L’écologie ? Parlons-en !

, par MARCHETTI Jean-Louis

Un programme politique qui se respecte comporte forcément un volet écologique, plus personne ne peut en douter. Ce ne sont pas les attaques terroristes qui mettent à mal l’obstination criminelle de l’administration Bush, mais la violence des ouragans tropicaux dans le golfe du Mexique, qui frappent une zone où se trouve concentrée la moitié des industries chimiques, le tiers des réserves pétrolières et le quart des capacités de raffinage des USA. Certes, le sud des USA a connu des ouragans meurtriers avant Bush. On peut toujours contester – jusqu’à quand – le rôle du réchauffement climatique dans la multiplication récente de ces ouragans, mais personne ne peut nier que l’ampleur des désastres provoqués est directement proportionnelle aux conséquences sociales et environnementales des politiques libérales imposées à la société américaine. La gestion calamiteuse des réserves d’eau, le suréquipement du littoral, la destruction des zones naturelles, la multiplication de sites gravement pollués dans des zones inondables, tout cela relève directement de la responsabilité du pouvoir politique et d’un modèle de développement économique, où la recherche du profit maximum est le principal voire l’unique aiguillon. Cette liste devrait nous faire frémir, nous qui vivons dans une zone aux équilibres écologiques fragiles et qui subit les mêmes maux.

Vous avez dit développement durable ?

L’utilisation de ce vocable ne fait en rien avancer le débat. Il recouvre trop d’objectifs ouvertement contradictoires. Tarte à la crème favorite de Chirac, dont on sait le sérieux des engagements écologiques, ce terme sert de viatique à tous les politiciens, soucieux de leur image, mais qui n’ont rien à dire sur les questions d’environnement et sont bien décidés à vendre les ressources naturelles aux plus offrants. Aussi, plutôt que de construire une unité de façade derrière ce drapeau douteux, il est préférable de dresser la liste des principaux problèmes écologiques auxquels nous sommes confrontés et d’ouvrir le débat pour tenter d’y apporter des réponses communes.

Questions de méthode

Le débat écologique n’est pas coupé des enjeux sociaux et politiques. Aussi la recherche d’un tel consensus n’aurait aucun sens avec les forces politiques de droite, les sociaux-libéraux et plus généralement tous ceux qui pense que « la main invisible du marché » est la meilleure des régulations. Si nous sommes ensemble depuis la campagne référendaire, c’est que nous ne partageons pas ce point de vue. Au cours des nombreuses polémiques contre les idéologues bornés qui prétendent vendre la planète pour mieux la sauver, nous avons été capables de construire des réponses alternatives, une démarche, des principes que je résumerais en quatre points :

  1. le monde n’est pas une marchandise. Nous devons mettre les biens communs de l’humanité à l’abri des appétits privés.
  2. les services publics ont vocation à gérer ces biens communs suivant l’intérêt général et pas des entreprises dont la raison d’être est le profit.
  3. chaque être humain a un droit égal à jouir de ces biens, un air pur, une eau potable, des logements sains, la santé... On ne peut admettre une politique écologique qui tournerait le dos à la justice sociale.
  4. le meilleur cadre pour résoudre les problèmes et les divergences inévitables, surtout sur des questions aussi difficiles, c’est l’organisation d’un débat démocratique, où la parole des experts n’est qu’un élément parmi d’autres pour concourir au point de vue de tous.

Tourner le dos aux fausses solutions

Les libéraux ont trouvé leur réponse à la crise écologique, la mise en place d’un marché des droits à polluer. Les sociaux-libéraux s’en sont inspiré pour les taxes environnementales qui autorisent les entreprises à commettre des dégâts sur l’environnement, moyennant le paiement de taxes censées couvrir les frais de remise en état. L’idée dans les deux cas, c’est que le souci de rentabilité économique conduira à adopter des techniques moins polluantes. Çà ne marche pas ! Au contraire, ces mécanismes aboutissent à donner carte blanche à ceux qui tirent les plus grand profits en polluant et peuvent donc payer. À l’inverse, nous devons dire qu’un environnement sain n’a pas de prix, que les atteintes à l’environnement doivent être interdites par la loi. Loi qui doit s’appliquer à tous dans le cadre pénal et pas dans le cadre contractuel du marché.

Prendre les problèmes à bras le corps

Aussi périlleux que soit l’exercice, il faut bien s’essayer à dresser une liste de thèmes à débattre et d’objectifs à atteindre. J’en propose neuf, dans un ordre aléatoire.

  1. lutter contre la pollution de l’air avec pour objectif de garantir à chacun le droit de respirer un air qui ne nuise pas à sa santé. Pour atteindre cet objectif, il faut imposer un contrôle effectif des industries polluantes, en particulier les géants de la pétrochimie installés autour de l’Étang de Berre. Il faut aussi améliorer les transports en diminuant drastiquement la circulation des véhicules qui brûlent des dérivés du pétrole.
  2. Instaurer une gestion, publique, transparente et conforme à la loi, des déchets industriels et ménagers, en refusant les incinérateurs. Priorité à la diminution de la production de déchets à la source, puis au recyclage et quant c’est inévitable au stockage sous haute surveillance.
  3. Rendre effective l’interdiction des OGM. C’est une question qui ne devrait pas poser problème entre nous. Aussi je n’insiste pas.
  4. La mise en place d’une gestion publique des ressources hydrauliques. Il faut revoir tout l’aménagement du bassin versant Rhône/Durance et assurer la sécurité de l’approvisionnement de la population en eau potable, ce qui ne peut être fait en vendant aux intérêts privés cette ressource éminemment précieuse.
  5. La préservation et la réhabilitation des zones les plus précieuses pour la biodiversité et le maintien des équilibres naturels. Notre département abrite certaines des zones les plus précieuses en Europe : Camargue et Crau, Étang de Berre, massif des Calanques, forêt primaire de la Ste Baume, forêts méditerranéennes, massifs montagneux, Sainte-Victoire, Garlaban, l’Étoile. Ces zones menacées sont essentielles d’un point de vue écologique, mais aussi du point de vue de leur dimension culturelle et affective et de la qualité de vie des habitants.
  6. La défense d’une agriculture paysanne, ce qui veut dire le maintien de terres agricoles et de paysans qui puissent vivre correctement d’une agriculture compatible avec la protection de l’environnement, la santé des consommateurs et la qualité des produits.
  7. Sortir du nucléaire. Puisque cette question fait débat, il faut débattre. La position de la LCR est claire. Rien ne justifie les risques que l’utilisation du nucléaire fait courir à la planète. Il faut abandonner le nucléaire civil et à plus forte raison militaire. Cette position n’est pas partagée par tous ceux qui combattent le libéralisme, mais il nous semble que l’évolution de la situation nous oblige à reprendre le débat. La nouvelle donne s’appelle AREVA et privatisation d’EDF. Elle s’appelle aussi développement des armes nucléaires tactiques. Il est clair que ce n’est pas le service public qui est au commande de cette machine, mais les intérêts privés et militaires. Il nous semble que ceux qui sont encore réticents à rejoindre ce combat doivent prendre sérieusement en compte cette nouvelle donne.
  8. Diminuer la consommation énergétique et développer les énergies renouvelables. Les conditions naturelles prédestinent notre région à être un laboratoire pour le développement des éoliennes et du photovoltaïque.
  9. La question des transports est un passage essentiel pour toute politique écologique et sociale. Il faut assurer un véritable droit au transport pour tous, sans que ce soit pour autant une obligation qui tourne quotidiennement au cauchemar pour des dizaines de milliers d’usagers, au prix d’un invraisemblable gaspillage énergétique et d’une pollution intolérable. Les réponses à ce problème concerne aussi bien l’urbanisme que l’aménagement, les modes de consommation et les loisirs. Mais la solution du problème passe nécessairement par le développement des transports en commun et du rail.

Conclusion provisoire

Nous pensons à la LCR que la crise écologique constitue une grave menace pour l’humanité. C’est en même temps un acte d’accusation accablant contre un système, le capitalisme, dont le pouvoir de nuisance ne cesse de croître avec le temps. Pour établir un équilibre durable entre les aspirations des sociétés humaines et les contraintes naturelles, nous pensons qu’il faudra se débarrasser du capitalisme et instaurer un socialisme véritable où les grandes décisions concernant nos relations à la nature soient enfin le résultat de choix démocratiques. C’est un point de vue qui n’est pas forcément partagé par tous ceux qui se mobilisent contre les politiques libérales ou qui s’engagent dans des combats écologiques. Mais cette divergence sur l’objectif final ne doit pas nous empêcher d’avancer ensemble. À deux conditions :
— débattre ouvertement de toutes les questions à fond.
— lutter ensemble dés maintenant pour la préservation et la réhabilitation de notre environnement. Enfin nous ne devons pas nous leurrer sur les obstacles qui s’opposent à la mise en place d’une véritable politique écologique. Sur chacun des problèmes relevés ci-dessus, nous nous heurtons à la politique inepte et hypocrite du gouvernement Chirac/Villepin/Sarkozy. Mais nous nous heurtons aussi au passif accumulé par la gestion aveugle des notables locaux. Et enfin à des intérêts privés colossaux – multinationales pétrolières, automobiles, nucléaires, spéculation foncière, BTP... Toutes les politiques de lobbying, de compromis et de cogestion ont surtout compromis leurs auteurs et quelque fois galvaudé leurs objectifs. Nous n’avancerons pas, si nous ne sommes pas capables de porter les questions écologiques sur la place publique et de susciter d’authentiques mobilisations populaires. C’est le premier défi à relever.

P.-S.

Article paru sur le site Collectif du 29 mai national (Ensemble pour construire une alternative au libéralisme).