La gauche en débat

« Une désintégration idéologique et un affaissement moral du PS »

, par PICQUET Christian

On assiste à une double rupture. À droite, avec un projet de contre-révolution conservatrice à la française, qui vise à faire sauter les verrous idéologiques, sociaux, culturels, qui bloquaient jusqu’à présent la conversion du pays aux normes de la mondialisation marchande. Liquider ce qui reste du pacte social de la Libération, fermer la parenthèse de Mai 1968, faire évoluer la Ve République vers un régime présidentiel...

Mis bout à bout, ces éléments dessinent le projet sarkozyste. La seconde rupture se dessine à gauche. Ségolène Royal a mené une campagne inspirée des exemples de Tony Blair en Grande-Bretagne et de Bill Clinton aux États-Unis. Plutôt que de répondre aux attentes sociales, elle a exalté la course aux profits, dénoncé l’assistanat, loué le goût du risque et l’esprit d’entreprise... Elle s’est totalement coulée dans l’adaptation au libéralisme. En participant à la course sur l’identité et le drapeau, elle a rendu les armes sur le terrain idéologique. Au lieu de s’adresser au peuple de gauche sur une ligne de gauche, elle n’a eu de cesse d’essayer de séduire le centre de François Bayrou, suggérant qu’il fallait refermer le cycle ouvert au PS par le congrès d’Épinay et convertir totalement la social-démocratie à des politiques de centre gauche.

C’est une rupture avérée avec l’histoire de la gauche, les valeurs défendues par le mouvement ouvrier, les liens entretenus par le PS avec le mouvement social et ses aspirations.

La gauche a subi sa plus lourde défaite depuis 1958. Le Parti socialiste a subi un échec politique, car c’est la troisième fois qu’il perd une élection présidentielle ; un processus de désintégration idéologique et un affaissement moral qui se traduisent par des débauchages en direction du gouvernement.

La gauche ne présentait pas d’alternative crédible. De ce point de vue, l’échec d’aboutir à une candidature antilibérale unitaire est une occasion historique manquée. Les composantes de la gauche alternative se sont retrouvées dans l’incapacité de peser sur le débat politique et de l’empêcher de dériver à droite. Le processus de refondation doit être le suivant : face à un Parti socialiste dont le centre de gravité directionnel semble décidé à poursuivre l’aggiornamento libéral, il faut une gauche de gauche. Pas une petite gauche de témoignage, ni une extrême gauche plurielle, pas d’un mouvement politico-alternatif qui viendrait s’ajouter aux formes politiques existant aujourd’hui, mais d’une gauche fidèle à ses valeurs et au clair avec son projet, qui doit être un projet non d’accompagnement du libéralisme mais de transformation sociale.