le nombre de votants pour et contre). M. Guilloton le savait. Il n’a rien dit. Il savait aussi que le PC 17 allait un jour ou l’autre rejoindre Ségolène Royal. Hier en réunion quasi clandestine (à Rochefort – nous étions dans une salle voisine) il a décidé de quitter le Front de Gauche. M. Guilloton, en protecteur du FdG ne l’a même pas insinué dans son article d’aujourd’hui. Désormais, il ne reste plus au FdG qu’à constituer une nouvelle liste. Je pense que demain nous aurons un article de M. Guilloton nous expliquant tout cela dans le détail, lui-même souhaitant que les dissidents du PC débarrassent le plancher. Ce qui est fait. Mais encore une fois les opinions de M. Guilloton ne nous regardent pas. En revanche nous existons et vos lecteurs ont le droit de le savoir. Nous ne demandons pas un traitement de faveur, mais le même que les autres. Pas plus, pas moins.

Avec mes meilleures salutations.