La consolidation d’un pari

, par CAVIGLIA Liliana

Liliana Caviglia, militante féministe, prisonnière politique pendant les années de la dictature militaire en Uruguay, est membre du Corriente de Izquierda et du PST-CI (qui regroupe une partie des militants de la IVe Internationale en Uruguay depuis la scission qui a affecté la section uruguayenne en mars 2001).

Au moment où la débâcle néolibérale et la perte de légitimité du gouvernement (cf. Inprecor n° 474) coïncident avec l’accroissement des luttes ouvrières et populaires et celles des étudiants, le IIIe congrès du Courant de gauche (Corriente de Izquierda, CI), placé symboliquement sous le nom de Juan Cabral, (un camarade récemment décédé), a témoigné de la consolidation de ce parti révolutionnaire. Les 14 et 15 septembre, plus de 190 congressistes (60 de plus que lors du congrès précédent) ont débattu (1), défendant leurs arguments, faisant part de leurs différences tout en parvenant à des accords et à l’élaboration de résolutions. Ce fut une vraie assemblée démocratique de militants et militantes politiques et sociaux, engagé(e)s dans les luttes populaires et dans les organisations sociales, prônant la confrontation politique face à la stratégie de conciliation de classes prédominante aujourd’hui à la direction du Frente Amplio (2). Cette consolidation du CI s’est reflétée dans la composition du congrès : des activistes sociaux de Montevideo ainsi que de province, animateurs des soupes populaires, travailleurs des usines reprises sous leur contrôle par les ouvrières et les ouvriers, comme les industries des cuirs Bramma et Dimmac (dont la plupart sont des femmes), militants des coopératives de logements, étudiants et lycéens qui venaient de la grève générale avec occupation de l’université et des lycées. Il y avait aussi des dirigeants de la centrale syndicale (PIT-CNT), des élus du Frente Amplio aux conseils de quartiers, des militants pour les droits de l’homme et des radios communautaires. Il y avait même une délégation des camarades du CI qui vivent en Argentine, où ils participent à des assemblées populaires et au processus révolutionnaire en cours dans ce pays. L’internationalisme était lui aussi présent : après le discours d’ouverture du camarade Helios Sarthou, nous avons écouté un message enregistré du camarade Luis Zamora (Autodeterminación y Libertad) d’Argentine, message dans lequel il appelait à la lutte unitaire contre le projet impérialiste de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA), contre le Plan Colombie, contre la dette extérieure et pour une vraie intégration des peuples latino-américains. Nous avons aussi reçu des messages du Movimiento de Izquierda Socialista (PT, Brésil), du Parti Révolutionnaire des Travailleurs (Mexique), de Nuevo Rumbo (Argentine), de Cuadernos del Sur (Argentine), de Convergencia Popular Socialista (Paraguay) et de Presentes por el Socialismo (Colombie). Outre l’approbation d’un document politique (dont nous publions des extraits), le congrès a voté des « Fondements d’action politique », où l’on peut lire, parmi d’autres considérations : « Le CI ne prétend pas remplacer l’action des masses par l’action de petits cercles autoproclamés comme étant l’avant-garde révolutionnaire. [...] L’action, les propositions de lutte des révolutionnaires, doivent s’adapter au niveau de conscience, d’organisation et d’expérience des couches les plus larges des travailleurs. Le CI ne s’autoproclame l’avant-garde de personne mais il fait partie indissoluble du peuple travailleur, de ses acquis, de ses douleurs, de ses certitudes et ses doutes. C’est le peuple qui nous indiquera l’exactitude ou non dans un aller-retour d’expériences, de mobilisations et de luttes communes. » Simultanément, on a voté les statuts où l’on définit la structure organisationnelle (assemblée plénière des militants, direction nationale, groupes de base, etc.) et, également le caractère du CI comme « une organisation politique unitaire, populaire, révolutionnaire, socialiste, internationaliste et plurale. Il s’est donné un programme, il a une identité politique et des lignes d’action. [...] L’intervention dans la lutte pour la libération des travailleuses et des travailleurs et du peuple uruguayen, pour la conquête du pouvoir politique avec pour objectif la construction d’une démocratie socialiste dans un cadre internationaliste et solidaire avec les travailleurs et les opprimé(e)s du monde entier, est un de ses postulats clés. » Une direction nationale de 30 membres a été élue, tenant compte des diverses positions présentes dans le débat. Sa composition plurale ne cache pas un des défauts principaux : le peu de femmes représentées (deux, à peine). La tâche de féminiser la direction (et l’ensemble du CI) devient ainsi un des principaux défis de la prochaine période.

Montevideo, 24 septembre 2002.

P.-S.

Notes manquantes.